Emmanuel Macron et Olaf Scholz en juin 2022 en Ukraine, le leadership franco-allemand a été bousculé par le séisme géopolitique.
Emmanuel Macron et Olaf Scholz en juin 2022 en Ukraine, le leadership franco-allemand a été bousculé par le séisme géopolitique. ©AFP - Ludovic MARIN / POOL / AFP
Emmanuel Macron et Olaf Scholz en juin 2022 en Ukraine, le leadership franco-allemand a été bousculé par le séisme géopolitique. ©AFP - Ludovic MARIN / POOL / AFP
Emmanuel Macron et Olaf Scholz en juin 2022 en Ukraine, le leadership franco-allemand a été bousculé par le séisme géopolitique. ©AFP - Ludovic MARIN / POOL / AFP
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La France et l’Allemagne se retrouvent dimanche à Paris dans un contexte bouleversé par la guerre en Ukraine, qui a bousculé leur leadership traditionnel de l’Europe. Ils ne sont pas les seuls à se préparer aux changements de rapports de force induits par ce conflit majeur.

Une question : savez-vous quel pays aura l’armée la plus importante en Europe dans les prochaines années ? La réponse habituelle est la France, seule puissance nucléaire depuis le départ du Royaume Uni, testée sur les théâtres d’opérations extérieurs. Mais ça change : si on met le nucléaire de côté, la principale armée sera bientôt celle de la Pologne.

C’est une des conséquences directes de l’invasion de l’Ukraine par la Russie : la Pologne, voisine de la zone de conflit, investit massivement dans sa défense. Elle a conclu l’an dernier un contrat géant d’achat d’armes avec la Corée du Sud : chars de combat (elle en aura quatre fois plus que la France), artillerie, avions, pour 15 milliards d’euros. Le mois dernier, elle signait un contrat d’achat de deux satellites d’observation à la France pour 500 millions d’euros.

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Cet ancien pays du Pacte de Varsovie, aujourd’hui dans l’Otan, entend peser d’un poids plus important dans les affaires européennes - cet investissement dans la défense en est un des moyens. Ce n’est pas le seul impact de la guerre en Ukraine : en fait, ce sont tous les équilibres internes à l’Union européenne qui sont durablement transformés, même s’il est trop tôt, alors que le conflit se prolonge, pour en évaluer l’impact final.

Les conséquences de la guerre sont particulièrement sensibles en Allemagne, bousculée depuis le début de l’invasion par la nécessité de se remettre en question. En cause, la dépendance choisie au gaz russe ; la réticence à livrer les premières armes à l’Ukraine quand l’urgence se faisait sentir ; et aujourd’hui encore à l’agonie sur la question des livraisons de chars lourds.

Ce séisme géopolitique provoque un malaise quant à la place et au rôle de l’Allemagne. Non pas que Berlin remette en question ses engagements européens -ce n’est pas le cas-, mais tant de tabous ont sauté que la coalition du Chancelier Scholz semble parfois sans boussole, malgré la proclamation d’une « Zeitenwende », un tournant historique.

On ne le verra pas dimanche à Paris, car tout sera fait pour que le 60ème anniversaire de la réconciliation franco-allemande de 1963, doublé d’un Conseil des ministres commun, se passe sans le moindre nuage. Mais ce Conseil avait dû être reporté en fin d’année dernière, faute d’accords suffisants : il s’agira dimanche de corriger cette image, même si tout n’est pas réglé.

La France aussi est bousculée : en fait, chacune à sa manière, la France et l’Allemagne ont vu leurs certitudes remises en question le 24 février, avec l’invasion russe de l’Ukraine. Le leadership traditionnel de l’Europe n’a pas été immédiatement au rendez-vous, car il n’était pas prêt à cette guerre, alors que les pays du front Est, plus vigilants vis-à-vis de Moscou, ont immédiatement perçu l’enjeu.

Près d’un an après, le coût politique de ce décalage n’est pas surmonté. Emmanuel Macron prononcera dimanche un nouveau « discours de la Sorbonne », redonnant sa vision européenne plus de cinq ans après le premier. Hier il signait un traité d’amitié avec l’Espagne ; puis dimanche Paris et Berlin tenteront de parler d’une seule voix sur l’Ukraine et l’Europe.

Ces grandes manœuvres politiques sont autant de tentatives de s’adapter au nouveau monde de la guerre, et, surtout, de préparer l’Europe à celui d’après. Les rapports de force auront changé, et c’est dès aujourd’hui qu’il faut les forger.