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Résumé

Les Emirats arabe unis ont annoncé avoir achevé la construction de leur 3e réacteur nucléaire. Les autres monarchies du Golfe devraient suivre pour contrebalancer l'Iran.

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L’annonce a été faite en marge de la Cop26 à Glasgow : le 3e et dernier réacteur de la centrale de Barakah d’Abu Dhabi est sur le point d’être couplé au réseau électrique. A terme, cette centrale produira un quart de l’électricité des Émirats

Et s’ils l’ont annoncé fièrement à la Cop26, c’est qu’à compter de 2025, la mise en service complète de Barakah diminuera à elle-seule de moitié les émissions de gaz à effet de serre du pays.

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C’est bien le seul avantage de ce projet pour lequel les Émirats ont dépensé sans compter. L’électricité produite par Barakah coûtera 4 fois plus cher que n’importe quelle autre solution, à commencer par le gaz dont le pays dispose en abondance. 

Le calcul n’est donc pas économique, il est stratégique. Les Émirats arabes unis ne veulent pas laisser l’Iran prendre trop d’avance dans un domaine, le nucléaire, qui permet à la fois de produire de l’électricité et des bombes.

Soyons précis : maîtriser la technologie civile nucléaire ne signifie pas avoir la bombe. En revanche, c’est une étape cruciale : pour faire fonctionner une centrale nucléaire, il faut une expertise qui peut ensuite être mise au service d’un programme militaire. 

L’étape indispensable pour fabriquer une bombe est d’enrichir l’uranium. Enrichi à 3 ou 5%, c’est du combustible pour centrale ; à 80 ou 90%, c’est une bombe.

De ce point de vue, la centrale émiratie de Barakah est plutôt un exemple vertueux : pour rassurer, les Émirats ont accepté de ne pas posséder d’usine d’enrichissement d’uranium mais d’acheter leur carburant nucléaire sur le marché. 

D’autres pays dans la région n'ont pas pris le même engagement : l’Iran vient par exemple d’annoncer avoir « dépassé les 210 kg d’uranium enrichi à 20% et posséder 25kg d’uranium enrichi à 60% ». 

Ce n’est toujours pas assez pour une bombe, mais le message est très clair : nous y allons si l’ensemble des sanctions qui pèsent sur nous n’est pas levé.  Dans le même temps, en juillet, la Jordanie a mis en service une usine « pilote » d’enrichissement.

Un préalable pour Amman qui veut posséder tout le cycle industriel avant d’entamer la construction d’une centrale.  L’Arabie saoudite veut dépenser 100 milliards de dollars pour construire 16 réacteurs nucléaires d’ici 2030.

L’Égypte a passé contrat à la Russie d’une énorme centrale qu’elle compte inaugurer dès 2026. Aucun de ces pays n’a suivi le chemin rassurant des Émirats. 

Il s’agit donc clairement de prolifération nucléaire. La question est : pourquoi laisser faire dans une région si volatile ? Le calcul est encore une fois stratégique.

Il ne faut surtout pas laisser l’Iran et Israël dans un tête-à-tête nucléaire. L’idée est d’enserrer l’Iran de pays aussi nucléaires que lui et, si possible, alliés à Israël. Comme c'est le cas des Émirats, de l’Égypte, de la Jordanie et, tout le monde le sait, à terme de l’Arabie saoudite.

Le problème est que, ce faisant, on multiplie des cibles de choix pour d’autres acteurs moyen-orientaux d’importance : les réseaux terroristes. En clair, c’est toute la région qui, pour contrecarrer l’Iran, joue aux apprentis sorciers avec l'avenir et les générations futures.