Un homme au milieu des décombres à Zhytomyr, en Ukraine, après un bombardement russe qui a fait trois morts.
Un homme au milieu des décombres à Zhytomyr, en Ukraine, après un bombardement russe qui a fait trois morts. ©AFP - Emmanuel DUPARCQ / AFP
Un homme au milieu des décombres à Zhytomyr, en Ukraine, après un bombardement russe qui a fait trois morts. ©AFP - Emmanuel DUPARCQ / AFP
Un homme au milieu des décombres à Zhytomyr, en Ukraine, après un bombardement russe qui a fait trois morts. ©AFP - Emmanuel DUPARCQ / AFP
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Emmanuel Macron et Vladimir Poutine se sont de nouveau entretenus hier, une conversation qui a convaincu le Président français que "le pire est à venir", et que Poutine veut prendre "toute l’Ukraine".

L’Élysée a largement communiqué sur le contenu de l’échange, hier, entre Vladimir Poutine et Emmanuel Macron, son interlocuteur privilégié en Occident. Le plus étrange, dans cet entretien qui ne laisse aucune place à la perspective d’une fin rapide de cette guerre atroce, c’est que le Président russe dit en privé la même chose qu’en public. Je m’explique.

On pourrait comprendre que le chef d’un régime autoritaire "vende" une version fantaisiste de la réalité à son peuple, pour le faire adhérer à une guerre. Ici, le narratif est celui d’un régime nazi qui, avec le soutien de l’Occident, menacerait la Russie. Personne ne peut croire que le gouvernement du Président Zelensky soit truffé de nazis, même s’il y en a en Ukraine, comme en Russie d’ailleurs ; mais le rôle de la propagande est de faire croire l’invraisemblable.

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En revanche, que dans un entretien qu’il a lui-même initié avec un chef d’État étranger, Vladimir Poutine répète les mêmes éléments de propagande grossière, peut surprendre. Il ne peut pas penser une seconde qu’Emmanuel Macron, qui connait Volodymir Zelensky, puisse croire que l’ex-comédien juif dirige un régime nazi ! Le Président français lui a d’ailleurs répondu, selon l’Élysée : "tu te racontes des histoires".

Une hypothèse qui circule depuis un moment serait que le Président russe soit à ce point déconnecté de la réalité qu’il finisse par croire à sa propre propagande. Son isolement accentué par le Covid, et la nature de son pouvoir révélée par la manière dont il traite ses hauts responsables à la télévision, en seraient la cause.

Une autre possibilité est que ça soit un élément de guerre psychologique de se montrer jusqu’au-boutiste, voire fou, donc dangereux.

Ce n’est pas suffisant comme explication. La réalité est que l’Ukraine fait face à un discours extrêmement construit, qui doit être répété en boucle pour devenir, comme on dit, une "réalité alternative".

Un bon exemple nous en est donné par une erreur commise par l’agence russe RIA Novosti, qui a mis en ligne prématurément un texte destiné à être publié après la victoire sur l’Ukraine. Le texte a été aussitôt retiré, mais la magie d’internet fait que rien ne se perd. Il faut lire ce texte, traduit en français par la Fondation pour l’innovation politique, il en dit long.

D’abord, il nous apprend que la "victoire" célébrée par ce texte porte sur la conquête de toute l’Ukraine, pas seulement du littoral. Ensuite que l’objectif est la réunification de tout le peuple russe, défini comme étant la Russie, la Biélorussie et l’Ukraine. 

Enfin, que la Russie vit depuis le début cette guerre comme une confrontation avec l’Occident. Le texte victorieux souligne : "La Russie n'a pas seulement défié l'Occident, elle a montré que l'ère de la domination occidentale mondiale peut être considérée comme complètement et définitivement révolue".  

On comprend dès lors que Vladimir Poutine n’hésitera pas à employer tous les moyens pour parvenir à ses fins, et on sait ce que ça signifie avec l’armée russe. La conclusion qu’Emmanuel Macron a tirée de cet entretien hier est que "le pire est à venir", et que Poutine veut prendre toute l’Ukraine. C’est une mauvaise nouvelle pour les Ukrainiens ; une mauvaise nouvelle pour le monde.