Capture d’écran d’une video amateur des affrontements qui ont eu lieu mercredi 23 novembre à l’usine Foxconn de Zhengzhou.
Capture d’écran d’une video amateur des affrontements qui ont eu lieu mercredi 23 novembre à l’usine Foxconn de Zhengzhou. ©AFP - AFPTV teams / ESN / STILL SALTY / AFP
Capture d’écran d’une video amateur des affrontements qui ont eu lieu mercredi 23 novembre à l’usine Foxconn de Zhengzhou. ©AFP - AFPTV teams / ESN / STILL SALTY / AFP
Capture d’écran d’une video amateur des affrontements qui ont eu lieu mercredi 23 novembre à l’usine Foxconn de Zhengzhou. ©AFP - AFPTV teams / ESN / STILL SALTY / AFP
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Des millions de personnes sont de nouveau confinées en Chine, en raison de la politique de « zero Covid » qui passe mal, comme l’ont montré les émeutes de l’usine Foxconn de Zhengzhou. Une crise aux multiples facettes. Explications.

C’est une crise sanitaire, bien sûr, mais pas seulement. Les images des affrontements à l’usine géante d’Iphones de Zhengzhou, dans le centre de la Chine, cette semaine, montrent que c’est aussi une crise sociale, politique, et même une facette de la transformation de la mondialisation qui se joue.

A l’usine du taiwanais Foxconn, qui compte quelque 200 000 ouvriers, une ville dans la ville, l’explosion de colère a été produite par une exaspération due aux confinements à répétition, et à une promesse de prime non tenue. La direction de l’usine a parlé hier d’une « erreur informatique », et a promis que la prime serait versée, mais le mal est fait.

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Hier, toute la ville de Zhengzhou, soit 10 millions d’habitants, a été confinée, comme l’ont été des parties de la capitale, Pékin, et d’autres mégapoles du pays. Des centaines de millions de personnes alors que la Chine annonce 31 000 contaminations, le chiffre le plus élevé depuis deux ans – mais un chiffre avec lequel, ailleurs, on vit quasi-normalement.

Le pouvoir de Xi Jinping reste inflexible sur sa politique de « zero Covid », quand le reste du monde a en effet tourné la page, y compris ses voisins qui avaient la même politique, la Corée du Sud ou Taiwan. Les Chinois ont d’ailleurs relevé que pendant qu’ils se débattent avec des confinements massifs et inflexibles, des dizaines de milliers de personnes sont réunies dans les stades de la Coupe du Monde au Qatar. Même planète ?

La réponse tient en un choix politique. Après la première vague de la pandémie à Wuhan, début 2020, la Chine a fermé ses frontières. La stratégie a marché cette année-là, quand nous étions confinés. Mais l’arrivée des vaccins a tout changé, et a permis de revivre quasi-normalement. Sauf en Chine.

Le vaccin chinois s’est révélé moins efficace, en particulier avec le variant Omicron, et Pékin a refusé, pour des raisons de fierté nationale, d’acheter des vaccins occidentaux. Résultat, la population à risque est moins protégée, et, avec un système de santé inadapté, la levée des restrictions provoquerait une catastrophe.

Le gouvernement est prêt à en payer le prix économique et politique : la Chine vit déjà un fort ralentissement économique, et l’exaspération est palpable depuis le confinement brutal de Shanghai au printemps. Le risque n’est pas tant l’extension des troubles -l’usage de la force ne fait pas peur à ce pouvoir-, que la rupture d’un contrat social qui fonctionnait depuis trois décennies.

C’est aussi un enjeu de la mondialisation dont l’usine Foxconn de Zhengzhou est le symbole absolu. Les déboires d’Apple vont accélérer une tendance lourde depuis deux ans : la Chine « usine du monde » perd son pouvoir d’attraction, et de nombreuses multinationales investissent aussi dans d’autres pays d’Asie. Apple produit pour la première fois ses Iphones en Inde aussi, et Samsung a déplacé sa production au Vietnam.

Le « zero Covid » tatillon de la Chine, doublé des tensions géopolitiques entre Pékin et Washington, ont pour effet non pas de « découpler » totalement les économies, c’est impossible ; mais de le faire dans les technologies sensibles, de ne plus rester dépendant d’un seul pays.

C’est donc la fin d’une facette de la mondialisation telle que nous l’avons connue que nous signifient, bien malgré eux, les ouvriers en colère de Zhengzhou.