Viktor Orban (à gauche) et Recep Tayyip Erdogan, en novembre 2021 à Ankara : les deux hommes ont de nombreux points communs.
Viktor Orban (à gauche) et Recep Tayyip Erdogan, en novembre 2021 à Ankara : les deux hommes ont de nombreux points communs.
Viktor Orban (à gauche) et Recep Tayyip Erdogan, en novembre 2021 à Ankara : les deux hommes ont de nombreux points communs. ©AFP - Adem ALTAN / AFP
Viktor Orban (à gauche) et Recep Tayyip Erdogan, en novembre 2021 à Ankara : les deux hommes ont de nombreux points communs. ©AFP - Adem ALTAN / AFP
Viktor Orban (à gauche) et Recep Tayyip Erdogan, en novembre 2021 à Ankara : les deux hommes ont de nombreux points communs. ©AFP - Adem ALTAN / AFP
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Résumé

La Hongrie bloque l’embargo pétrolier européen ; la Turquie s’oppose à l’entrée de la Finlande et la Suède à l’OTAN. Comment faire face à ces puissances transactionnelles qui s’opposent à l’unité pourtant nécessaire face à Poutine.

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Viktor Orban, et Recep Tayyip Erdogan sont des « empêcheurs de consensus ». Ils mènent des combats isolés qui bloquent des décisions majeures : le premier ministre hongrois s’oppose à une décision européenne qui doit être adoptée à l’unanimité, un embargo pétrolier contre la Russie ; tandis que le Président turc bloque le processus d’adhésion de la Suède et de la Finlande à l’OTAN.

Ces deux pays sont membres des instances occidentales, la Hongrie et la Turquie font partie de l’OTAN, et la Hongrie est également membre de l’UE. Pourtant, non seulement ils se démarquent du large consensus de leurs partenaires ; mais ils conduisent des diplomaties que l’on pourrait qualifier de « transactionnelles », c’est-à-dire qu’ils négocient leur ralliement.

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Leur opposition solitaire vient priver les Occidentaux de l’image d’unanimité qu’ils avaient affichée depuis le début de la guerre en Ukraine. Cette unité constitue une force face à la Russie qui escomptait sans doute plus de divisions et de réticences dans le soutien à l’Ukraine.

Orban et Erdogan ont plusieurs points communs. Ils sont tous les deux adeptes de ce qu’on appelle l’« illibéralisme », une démocratie plus autoritaire. Ils appartiennent à la catégorie dite des « hommes forts », qui ont fleuri sur tous les continents. Enfin, ils dirigent des anciens empires qui s’estiment malmenés par l’histoire, et cherchent une influence à la hauteur de leur glorieux passé.

Chacun applique son pouvoir de nuisance au dossier qui l’intéresse d’un point de vue national. Orban est le seul, au sein de l’UE, à assumer sa proximité avec Vladimir Poutine ; et, s’il a laissé adopter les paquets de sanctions précédents, il refuse de s’associer à l’embargo pétrolier. D’autant qu’il subit lui-même des sanctions européennes pour ses manquements à l’état de droit.

Erdogan, lui, se place sur un autre registre : avant de les laisser entrer à l’OTAN, il exige que la Suède et la Finlande cessent leur soutien aux Kurdes syriens, et lui livrent une vingtaine de réfugiés politiques kurdes ; il a également des demandes d’armements en direction des États-Unis, bloquées depuis qu’il a acheté du matériel russe…

Ça n’est sans doute par à la hauteur du contexte de guerre ; mais les deux hommes connaissent leur pouvoir et vont le monnayer.

Comment peut-on éviter de tels problèmes ? Il y a deux cas de figure : le premier est l’extension du champ des décisions prises à la majorité et non plus à l’unanimité au sein de l’Union européenne. C’est sur la table, et ça pourrait être une des réformes provoquées par la crise ukrainienne, afin d’accélérer les prises de décisions.

Le second cas de figure est plus complexe. Dans le monde multipolaire qui émerge difficilement, des puissances moyennes s’émancipent. C’est le cas de la Turquie et d’autres pays du Moyen Orient. Il va falloir s’y faire, l’alignement n’est plus de mise, et ce n’est pas plus mal.

En revanche, ce qui pose un problème, c’est quand on fait partie d’un « club » sans en respecter les règles. La Hongrie et la Turquie, chacune avec son agenda, sont clairement dans cette catégorie : il faudra bien un jour clarifier les choses.