Soldat suédois lors de manœuvres, en mars 2021, dans le grand nord au-delà du cercle polaire. La Suède est l’un des huit pays riverains de la zone Arctique. ©AFP -  Jonathan NACKSTRAND / AFP
Soldat suédois lors de manœuvres, en mars 2021, dans le grand nord au-delà du cercle polaire. La Suède est l’un des huit pays riverains de la zone Arctique. ©AFP - Jonathan NACKSTRAND / AFP
Soldat suédois lors de manœuvres, en mars 2021, dans le grand nord au-delà du cercle polaire. La Suède est l’un des huit pays riverains de la zone Arctique. ©AFP - Jonathan NACKSTRAND / AFP
Publicité
Résumé

Le Conseil de l’Arctique se réunit aujourd’hui au Groenland, sous le signe des rivalités entre puissances. La Russie revendique une influence prépondérante, contestée par les autres riverains de cette zone riche en matières premières.

En savoir plus

L’Arctique est plus souvent associé aux questions climatiques qu’aux enjeux géopolitiques ; et pourtant, cette région entourant le pôle Nord est devenue un des lieux majeurs de friction entre puissances. 

Les deux questions, climatique et géopolitique, sont d’ailleurs liées, puisque le réchauffement planétaire et la fonte de la banquise ont pour effet de valoriser la route maritime du nord, qui réduit de moitié le temps de voyage entre l’Asie et l’Europe, et de faciliter l’accès à ses matières premières. Pas une bonne nouvelle pour la planète, mais de quoi relancer les rivalités.

Publicité

Le Conseil de l’Arctique, l’instance de concertation des huit pays riverains et d’observateurs plus lointains comme la France ou la Chine, se réunit aujourd’hui en Islande. Une réunion sous tension, d’abord parce que les chefs de la diplomatie russe et américaine, Sergei Lavrov et Anthony Blinken, ont fait le déplacement ; mais aussi parce que c’est la Russie qui prend la présidence de cette instance, sur une note offensive.

La Russie occupe plus de la moitié de l’espace côtier arctique, et tire déjà 10% de son produit intérieur brut de ses ressources, gaz naturel et divers minerais. Le commerce empruntant la route du nord a déjà été multiplié par quatre.

A la veille de cette réunion, Sergei Lavrov a créé la surprise en qualifiant l’Arctique de « zone d’influence économique de la Russie. Ce sont nos terres », a-t-il dit. Les autres riverains -États-Unis, Canada et pays Scandinaves-, ne l’entendent évidemment pas ainsi.

La traduction de ces tensions, c’est le développement de l’activité militaire. La Russie a rouvert et développé d’anciennes installations soviétiques, comme la base de Nagurskoye, autrefois une simple piste et une station météo, désormais équipée de radars et de missiles et pouvant accueillir des bombardiers stratégiques. En mars dernier, lors de manœuvres, trois sous-marins nucléaires russes ont fait surface simultanément en brisant une épaisse couche de glace, faisait observer une note récente de l’IFRI

De leur côté, les Américains ont organisé des exercices aériens avec la Norvège, pays de l’OTAN au contact de la Russie ; et même la France y a envoyé pour la première fois il y a deux ans un navire de guerre tester les eaux froides du grand nord.

Les questions militaires ne sont pas du ressort du Conseil de l’Arctique, une instance née à la fin de la guerre froide ; mais la Russie a proposé une concertation entre chefs d’état-major des huit pays riverains – impossible car les contacts militaires avec la Russie sont « gelés » depuis l’annexion de la Crimée par Poutine en 2014.

Le Conseil de l’Arctique est censé travailler à la préservation de l’environnement dans cet écosystème fragile, et fixer les règles de la cohabitation entre les nations qui s’y intéressent : les riverains, mais aussi la Chine, de plus en plus présente, au point d’en inquiéter jusqu’à son allié russe.

Mais il est clair que les tensions internationales actuelles polluent toutes les instances multilatérales, qui deviennent des enjeux de rivalité au lieu d’être des lieux de coopération. L’Arctique n’y échappe hélas pas. 

Souvenez-vous, il y a deux ans, Donald Trump avait fait rire la planète entière en proposant de racheter le Groenland au Danemark. C’était farfelu ; mais ce qui ne l’est pas, c’est l’intérêt stratégique de cette région du grand nord, pour le meilleur, ou plus sûrement pour le pire.