Soldats kényans de la force régionale africaine déployés cette semaine à Goma, capitale du Nord-Kivu, en RDC.
Soldats kényans de la force régionale africaine déployés cette semaine à Goma, capitale du Nord-Kivu, en RDC. ©AFP - Augustin Wamenya / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP
Soldats kényans de la force régionale africaine déployés cette semaine à Goma, capitale du Nord-Kivu, en RDC. ©AFP - Augustin Wamenya / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP
Soldats kényans de la force régionale africaine déployés cette semaine à Goma, capitale du Nord-Kivu, en RDC. ©AFP - Augustin Wamenya / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP
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Plusieurs centaines de soldats kényans sont arrivés cette semaine à Goma, dans l’Est de la RDC, pour empêcher la prise de la ville par des rebelles soutenus par le Rwanda. La RDC et le Rwanda s’accusent mutuellement de soutenir des rebelles, dans une région riche en minerais.

Il est des conflits moins médiatisés que d’autres : celui qui agite l’Est de la République démocratique du Congo, aux confins de la région des grands lacs, en fait partie.

On ne peut pas comprendre ce qui s’y passe sans rappeler que pendant une décennie, à cheval sur les années 90 et 2000, les conflits dans la région des grands lacs ont fait plus de cinq millions de morts. Les troubles actuels en sont les séquelles, avec les mêmes acteurs.

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Au centre de la crise, un mouvement rebelle, le M23, mouvement du 23 mars, à dominante ethnique tutsi, qui avait déposé les armes en 2013, mais a repris sa lutte armée il y a un an. Le gouvernement congolais accuse le Rwanda d’être derrière le M23, des accusations confortées par un rapport d’experts de l’ONU, publié cet été, qui évoque la participation de soldats rwandais, et de livraisons d’armes.

Les deux pays sont au bord de la guerre, le Rwanda accusant de son côté la RDC d’abriter un groupe armé d’anciens génocidaires hutus.

Il y a là un mélange de rivalités de puissance entre tous les acteurs de la région, et de pillage des ressources naturelles considérables de cette zone. L’or en particulier, dont la RDC affirme qu’il est extrait par les rebelles et raffiné au Rwanda, avant d’être réexporté.

Ça fait des années que ça dure, et ce sont les populations qui en souffrent. On compte quelque 200 000 déplacés et des milliers de réfugiés ayant fui en Ouganda. La ville de Goma, capitale de la province du Nord-Kivu, redoute un assaut des rebelles du M23 qui ne sont qu’à quelques kilomètres.

Cette fois, l’Afrique se mobilise pour calmer le jeu. L’Angola mène une médiation, et, depuis le début de la semaine, plusieurs centaines de soldats kenyans sont arrivés à Goma dans le cadre d’une force régionale d’interposition. La population espère qu’ils seront plus efficaces que les quelque 14 000 casques bleus de l’ONU présents depuis 1999, et qui sont totalement impuissants.

La RDC étant le plus grand pays francophone au monde, voilà un sujet dont le sommet de la Francophonie, qui s’ouvre demain à Djerba, aurait pu se saisir, mais cette organisation peine à exister sur de tels sujets.

Les chances de surmonter cette crise sont minces, ne serait-ce qu’en raison de la faiblesse de l’État congolais, un héritage historique, depuis la décolonisation bâclée par la Belgique en 1960, des années de dictature et de pillage des ressources.

La RDC a un atout qui est aussi son handicap : elle détient certains des minerais indispensables à la transition écologique, ceux que l’on retrouve dans les batteries des voitures électriques ou des smartphones. Ça aiguise les appétits : la Chine y a acquis des positions minières considérables, mais les Américains se réveillent, et les puissances régionales s’activent.

C’est d’ailleurs l’un des grands paradoxes de notre époque : les minerais nécessaires pour un monde plus propre sont extraits dans les pires conditions environnementales et sociales, et attisent les convoitises les plus féroces. Peut-être faudra-t-il un jour s’y intéresser.

En attendant, les habitants de l’Est de la RDC sont loin de la question climatique : ils demandent seulement à vivre en paix.