Les Sud-Coréens observent sur un écran de télé les images nord-coréennes d’un tir de missile balistique, le 25 janvier.
Les Sud-Coréens observent sur un écran de télé les images nord-coréennes d’un tir de missile balistique, le 25 janvier.
Les Sud-Coréens observent sur un écran de télé les images nord-coréennes d’un tir de missile balistique, le 25 janvier. ©AFP - Jung Yeon-je / AFP
Les Sud-Coréens observent sur un écran de télé les images nord-coréennes d’un tir de missile balistique, le 25 janvier. ©AFP - Jung Yeon-je / AFP
Les Sud-Coréens observent sur un écran de télé les images nord-coréennes d’un tir de missile balistique, le 25 janvier. ©AFP - Jung Yeon-je / AFP
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Résumé

La Corée du nord a tiré plus de missiles balistiques en janvier que pour toute l’année dernière, malgré l’interdiction décrétée par le Conseil de sécurité de l’ONU. Quel est le message de Kim Jong-Un ?

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Il y a plusieurs manières de passer des messages. Kim Jong-Un, le dirigeant nord-coréen, choisit pour sa part de les envoyer avec des missiles balistiques.

Il en a lancés deux hier matin, qui sont tombés en mer, non loin de la Zone économique maritime du Japon. Depuis le début du mois de janvier, il en est à son sixième lancement, soit autant que pour l’ensemble de l’an dernier ; des missiles tirés à partir d’un sous-marin, d’un train, ou de terre, et même un missile hypersonique susceptible de changer de trajectoire en cours de route.

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Nous sommes ici dans la provocation pure puisque la Corée du nord est en principe sous l’interdiction, votée par le Conseil de sécurité de l’ONU, de lancer des missiles balistiques ; mais Kim Jong-Un n’en a cure. Reste donc à décrypter le message qu’il a voulu envoyer avec ces tirs à répétition, et à qui ?

Kim Jong-Un s’adresse d’abord à Joe Biden, une manière d’attirer son attention en utilisant le seul moyen à sa disposition : son armement. 

Pourquoi le Président américain ? Il y a trois ans, la lune de miel entre Kim Jong-Un et Donald Trump prenait brutalement fin lors du Sommet de Hanoi, après un incroyable numéro de séduction qui a été à deux doigts d’aboutir. Depuis, plus rien, et le changement de Président à Washington n’a pas modifié la donne.

Kim Jong-Un a besoin de desserrer l’étau des sanctions américaines contre son pays. Il avait entamé son règne avec un début d’ouverture économique apprécié par la population, mais il a dû admettre  récemment de nouvelles difficultés économiques sévères, aggravées par la fermeture du pays face au Covid. 

La Corée du nord présente ce paradoxe facilement explicable d’avoir développé son arme nucléaire et ses vecteurs balistiques tout en ayant une économie atrophiée : c’est un choix politique de consacrer le principal effort à la défense, afin d’assurer la survie du régime. Mais il aurait bien besoin aujourd’hui de la levée des sanctions.

En quoi lancer des missiles pourrait faire lever les sanctions ? Ca parait contre-intuitif, mais c’est la logique du régime. L’étalage de nouvelles armes est censé ramener les Américains à la table de négociations. Le problème est que l’administration Biden, échaudée par le jeu de dupe menée avec Trump, se dit prêts à rencontrer les Nord-Coréens, mais pour discuter dénucléarisation. Pas de levée des sanctions autrement.

Mais c’est un pas que Pyongyang ne franchira pas : l’arme nucléaire, doublée de missiles capables de transporter des charges nucléaires, constitue l’assurance-vie d’un régime politique unique au monde. Y renoncer, c’est se suicider.

La dynastie Kim prospère sur le climat de tension ininterrompu depuis la guerre de Corée. Pour cette raison, Pyongyang n’est pas intéressé par l’offre du Président sud-coréen de conclure, enfin, le traité de paix qui n’a jamais pu être signé depuis la fin de la guerre, en… 1953 ! Le Président Moon espérait conclure avant l’élection présidentielle de mars.

La réponse est venue des tirs de missiles de janvier. C’est à lui, aussi, que s’adressaient les messages balistiques de Kim Jong-Un.