Hier au centre de Beyrouth, des affrontements armés se sont déroulés, faisant six morts et de nombreux blessés.
Hier au centre de Beyrouth, des affrontements armés se sont déroulés, faisant six morts et de nombreux blessés.
Hier au centre de Beyrouth, des affrontements armés se sont déroulés, faisant six morts et de nombreux blessés. ©AFP - Anwar AMRO / AFP
Hier au centre de Beyrouth, des affrontements armés se sont déroulés, faisant six morts et de nombreux blessés. ©AFP - Anwar AMRO / AFP
Hier au centre de Beyrouth, des affrontements armés se sont déroulés, faisant six morts et de nombreux blessés. ©AFP - Anwar AMRO / AFP
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Résumé

Six morts et de nombreux blessés au centre de Beyrouth, lors d’affrontements armés : la tension ne cesse de monter autour de l’enquête sur l’explosion du port de Beyrouth, faisant craindre une escalade armée.

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Rien ne sera épargné aux Libanais. Depuis plus de deux ans, ils ont vu leurs conditions de vie aller de mal en pis, leurs avoirs bloqués dans les banques, les pénuries devenir la norme, l’électricité plus souvent coupée que branchée, sans oublier le cataclysme de l’explosion du port de Beyrouth, le 4 août 2020. Et une classe politique prédatrice qui s’accroche au pouvoir malgré son échec.

Voilà maintenant que ressurgit le spectre des affrontements armés, trente-deux ans après la fin de la guerre civile qui, pendant quinze ans, a transformé Beyrouth en champs de bataille, quartier contre quartier, communauté contre communauté.

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Hier, les anciens ont cru revivre ce cauchemar en plein centre de la capitale, lorsque des individus armés ont tiré sur des manifestants des deux partis chiites, Hezbollah et Amal. Il y a eu au moins six morts et de nombreux blessés. Le centre ville s’est vidé d’un coup, les magasins ont fermé, l’armée s’est déployée ; la peur est revenue.

Ces tensions sont dues à un bras de fer autour d’un juge, Tarek Bitar, qui est chargé de l’enquête sur la catastrophe du port de Beyrouth et ses 216 morts et 5000 blessés. Ce juge de 46 ans ne se laisse pas intimider dans sa recherche des responsabilités dans l’explosion du stock de nitrate d’ammonium.

Le juge Bitar a inculpé un ancien Premier ministre et plusieurs ex-ministres, il a tenté de convoquer des responsables de la sécurité ; mais il se heurte à des tentatives de pressions pour le faire récuser, comme son prédécesseur.

Il y a quelques jours, Hassan Nasrallah, le leader du Hezbollah, a lancé une charge contre le juge Bitar, accusé d’avoir des « objectifs politiques ». Hier, il a envoyé de jeunes militants du parti chiite, tout de noir vêtus, protester contre le juge.

Mais un adversaire du Hezbollah, Samir Geagea, avait appelé à boucler le quartier, et ses hommes sont soupçonnés d’être à l’origine des tirs. Geagea n’est pas un inconnu : c’est un survivant de la guerre civile, dont la milice chrétienne est mêlée au massacre de Sabra et Chatila, et qui a fait dix ans de prison pour meurtre. 

Samir Geagea contre Hassan Nasrallah : c’est le syndrome libanais, la vie politique tourne toujours autour des mêmes personnages.

Ce que les incidents graves d’hier ont montré, c’est qu’il y a bien des armes, et certaines lourdes, en circulation, et pas seulement dans les rangs du Hezbollah. L’armée nationale parait bien faible pour stopper l’engrenage de la violence s’il devait se poursuivre. 

Les appels au calme se multiplient, faisant tous référence au spectre de la guerre civile. Le nouveau premier ministre Nagib Mikati, a démandé de « ne pas se laisser aller à la sédition sous n’importe quel prétexte » ; mais son gouvernement à peine formé est divisé sur le sort du juge Bitar, et n’a pas pu se réunir cette semaine.

Ces jeux politiques macabres confirment deux éléments : il y a bien des choses à découvrir sur l’origine de l’explosion du port de Beyrouth, c’est ce qui explique la nervosité ambiante ; et le peuple libanais est pris en otage par une classe politique prête à tout, y compris à laisser le pays poursuivre sa descente aux enfers. 

Références

L'équipe

Pierre Haski
Production