Un troisième mandat pour Xi Jinping, tout puissant mais fragilisé

Dernière réunion du Comité central, en présence du Secrétaire Général Xi Jinping, avant le 20ème Congrès du Parti communiste chinois, qui s’ouvre dimanche.
Dernière réunion du Comité central, en présence du Secrétaire Général Xi Jinping, avant le 20ème Congrès du Parti communiste chinois, qui s’ouvre dimanche. ©AFP - Xie Huanchi / XINHUA / Xinhua via AFP
Dernière réunion du Comité central, en présence du Secrétaire Général Xi Jinping, avant le 20ème Congrès du Parti communiste chinois, qui s’ouvre dimanche. ©AFP - Xie Huanchi / XINHUA / Xinhua via AFP
Dernière réunion du Comité central, en présence du Secrétaire Général Xi Jinping, avant le 20ème Congrès du Parti communiste chinois, qui s’ouvre dimanche. ©AFP - Xie Huanchi / XINHUA / Xinhua via AFP
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Xi Jinping sera reconduit pour un troisième mandat de cinq ans à la tête du Parti et de la Chine, à un moment de forte perturbation, à la fois diplomatique, économique, politique, sanitaire. Le leader chinois a sa part de responsabilité dans ces tensions.

Écartons d’abord l’idée d’un moindre suspense à propos du déroulement du 20ème Congrès du Parti communiste chinois. Lorsque la date est annoncée, c’est que tout est déjà décidé.

Il n’y a donc aucun doute sur le fait que Xi Jinping, numéro un depuis déjà dix ans, sera reconduit pour un troisième mandat de cinq ans, une première 46 ans après la mort de Mao Zedong. Xi Jinping a cassé la règle des deux mandats, imposée par Deng Xiaoping, le grand dirigeant de l’après-Mao, qui avait voulu empêcher le retour des hommes providentiels capables, aussi, des plus grandes catastrophes. Xi peut rester au pouvoir aussi longtemps qu’il le voudra.

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Le Congrès sera donc d’abord l’occasion de faire connaître aux Chinois, et au monde, les orientations du Parti, et les changements de personnalités au sommet. Et donc de guetter, comme au bon vieux temps de la Kremlinologie soviétique, la moindre inflexion idéologique, les possibles luttes de clans.

Il n’y aura pas de surprise au sens où on l’entend dans un Congrès politique classique ; mais le rapport de Xi Jinping sera décortiqué car il intervient à un moment délicat.

Il y a un paradoxe Xi Jinping : il concentre tous les pouvoirs, au point d’être le dirigeant le plus puissant depuis Mao – il a plus de pouvoirs que n’en a jamais eu Deng Xiaoping, figure majeure du XX° siècle chinois, faisait valoir hier à Paris l’ancien Premier ministre australien Kevin Rudd, fin connaisseur de la Chine.

Et pourtant, Xi Jinping est confronté à des défis majeurs qui le fragilisent, dont plusieurs sont de son propre fait. Au premier desquels on placera son engagement politique au côté de Vladimir Poutine dans sa guerre catastrophique en Ukraine. Deux semaines avant l’invasion, Poutine et Xi signaient à Pékin une déclaration d’amitié « sans limites », ce sont les mots employés. Aujourd’hui, la Russie de Poutine est devenue une source d’embarras, et de perturbation qui ne fait pas nécessairement l’affaire de Pékin.

Le second est l’économie : la Chine n’aura cette année que 2,8% de croissance, la moitié de l’objectif fixé par Pékin, et surtout, inférieure à la moyenne asiatique pour la première fois depuis 30 ans. En cause, la politique drastique de zéro Covid, les conséquences de l’Ukraine sur l’économie mondiale, mais aussi les choix idéologiques de Pékin en faveur du secteur étatique, aux dépens du privé, national et étranger. Tout le monde attend de voir dans quel sens ira Xi Jinping dimanche.

Et le troisième est la rivalité croissante avec les États-Unis, la guerre technologique qui ne cesse de monter, la guerre froide qui s’installe en Asie et dans le monde. Là encore, Xi Jinping a sa part de responsabilité : certains Chinois lui reprochent d’avoir ignoré les conseils de modestie de Deng Xiaoping, toujours lui.

Le risque est aujourd’hui limité pour celui qui se fait désormais surnommer le « navigateur », on pense à Mao, le « Grand Timonier » : son système totalitaire tient bien le pays, malgré les mécontentements qui parviennent parfois à s'exprimer, comme hier à Pékin lors d'une manifestation individuelle sur un pont autoroutier. Mais l’homme qui sera couronné au 20ème Congrès n’est pas aussi serein que la déferlante rouge des prochains jours ne le laisse supposer.