Les images de la souffrance de la guerre sont chaque jour plus insoutenables, ici une femme évacuée d’Irpin, près de Kiev, bombardée par l’armée russe. ©AFP - Aris Messinis / AFP
Les images de la souffrance de la guerre sont chaque jour plus insoutenables, ici une femme évacuée d’Irpin, près de Kiev, bombardée par l’armée russe. ©AFP - Aris Messinis / AFP
Les images de la souffrance de la guerre sont chaque jour plus insoutenables, ici une femme évacuée d’Irpin, près de Kiev, bombardée par l’armée russe. ©AFP - Aris Messinis / AFP
Publicité
Résumé

A deux reprises, les pays de l’Otan ont refusé des gestes de soutien à l’Ukraine de peur de devenir cobelligérants dans cette guerre avec une puissance nucléaire. Une prudence qui suscite frustration et incompréhension face à la souffrance des Ukrainiens.

En savoir plus

Après le bombardement de l’hôpital pédiatrique de Mariupol, qualifié de « crime de guerre » par la Présidente de la Commission européenne ; ou le départ de la moitié de la population civile de Kiev, quasiment assiégée, le soutien limité des Occidentaux à l’Ukraine suscite bien des interrogations.

A deux reprises ces derniers jours, les pays de l’Otan, États-Unis en tête, ont rejeté des demandes pressantes de la part du gouvernement ukrainien, qui auraient pu faire la différence dans sa résistance à l’envahisseur russe. La première est l’imposition d’une « no-fly-zone », une zone d’exclusion aérienne au-dessus de l’Ukraine ; la seconde, la fourniture d’avions de combat à l’armée de l’air ukrainienne.

Publicité

L’explication de ce double refus tient en un mot : « co-belligérance » ; la peur d’être considérés comme engagés dans le conflit contre un ennemi commun. C’est la hantise des pays de l’Otan.

Les deux affaires sont différentes. La première est évidente : pour imposer une zone d’exclusion, il faudrait être prêt à abattre un avion ennemi dans le ciel ukrainien ; on pourrait ainsi avoir un combat aérien entre Américains et Russes. Souvenez-vous de ce qu’a dit Joe Biden avant l’invasion russe : « un soldat américain face à un soldat russe, c’est la troisième guerre mondiale ».

La seconde affaire est plus compliquée. Les États-Unis ont d’abord proposé que la Pologne livre à l’Ukraine ses vieux avions de combat de fabrication russe, un héritage de l’ère soviétique, qui seraient immédiatement utilisables par des pilotes ukrainiens déjà formés. La Pologne a initialement refusé, mais s’est révisée en proposant de les donner aux Américains sur une base en Allemagne, libre à Washington de les offrir à l’Ukraine. Cette fois, ce sont les États-Unis qui ont refusé, un couac malvenu à un moment où le monde occidental tente de faire bloc.

Les Américains ont refusé, là encore en raison du risque de « co-belligérance ». Ni la Pologne, ni visiblement les États-Unis, ne veulent risquer d’apparaître comme engagés dans cette guerre au-delà de l’aide militaire et humanitaire qu’ils apportent à Kiev. Il y a là une subtilité juridique entre la fourniture d’un missile anti-tank et un avion prélevé sur une armée de l’air.

Pendant la guerre Iran-Irak, dans les années 80, la France avait soutenu l’Irak de Saddam Hussein en lui fournissant des avions Super-étendards équipés de missiles Exocet, prélevés sur les effectifs de l’armée de l’air française. L’Iran avait accusé la France d’être devenue cobelligérante, et il y avait eu des représailles sous la forme d’attentats terroristes.

Dans le cas de l’Ukraine, c’est évidemment le statut de puissance nucléaire de la Russie qui change tout, et explique la prudence des Américains. C’est frustrant, difficile à admettre face aux images de souffrance d’Ukraine, et surtout aux yeux des Ukrainiens eux-mêmes, qui ont le sentiment d’être abandonnés malgré l’aide militaire et les sanctions imposées à la Russie. 

Mais l’engrenage d’une escalade provoquée par la co-belligérance est trop risqué : Poutine le sait et il en profite contre les Ukrainiens.