Le journaliste dissident Roman Protasevich lors d’une manifestation pour la liberté en 2012 à Minsk. Il est aujourd’hui détenu par le régime biélorusse après le détournement d’un avion de ligne. ©AFP - STR / AFP
Le journaliste dissident Roman Protasevich lors d’une manifestation pour la liberté en 2012 à Minsk. Il est aujourd’hui détenu par le régime biélorusse après le détournement d’un avion de ligne. ©AFP - STR / AFP
Le journaliste dissident Roman Protasevich lors d’une manifestation pour la liberté en 2012 à Minsk. Il est aujourd’hui détenu par le régime biélorusse après le détournement d’un avion de ligne. ©AFP - STR / AFP
Publicité
Résumé

Les 27 ont adopté hier soir une série de sanctions aériennes contre la Biélorussie après le détournement d’un avion de ligne pour arrêter un journaliste dissident. L’UE subit un test grandeur nature de sa capacité à se faire respecter.

En savoir plus

Dans l’échelle des transgressions du droit international, l’acte commis par le régime biélorusse se situe assez haut. Le détournement d’un avion de ligne, sous la contrainte d’un Mig, pour le forcer à atterrir et capturer deux passagers, a justement été décrit comme de la piraterie commise par un État.

L’Europe est directement défiée, et se devait de répondre : c’est un avion d’une compagnie irlandaise qui a été détourné, il effectuait la liaison entre deux capitales de l’Union européenne, Athènes et Vilnius. Et le journaliste biélorusse arrêté, Roman Protasevich, avait fui la dictature et trouvé refuge en Europe.

Publicité

Hier soir à Bruxelles, les dirigeants de l’Union ont réussi à montrer un front uni, contrairement à leur incapacité à adopter à 27 une déclaration sur la guerre de Gaza. Et ils ont approuvé une série de sanctions immédiates contre la Biélorussie, qui vont, pour la première fois, au-delà de celles, largement symboliques et bien tardives, qui sont en discussion depuis la répression de l’an dernier.

Ces sanctions auront un coût pour le régime biélorusse, un isolement accru, avec l'arrêt des liaisons aériennes, pour que son acte de piraterie ne reste pas impuni, ce qui aurait été désastreux.

De fait, cette affaire dépasse l’acte lui-même. Cette crise s’est transformée en 24 heures en un test de crédibilité majeur pour l’Union européenne ; un test grandeur nature de sa capacité à se faire respecter dans un environnement redevenu brutal et prédateur.

De toute évidence, le dictateur biélorusse Alexandre Loukachenko, à l’image d’autres dirigeants autoritaires, de la Turquie à la Chine en passant par la Russie, considère que l’Europe est suffisamment divisée et affaiblie pour la bousculer, la traiter en quantité négligeable.

Loukachenko a pu croire en son impunité après sa réélection frauduleuse, le 9 août l’an dernier, suivi de manifestations massives, sévèrement réprimées. L’Europe s’était indignée, avait proclamé sa solidarité avec la candidate de l’opposition, Svetlana Tsikhanovskaïa, aujourd’hui réfugiée en Lituanie, mais rien qui puisse dissuader le dictateur de Minsk de s’accrocher au pouvoir par la force.

Les mesures actuelles ne sont peut-être pas encore à la mesure de la crise, mais elles ont au moins le mérite de montrer que les 27 peuvent s’exprimer d’une seule voix, et agir unis, sur un sujet aussi brûlant. Mais Loukachenko bénéficie du soutien de Vladimir Poutine, dont il devient de plus en plus dépendant, et il peut espérer survivre en s’accrochant à la puissance russe.

Il ne manifeste en tous cas aucune intention de libérer le journaliste capturé, comme le demandent l’Europe et les États-Unis. Une vidéo d’« aveux » de Roman Protasevich a été diffusée hier soir par les médias officiels biélorusses, dans les meilleures traditions totalitaires.

L’Europe doit donc s’attendre à des tensions croissantes sur son flanc Est, avec Minsk mais aussi, vraisemblablement avec Moscou. 

Mais si les 27 acceptaient de passer par pertes et profits un tel acte de piraterie aérienne, ils ne feraient qu’aggraver le désordre croissant du monde. L’Europe a toujours du mal à se vivre en tant que puissance, mais elle découvre le prix de ne pas en être une.