En 1961, la Reine Elizabeth II danse avec Kwame Nkrumah, Président du Ghana, la première colonie britannique devenue indépendante en 1957. ©AFP - CENTRAL PRESS / AFP
En 1961, la Reine Elizabeth II danse avec Kwame Nkrumah, Président du Ghana, la première colonie britannique devenue indépendante en 1957. ©AFP - CENTRAL PRESS / AFP
En 1961, la Reine Elizabeth II danse avec Kwame Nkrumah, Président du Ghana, la première colonie britannique devenue indépendante en 1957. ©AFP - CENTRAL PRESS / AFP
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Résumé

A son accession au trône, Elizabeth II régnait sur un empire de 600 millions d’âmes ; elle a été, malgré elle, la souveraine de la décolonisation, et d’un Royaume Uni cherchant sa place dans le monde après avoir choisi le Brexit.

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Lorsqu’Elizabeth II est montée sur le trône en 1952, le soleil ne se couchait jamais sur l’empire britannique. Le reflux avait certes déjà commencé avec l’indépendance de l’Inde en 1947, mais Winston Churchill, redevenu premier ministre lors des premiers pas de la jeune souveraine, était bien décidé à s’accrocher à un empire encore puissant.

A l’heure de sa disparition, 70 ans plus tard, Elizabeth II est toujours la Reine de 14 États en plus du Royaume Uni, contre 32 à son apogée ; mais à part le Canada, l’Australie et la Nouvelle Zélande, ce sont pour la plupart aujourd’hui des confettis d’ex-empire dans les Caraïbes et le Pacifique sud. Le reste a pris le large, même s’il garde un lien privilégié avec la souveraine à travers le Commonwealth.

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Si les prochains jours vont sans nul doute montrer un attachement planétaire à cette souveraine qui semble avoir toujours été là, quel que soit notre âge et notre origine, on peut se demander quel sera l’influence de l’institution après sa disparition, dans un monde en plein bouleversement.

De l’empire au Brexit est peut-être un résumé un peu brutal du règne d’Elizabeth II ; c’est en tous cas une description fidèle de son Royaume, qui n’a cessé de se réduire, et vit sous la menace de se voir encore amputé.

D’autres pays pourraient abandonner le symbole monarchique. Le dernier à l’avoir fait, en 2021, c’est La Barbade, une île caribéenne de 300 000 habitants, en proclamant « le temps est venu de laisser notre passé colonial derrière nous ». Mais ce ne sera pas le dernier. C’est passé inaperçu, mais en mai dernier, lorsque les travaillistes ont remporté les élections législatives en Australie, ils ont nommé un vice-ministre pour la République. Ils envisagent d’organiser un référendum pour passer de la monarchie à la République lors d’un deuxième mandat, s’ils conservent la majorité.

Avec la disparition d’Elizabeth II, c’est non seulement la page coloniale, mais aussi la page post-coloniale qui se tourne. Elle était la descendante directe de la Reine Victoria, dont le Jubilee, en 1897, correspondait avec l’apogée de l’empire britannique. Elizabeth II aura vécu la transition post-coloniale. Son successeur aura à faire à un monde totalement différent.

Elizabeth II aura été à la fois la reine d’un empire disparu, mais aussi d’un Royaume qui peine à redéfinir sa place dans le monde.

La réserve à laquelle elle était astreinte a fait qu’elle n’a jamais pu s’exprimer publiquement sur le Brexit. Les tabloïds britanniques lui ont parfois attribué des opinions pro-Brexit, mais d’autres sources faisaient savoir que son attachement à l’Europe était immense.

Toujours est-il que sur les 15 premiers ministres qu’elle a connus en 70 ans, et qui venaient prendre le thé chez elle chaque semaine, quatre se sont succédé à un rythme rapide depuis le référendum de 2016. Son dernier acte de souveraine aura été de recevoir la démission de Boris Johnson et de charger Lizz Truss de former le gouvernement mardi.

Elle avait fait ses premières armes de Reine avec Winston Churchill, pas sûr qu’à la fin de sa vie, elle ait été aussi impressionnée par les occupants du 10 Downing Street. Mais l’époque aussi a changé : Elizabeth II a connu la grandeur et la décadence d’un empire sur lequel le soleil a fini par se coucher.