Le Ministre saoudien de l’énergie, Abdulaziz Ben Salman Ben Saoud, à son arrivée à Vienne cette semaine, pour la réunion de l’OPEP+, l’organisation des exportat
Le Ministre saoudien de l’énergie, Abdulaziz Ben Salman Ben Saoud, à son arrivée à Vienne cette semaine, pour la réunion de l’OPEP+, l’organisation des exportat ©AFP - VLADIMIR SIMICEK / AFP
Le Ministre saoudien de l’énergie, Abdulaziz Ben Salman Ben Saoud, à son arrivée à Vienne cette semaine, pour la réunion de l’OPEP+, l’organisation des exportat ©AFP - VLADIMIR SIMICEK / AFP
Le Ministre saoudien de l’énergie, Abdulaziz Ben Salman Ben Saoud, à son arrivée à Vienne cette semaine, pour la réunion de l’OPEP+, l’organisation des exportat ©AFP - VLADIMIR SIMICEK / AFP
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En baissant la production de pétrole pour faire remonter les prix, les pays de l’OPEP+ ont infligé un échec à Washington en pleine guerre d’Ukraine et forte inflation. Un signe de l’émancipation de l’Arabie Saoudite, un des alliés historiques des États-Unis.

D’abord un peu d’histoire. Le 14 février 1945, le président américain Franklin Roosevelt revient de la Conférence de Yalta, en Crimée, où il a rencontré Staline et Churchill pour dessiner le monde de l’après-guerre. Son navire, le Quincy, reçoit ce jour-là un visiteur inhabituel : le roi Ibn Saoud, fondateur de la dynastie au pouvoir en Arabie Saoudite. Cette rencontre débouche sur le « Pacte du Quincy » : un échange pétrole saoudien contre protection américaine, un des marqueurs de la deuxième moitié du XX° siècle - le siècle de l’or noir.

Le Pacte du Quincy, c’est la toile de fond pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui, et la claque que les dirigeants saoudiens ont infligée à Joe Biden, le Président américain. Washington ne cache d’ailleurs pas sa colère et prépare des contre-mesures.

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L’Arabie saoudite, allié historique des États-Unis, a en effet choisi de privilégier ses liens avec la Russie au sein du cartel des pays exportateur de pétrole, l’OPEP+, plutôt que de répondre aux demandes de Washington. Les pays de l’OPEP+ ont en effet décidé mercredi de réduire leurs quotas de production de pétrole, afin de soutenir le prix élevé du baril de brut, autour de 100 dollars. En pleine guerre d’Ukraine et de hausse des prix de l’énergie !

Il y a deux enjeux dans cette affaire. D’abord la dimension pétrolière : depuis le début de la guerre d’Ukraine, les pays producteurs de pétrole engrangent des bénéfices record grâce à la hausse des prix. Ils ne veulent pas voir diminuer cette rente, alors que la demande de pétrole mondiale baisse sous le coup de l’activité qui freine, en particulier en Chine. Baisser les quotas fait remonter les prix, c’est ce qui s’est passé hier.

Il y a trois mois, Joe Biden s’est rendu en Arabie saoudite pour demander aux dirigeants saoudiens d’augmenter au contraire leur production pour faire baisser les prix pendant la guerre d’Ukraine. Les producteurs du Golfe, liés à la Russie au sein de l’OPEP+, ont choisi de privilégier leurs intérêts, et au passage ceux de la Russie, l’adversaire des États-Unis dans le conflit en Ukraine.

Mais le deuxième enjeu, c’est la relation américano-saoudienne. Joe Biden avait pris un risque politique en se rendant à Ryad, en raison de sa position initiale traitant en paria le prince héritier Mohamed Ben Salmane, accusé du meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi en 2018. Il s’est renié en se rendant à Ryad : pour rien.

L’Arabie saoudite ne rompt pas officiellement son pacte avec les États-Unis. Mais le royaume appartient à cette catégorie de puissances moyennes ou régionales qui s’émancipent de toute tutelle à la faveur du chaos géopolitique actuel. Ryad joue sa propre partition, des liens officieux très forts avec Israël, une entente pétrolière avec la Russie, des échanges fructueux avec la Chine…

L’Arabie saoudite tire les conclusions du relatif désengagement américain de la région, et d’une protection qu’elle juge insuffisante. Elle s’affiche avec des pays qui ne lui font pas la leçon sur les droits de l’homme, et profite au maximum des recettes pétrolières record, alors que le monde se prépare à éliminer les énergies fossiles.

Tout au long du XX° siècle, le pétrole a été l’enjeu de combats épiques, de la mainmise des compagnies occidentales à la récupération des richesses par les États ; il a produit des guerres, des révolutions, des coups d’état. Aujourd’hui encore, alors qu’on le croyait en déclin, il suscite de nouvelles crises. S’il y avait une leçon à tirer de toute cette histoire, ce serait d’accélérer la fin des énergies fossiles : ce serait salutaire politiquement, et surtout excellent pour la planète.