L’Ukraine était surnommée le « grenier à blé » de l’Union soviétique. Ici la ferme collective « Lénine », dans les années 30.
L’Ukraine était surnommée le « grenier à blé » de l’Union soviétique. Ici la ferme collective « Lénine », dans les années 30. ©AFP - Petrusov / Sputnik / Sputnik via AFP
L’Ukraine était surnommée le « grenier à blé » de l’Union soviétique. Ici la ferme collective « Lénine », dans les années 30. ©AFP - Petrusov / Sputnik / Sputnik via AFP
L’Ukraine était surnommée le « grenier à blé » de l’Union soviétique. Ici la ferme collective « Lénine », dans les années 30. ©AFP - Petrusov / Sputnik / Sputnik via AFP
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La Russie et l’Ukraine sont de gros producteurs de céréales, et la guerre risque de sérieusement perturber l’approvisionnement du Moyen Orient et de l’Afrique. Le G7 et le Conseil européen ont étudié hier des mécanismes de solidarité pour éviter des famines.

Vous avez aimé la « diplomatie sanitaire » des débuts de la pandémie de Covid ? Il faut se préparer à la « diplomatie alimentaire » qui guette, avec son volet informationnel et ses risques de famine et de crise politique dans une partie du monde.

L’équation est connue : la Russie et l’Ukraine sont deux producteurs majeurs de produits agricoles, en particulier de céréales, et les effets de la guerre se font déjà sentir sur les prix et certains approvisionnements. Mais le pire est à venir : dans un contexte de guerre, il sera difficile aux Ukrainiens en particulier de semer, et les problèmes les plus graves pourraient apparaître dans 12 à 18 mois sur le marché mondial.

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27 pays représentant 750 millions d’habitants sont concernés à plus de 50% par les approvisionnements russes et ukrainiens, surtout au Moyen Orient et en Afrique. Cela va jusqu’à 80% pour les 100 millions d’Égyptiens. Le sujet est explosif.

Le niveau de dépendance des États vis-à-vis-du blé de Russie et d'Ukraine
Le niveau de dépendance des États vis-à-vis-du blé de Russie et d'Ukraine
- UNCTAD/ONU

La question alimentaire s’est invitée hier aux Sommets du G7 et de l’Union européenne à Bruxelles, et Emmanuel Macron, en tant que Président du Conseil de l’UE, s’en est entretenu avec le chef de l’État sénégalais Macky Sall, actuel Président de l’Union africaine.

Ils ont proposé une initiative baptisée « Mission de résilience alimentaire et agricole », inspirée de ce qui s’était passé pendant le Covid, avec le dispositif Acta lancé avec l’Organisation mondiale de la Santé. Acta a permis de fournir des vaccins aux pays les plus pauvres. Il s’agira ici d’encourager la libération des stocks, d’assurer la transparence des marchés, et d’organiser une solidarité effective.

Mais si le précédent du Covid nous enseigne quelque chose, c’est que les cadres multilatéraux n’empêchent pas la politique de s’immiscer partout. On se souvient des fournitures sanitaires chinoises en Afrique, ou des polémiques sur les brevets des vaccins, qui ont pollué l’action de solidarité internationale.

Le risque est double. D’abord celui d’une guerre de propagande, la Russie tentera de rendre les sanctions occidentales responsables des problèmes alimentaires et de prix, là où c’est la guerre déclenchée par Vladimir Poutine qui en est à l’origine. Les produits alimentaires sont écartés des sanctions, mais l’information fait partie de la guerre, la vérité importe peu.

Le deuxième risque est celui de la stabilité des pays concernés. Le sujet est sensible : l’Égypte a plusieurs fois connu dans son histoire des « émeutes du pain » à propos des prix, on imagine ce que peuvent provoquer des pénuries, voire des famines, le mot a été employé hier par Emmanuel Macron.

Le Président français a indiqué avoir demandé à Vladimir Poutine, lors de leurs entretiens téléphoniques, de permettre aux Ukrainiens de semer pour l’année prochaine malgré la guerre, et de ne pas mettre d’entrave aux exportations agricoles. Cela semble assez illusoire quand on voit la tournure de cette guerre.

Reste le mécanisme international envisagé : la communauté internationale n’a pas le droit à l’erreur, car un échec, et donc les famines annoncées, viendrait rajouter d’autres drames à un monde déjà mal en point. L’onde de choc de la guerre russe ne fait que commencer.