Des manifestations ont lieu en Pologne depuis plusieurs jours pour défendre la liberté de la presse
Des manifestations ont lieu en Pologne depuis plusieurs jours pour défendre la liberté de la presse ©AFP - STR / NURPHOTO
Des manifestations ont lieu en Pologne depuis plusieurs jours pour défendre la liberté de la presse ©AFP - STR / NURPHOTO
Des manifestations ont lieu en Pologne depuis plusieurs jours pour défendre la liberté de la presse ©AFP - STR / NURPHOTO
Publicité

Une nouvelle loi sur les médias inquiète les Etats-Unis et l'Union européenne. Sera-t-elle finalement retirée, comme celle sur le système judiciaire ?

Il y a depuis plusieurs jours des manifestations en Pologne pour défendre la liberté de la presse. En plein été et jusque devant le Parlement, la Sejm [SAME] ! En cause une loi qui vient d'être adoptée de justesse et qui interdit à des groupes non-Européens de posséder plus de la moitié des parts d'un média ou d'un groupe de média.

Officiellement, l'idée est d'empêcher la Russie ou la Chine d'étendre leur influence sur le pays. Mais en Pologne, tout le monde sait contre qui cette loi a été adoptée : contre le groupe étasunien "Discovery" et sa chaîne de télévision indépendante TVN24.

Publicité

Une chaîne très critique envers les nationalisto-conservateurs du PIS au pouvoir depuis 2015. Le Secrétaire d'Etat américain, Anthony Blinken, s'est même fendu d'un communiqué accusant la Pologne « d'affaiblir l'environnement médiatique » du pays.

Des critiques étasuniennes très inhabituelles ! Varsovie est un allié indéfectible des Etats-Unis, parmi les premiers à envoyer des troupes en Irak ou en Afghanistan. C'est si vrai que 4 500 soldats étasuniens y sont en ce moment cantonnés en Pologne !

L'Union européenne aux aguets 

C'est peut-être l'aspect le plus intéressant de cette affaire. Mais pour comprendre, il faut revenir un peu en arrière. Depuis plusieurs années, le PIS et son gouvernement tentent de réformer la justice polonaise.

Pour ce faire, ils ont voulu créer une Cour suprême chargée de surveiller et punir juges et procureurs. Bruxelles a toujours dit "non", au point de trainer la Pologne devant la Cour de justice de l'Union européenne où la Pologne a été deux fois condamnée.

Or Varsovie a tout tenté pour empêcher d'exécuter ces jugements, y compris en il y a quelques jours encore, par le biais de son ministre de la Justice, qui a déclaré au journal Rzeczpospolita que l'Union européenne « exerçait sur la Pologne un chantage illégal ».

Eh puis, ce week-end le chef du parti au pouvoir, Jaroslaw Kaczynski, a expliqué piteusement que la Pologne reverrait sa copie judiciaire. Il faut dire que des milliards d'amende et de fonds européens étaient en jeu. Or on ne plaisante pas avec l'argent.

Beaucoup de bruits pour peu de chose

Probablement mais ça va encore mal finir : le gouvernement polonais ne peut pas plus se fâcher avec les Etats-Unis qu'avec l'Europe. Disons que le PIS a surtout besoin de faire des coup d'éclat alors que les sondages le donne au coude à coude avec l'ennemi juré :

C'est-à-dire l'ancien président du Conseil européen, Donald Tusk, et son parti la Plateforme civique. Or taper sur l'Europe, prendre des accents nationalistes, dénoncer les « médias étrangers » est une bonne grosse corde sur laquelle le PIS adore tirer.

Mais en fait, c'est beaucoup de bruits de bouche et pas grand chose derrière : Varsovie sait jusqu'où ne pas aller trop loin. Et de son côté l'Europe a joue la montre.

La réalité, c'est que l'Union européenne n'est pas envisageable sans la Pologne. Bruxelles le sait et a choisi la seule politique raisonnable : attendre les prochaines échéances électorales. Et croyez-moi, elles viendront.