Migrants et réfugiés récupérés par les gardes-côtes britanniques lors de leur tentative de traverser la Manche, hier dans le port de Douvres.
Migrants et réfugiés récupérés par les gardes-côtes britanniques lors de leur tentative de traverser la Manche, hier dans le port de Douvres.
Migrants et réfugiés récupérés par les gardes-côtes britanniques lors de leur tentative de traverser la Manche, hier dans le port de Douvres. ©AFP - Glyn KIRK / AFP
Migrants et réfugiés récupérés par les gardes-côtes britanniques lors de leur tentative de traverser la Manche, hier dans le port de Douvres. ©AFP - Glyn KIRK / AFP
Migrants et réfugiés récupérés par les gardes-côtes britanniques lors de leur tentative de traverser la Manche, hier dans le port de Douvres. ©AFP - Glyn KIRK / AFP
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Résumé

Boris Johnson a annoncé une nouvelle politique de lutte contre l’immigration illégale qui prévoit d’envoyer au Rwanda des dizaines de milliers de réfugiés sans papiers. L’opposition et les ONG protestent.

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Ukrainiens welcome, les autres, direction le Rwanda. C’est un peu violent comme résumé, mais pas très éloigné de la réalité. Boris Johnson, le premier ministre britannique, a annoncé hier sa nouvelle politique de lutte contre l’immigration illégale, y compris donc, l’expédition dans ce pays d’Afrique de l'est de tous les clandestins qui tentent de traverser la Manche.

Il ne s’agit pas ici de délocaliser le filtrage administratif des demandeurs d’asile, comme d’autres ont pu le faire.

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Le plan prévoit d’envoyer ces personnes qui ont fui la guerre ou la misère, dans un pays où elles sont censées refaire leur vie

Des dizaines de milliers d’entre elles, selon Boris Johnson. L’an dernier, 26.000 traversées illégales ont été enregistrées.

L’annonce du gouvernement de Londres est rédigée comme les dépliants publicitaires qui vendent du rêve : « Ceux dont la demande est acceptée par le Rwanda seront ensuite aidés à se construire une nouvelle vie prospère dans l'une des économies à la croissance la plus rapide, reconnue mondialement pour ses résultats en matière d'accueil et d'intégration des migrants ».

La ministre britannique de l’intérieur, Priti Patel, a signé hier un accord avec le gouvernement rwandais, qui est resté très discret. On sait simplement qu’il recevra dans un premier temps €145 millions.

Au Royaume Uni, c’est la stupéfaction

Les associations d’aide aux réfugiés parlent de « faillite morale » et de « barbarie », et l’opposition est vent debout contre le projet. Mais un sondage indique qu’une majorité des électeurs conservateurs l’approuve, c’est tout ce qui compte pour Boris Johnson, en difficultés après le « Partygate », le scandale de ses soirées illégales par temps de covid. Nationalement toutefois, il y a plus de Britanniques qui désapprouvent que ceux qui approuvent : 42% contre 35%.

Le gouvernement britannique espère que cette annonce sera dissuasive pour les candidats à la traversée à partir des côtes françaises. Mais pas un seul réfugié ou personne ayant travaillé avec eux n’y croit : ceux qui ont vécu l’enfer ne seront pas découragés par le risque d’être pris et envoyés au Rwanda.

Ce n’est toutefois pas une première. Il y a eu le cas tristement célèbre du camp de rétention d’immigrants installé par l’Australie en Papouasie Nouvelle Guinée, qui a fini par fermer l’an dernier. En 2013, Israël avait signé un accord secret avec l’Ouganda, et, déjà, le Rwanda, pour accueillir des réfugiés soudanais et érythréens qu’Israël ne voulait pas garder. Des rapports d’ONG ont montré que les promesses faites n’ont pas été tenues, au prix de manquements aux droits de l’homme.

Le plan britannique est-il réaliste ?

Il est certain qu’il se heurtera à des recours légaux déjà annoncés. Mais l’annonce est surtout très politique, Boris Johnson a besoin de montrer qu’il agit, surtout après l’échec des négociations avec la France et l’Union européenne.

L’ironie amère de l’accord signé hier à Kigali est que la ministre Priti Patel descend d’un grand-père originaire du Gujarat en Inde, qui a immigré en Ouganda, puis au Royaume Uni où elle est née. Aujourd’hui, c’est elle qui se charge de fermer la porte du pays du Brexit aux réfugiés – sauf s’ils viennent d’Ukraine, une faute politique que les pays du Sud sauront interpréter comme il se doit.