Chloé Zhao, Oscars du meilleur film et meilleure réalisatrice 2021, pour « Nomadland ».
Chloé Zhao, Oscars du meilleur film et meilleure réalisatrice 2021, pour « Nomadland ».
Chloé Zhao, Oscars du meilleur film et meilleure réalisatrice 2021, pour « Nomadland ». ©AFP - Chris Pizzello / POOL / AFP
Chloé Zhao, Oscars du meilleur film et meilleure réalisatrice 2021, pour « Nomadland ». ©AFP - Chris Pizzello / POOL / AFP
Chloé Zhao, Oscars du meilleur film et meilleure réalisatrice 2021, pour « Nomadland ». ©AFP - Chris Pizzello / POOL / AFP
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Résumé

La cérémonie des Oscars n’a pas été retransmise en Chine et les réseaux sociaux ont été "nettoyés" des références à Chloé Zhao : Pékin lui reproche d’avoir critiqué la Chine il y a … huit ans ! Un signe de peur d'un régime qui veut projeter une image de force.

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Dans la majeure partie du monde, si un enfant du pays reçoit un Oscar du cinéma américain, c’est un titre de gloire dont on se réjouit. Pas en Chine, qui a largement censuré, dimanche soir, le triomphe de Chloé Zhao, la cinéaste native de Pékin, auteure de "Nomadland", qui a reçu pas moins de trois Oscars dont celui de meilleure réalisatrice et meilleur film.

Cette censure en dit long sur les points de faiblesse d’un régime qui veut projeter une image de force, mais refuse la moindre note dissonante, comme si la puissance de la Chine millénaire s’en trouvait menacée. C’est aussi le "soft power" chinois, le pouvoir d’attraction d’un modèle, qui sort affaibli de cet épisode révélateur. 

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Pour la première fois depuis des années, la cérémonie des Oscars n’a pas été retransmise en direct par la télévision chinoise, les commentaires sur les réseaux sociaux félicitant la jeune femme ou exprimant la moindre fierté ont été effacés, et certains VPN, qui permettent de contourner les interdits sur internet, ont été coupés pendant la cérémonie.

L’explication est simple : après s’être réjouis des premiers succès de Chloé Zhao, qui rafle tous les prix depuis des mois, les Chinois ont découvert une interview de la jeune femme à un magazine de cinéma, remontant à 2013 : elle y constate que durant sa jeunesse en Chine, elle était "entourée de mensonges".

Les internautes nationalistes, très actifs et virulents, encouragés par le Parti communiste, s’en sont emparés et ont mené campagne contre Chloé Zhao, devenue l’incarnation de l’ingratitude envers la patrie, d’une "femme aux deux visages" ; même ses parents, son père cadre d’une entreprise d’État, et sa mère actrice, se sont vu reprocher d’avoir mal éduqué cette jeune fille privilégiée qui a mal tourné.

Le paradoxe est que Chloé Zhao est tout sauf une dissidente, il a fallu remonter à huit ans pour trouver une déclaration critique de la Chine, et son film porte sur les failles de la société américaine, pas chinoise : elle est juste une jeune femme chinoise libre, mais c’est déjà trop.

L’affaire Chloé Zhao est révélatrice du sentiment d’insécurité qui règne au sommet du Parti et de l’État chinois. Ils ont censuré la cérémonie parce qu’ils craignaient qu’elle serve de tribune pour les critiquer, mais la réalisatrice oscarisée s’est montrée plus forte : elle a récité la première phrase d’un poème chinois que lui apprenait son père : "à la naissance, tous les hommes sont bons".

Si au lieu de la censurer, le numéro un chinois Xi Jinping l’avait appelée pour la féliciter, il aurait pu mettre en valeur la vitalité de la culture chinoise, et peut-être montré aux Américains une autre image de son pays en pleine tension sino-américaine. Au contraire, il s’est tiré une balle dans le pied.

Dans ce climat de confrontation, Pékin exige une loyauté absolue de ses citoyens, et veut réduire au silence ceux qui la lui refusent. Au passage, c’est toute la stratégie de séduction et d’achat d’influence chinois à Hollywood qui s’effondre. L’argent ne suffit pas à construire un "soft power" fort, il y faut aussi une capacité d’attraction. La Chine ne sait visiblement pas faire.