L’inquiétant discours de Poutine sur la nécessaire « purification » de la Russie

Banderole dans une rue de Moscou vantant, avec le portrait de Vladimir Poutine, le « courage et la détermination » des soldats russes engagés en Ukraine.
Banderole dans une rue de Moscou vantant, avec le portrait de Vladimir Poutine, le « courage et la détermination » des soldats russes engagés en Ukraine. ©AFP - Ilya Naymushin / Sputnik / Sputnik via AFP
Banderole dans une rue de Moscou vantant, avec le portrait de Vladimir Poutine, le « courage et la détermination » des soldats russes engagés en Ukraine. ©AFP - Ilya Naymushin / Sputnik / Sputnik via AFP
Banderole dans une rue de Moscou vantant, avec le portrait de Vladimir Poutine, le « courage et la détermination » des soldats russes engagés en Ukraine. ©AFP - Ilya Naymushin / Sputnik / Sputnik via AFP
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Le Président russe qualifie ses opposants de « moucherons » à recracher, et appelle à la « purification » de la société de ces « traîtres » alignés sur l’Occident. C’est désormais le seul son de cloche dans une Russie muselée.

Il n’y a pas un, mais deux pays en cours de destruction. Le premier, l’Ukraine, subit les assauts de l’armée russe et ses villes sont transformées en champs de bataille. Mais la Russie, elle aussi, subit une forme de destruction, ou de régression mentale, économique, politique.

L’homme qui est au cœur de ces deux drames, de nature très différente, est Vladimir Poutine, qui a pris la responsabilité de déclencher cette guerre. Mercredi, il a prononcé un discours qui désigne un autre ennemi : celui de l’intérieur, en des termes particulièrement inquiétants.

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Poutine était en visioconférence avec tous les gouverneurs de Russie, et il a employé des mots sortis d’un autre temps, celui du stalinisme, de la guerre froide, d’une époque que l’on pensait révolue. Il a fustigé la « cinquième colonne », c’est-à-dire l’ennemi de l’intérieur, les « nationaux-traîtres » prêts à « vendre leur mère patrie ». Des personnes qui, a-t-il dit, sont liées à l’Occident et pensent que c’est « un signe d’appartenance à une caste supérieure ».

Poutine veut souder la population derrière ce qu’il appelle pudiquement une « opération militaire spéciale » - le mot « guerre » est banni. Pour cela, il délégitime comme des « traîtres » ceux qui s’y opposent, ne laissant aucun espace de contestation.

cette purification naturelle et nécessaire de la société ne fera que renforcer notre pays

Le plus inquiétant, c’est cette phrase : « Tout peuple, et en particulier le peuple russe, est capable de distinguer les vrais patriotes de la racaille et des traîtres, et de recracher ces derniers comme un moucheron qui aurait atterri dans leur bouche. Je suis convaincu que cette purification naturelle et nécessaire de la société ne fera que renforcer notre pays ».

Le mot « purification » est évidemment le plus terrifiant, laissant présager le pire pour ceux qui se risqueraient à s’opposer à l’expédition en Ukraine.

La population russe est soumise à un seul discours depuis le 24 février. Les médias indépendants sont fermés les uns après les autres, des centaines de journalistes russes ont quitté le pays ; les accès aux plateformes étrangères sont bloqués ; et il est devenu très risqué de s’opposer à la guerre qui ne dit même pas son nom ; de s’opposer tout court.

L’Occident, cible idéale et coupable de tout

Dans son discours, Poutine a déclaré qu’à travers l’Ukraine, la Russie fait face à l’Occident, cible idéale et coupable de tout, des difficultés liées aux sanctions, jusqu’au flux de réfugiés ; Il s’est même demandé : « qui sera responsable des millions de morts de faim dans les pays les plus pauvres à cause des pénuries alimentaires » ? L’Occident, bien sûr, pas celui qui a déclenché la guerre.

Ce discours s’ajoute à ceux que le Président russe a faits depuis le début de cette crise, réécrivant un récit national niant l’existence de l’Ukraine et flattant une identité russe repliée sur elle-même. Poutine a ainsi achevé la transformation totalitaire de son régime : quelle que soit l’issue de cette guerre, la Russie mettra des années, peut-être des décennies, pour se remettre des dégâts du « poutinisme ». 

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