Le nouveau chef de la diplomatie chinoise, Qin Gang, avec le Secrétaire Général de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat, à Addis Abéba, le 10 janvier.
Le nouveau chef de la diplomatie chinoise, Qin Gang, avec le Secrétaire Général de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat, à Addis Abéba, le 10 janvier. ©AFP - Wang Ping / XINHUA / Xinhua via AFP
Le nouveau chef de la diplomatie chinoise, Qin Gang, avec le Secrétaire Général de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat, à Addis Abéba, le 10 janvier. ©AFP - Wang Ping / XINHUA / Xinhua via AFP
Le nouveau chef de la diplomatie chinoise, Qin Gang, avec le Secrétaire Général de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat, à Addis Abéba, le 10 janvier. ©AFP - Wang Ping / XINHUA / Xinhua via AFP
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Les pays africains ont montré à la faveur de la guerre ukrainienne que leur soutien ne devait pas être considéré comme acquis d’avance. Chinois, Américains, Européens et quelques autres rivalisent d’influence auprès d’un continent devenu un enjeu global.

Il fut un temps où les grandes puissances rivalisaient pour conquérir des pans entiers du continent africain. Aujourd’hui, les puissances de l’heure sont en concurrence pour séduire, convaincre, parfois acheter le soutien de pays qui n’ont jamais été autant courtisés.

Les 55 États africains sont un enjeu global -quel que soit le critère, économique, politique, sécuritaire, démographique…- qui ne laisse personne indifférent. La Chine est devenue en deux décennies le premier partenaire du continent, supplantant les anciennes puissances coloniales ; la Russie retrouve ses terrains d’influence d’antan, avec les miliciens de Wagner en fer de lance ; les Américains sont de retour ; la Turquie, l’Inde, le Japon, ou le Brésil ont leurs ambitions.

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La guerre en Ukraine a exacerbé cet enjeu, avec les réticences de nombreux pays africains à condamner l’invasion russe. Depuis, on a compris que les Africains refusent d’être considérés comme acquis d’avance par l’Occident, et, surtout, vivent mal le soutien massif à l’Ukraine là où leurs malheurs sont souvent ignorés.

Cette semaine, le tout nouveau ministre des Affaires étrangères chinois, Qin Gang, a effectué son premier déplacement, et il a choisi l’Afrique. A Addis Abéba, siège de l’Union africaine, il a eu un message qui flatte les dirigeants du continent : « notre monde change comme jamais auparavant, et l’essor collectif des pays en développement est irréversible », a-t-il dit. « L’avènement d’un siècle asiatique et d’un siècle africain n’est plus un rêve distant. Nous devons développer la représentation et la voix des pays en développement, tout particulièrement celles de l’Afrique, au sein du Conseil de sécurité de l’ONU ».

Ce discours est habile, car il place la Chine, deuxième économie mondiale, parfois critiquée pour le caractère prédateur de ses entreprises, et l’endettement qu’elle génère, comme un pays en développement comme ceux du continent africain. Un « nous » les pays du Sud, qui est un peu forcé.

Mais ces propos du ministre chinois font écho à un discours similaire entendu le mois dernier à Washington. « Nous avons besoin de plus de voix africaines dans les conversations internationales », déclaraient les dirigeants américains lors d’un Sommet États-Unis-Afrique organisé par Joe Biden. Un Sommet où le nom de la Chine a peu été prononcé, mais était évidemment dans tous les esprits.

Dans ce « grand jeu », l’Europe a le handicap de son passé, et de son passif, mais aussi de s’être détournée de l’Afrique ces dernières décennies, pour se réveiller un peu tard. La France, en particulier, doit affronter un climat hostile d’une partie de la jeunesse dans les pays francophones, comme s’en est rendue compte la Secrétaire d’État au développement, Chrysalys Zacharopoulou, cette semaine à Ouagadougou.

L’an dernier, sous présidence française, un Sommet Union européenne-Afrique s’est tenu à Bruxelles, quelques jours à peine avant l’invasion de l’Ukraine. Les « 27 » ont lancé un fonds, « Global Gateway », pour concurrencer les Routes de la Soie chinoises, mais l’UE n’a ni la souplesse ni les moyens de Pékin.

Le bal des prétendants en Afrique devrait pousser l’Europe à réinventer ses rapports avec ce continent dont elle est la plus proche, et auquel elle est inexorablement liée. Mais il y a encore du chemin à faire pour que l’Afrique considère effectivement la France, et l’Europe, comme un allié naturel. Il y a pourtant urgence.