Le Président ukrainien Volodymyr Zelensky à Boutcha, où ont été découverts les scènes de crimes de guerre après le départ de l’armée russe. ©AFP - RONALDO SCHEMIDT / AFP
Le Président ukrainien Volodymyr Zelensky à Boutcha, où ont été découverts les scènes de crimes de guerre après le départ de l’armée russe. ©AFP - RONALDO SCHEMIDT / AFP
Le Président ukrainien Volodymyr Zelensky à Boutcha, où ont été découverts les scènes de crimes de guerre après le départ de l’armée russe. ©AFP - RONALDO SCHEMIDT / AFP
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Résumé

Alors que le front se déplace vers l’Est, l’Ukraine demande aux Occidentaux plus d’armes pour résister. Après les images de Boutcha, le tabou des armes plus lourdes est en train de disparaître au sein de l’Otan où se trouvait hier le chef de la diplomatie ukrainienne.

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« Je suis venu avec trois demandes, a déclaré hier le ministre ukrainien des Affaires étrangères Dmytro Kuleba à son arrivée à l’Otan à Bruxelles : des armes, des armes et des armes ».

C’est assurément une entrée en matière théâtrale, mais qui a le mérite de la clarté : les Ukrainiens ont compris depuis le début que personne ne ferait cette guerre à leur place ; Joe Biden, en tant que « commandant en chef » de l’Otan, l’a dit avant même le premier coup de feu.

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Mais au moins, disent les dirigeants Ukrainiens, donnez-nous les moyens de la mener car, ajoute-t-ils, nous la faisons aussi pour vous. Ils ont été entendus hier à l’Otan, et des armes plus lourdes leur seront fournies ; car plus la guerre avance, plus cette manière de présenter les choses reçoit des soutiens en Occident, surtout après les images des massacres autour de Kiev et les récits de Mariupol qui risquent de hanter longtemps les consciences.

La question n’est plus de savoir s’il faut donner des armes aux Ukrainiens, l’Occident le fait déjà ; c’est de savoir lesquelles et jusqu’où s’impliquer.

Depuis le début, les pays occidentaux ont voulu éviter d’être considérés comme des « cobelligérants », c’est-à-dire entrer formellement en guerre avec la Russie, puissance nucléaire on ne le rappellera jamais assez… Cela reste la limite ultime.

Des armes "défensives"

Mais après six semaines de conflit, cette nuance juridique apparait de plus en plus floue ou abstraite. Les pays occidentaux ont déjà livré à l’Ukraine des quantités importantes d’armes dites « défensives », là encore un habillage diplomatique ; et ils ont adopté une panoplie de sanctions qui sont autant de gestes hostiles à la Russie.

Les Ukrainiens sont bien conscients que malgré leur mobilisation, ils n’auraient pas pu tenir tête à l’armée russe comme ils l’ont fait sans les missiles antitanks, les drones ou les renseignements satellite fournis par les pays de l’Otan. 

Mais ils s’apprêtent à entrer dans une phase décisive de la guerre avec la concentration des forces russes sur le Donbass, où se trouve une bonne partie de l’armée ukrainienne. Une défaite ukrainienne sur ce front permettrait à Vladimir Poutine de crier victoire, même s’il a échoué dans son plan initial, et serait un désastre pour l’Ukraine et donc pour l’Otan.

L’armée ukrainienne réclame donc des moyens supplémentaires pour résister aux assauts qui viennent, et les tabous tombent. Ces derniers jours, la République tchèque a discrètement livré des tanks d’origine soviétiques T-72 tirés de sa propre armée, expédiés par train en Ukraine. De toute évidence, Prague a obtenu le feu vert des Américains pour ce geste significatif.

La semaine dernière, des émissaires ukrainiens discutaient à Istanbul de la livraison de nouveaux drones de fabrication turque avec le PDG de la société Bayraktar qui les fabrique, qui est aussi le gendre du Président Erdogan. Des drones qui avaient déjà changé la donne au profit de l’Azerbaidjan l’an dernier contre l’Arménie.

Les pudeurs initiales à envoyer de l’armement plus lourd à l’Ukraine disparaissent donc, les ministres de la défense de l’Otan l’ont admis hier. Tous ne sont pas sur la même longueur d’onde ; mais personne ne veut rester celui qui aura empêché l’Ukraine de se défendre. Le fantôme de la guerre d’Espagne fait peut-être encore peur.