Vladimir Poutine et Alexandre Loukachenko lors d’une rencontre en 2005 à la résidence officielle de Zavidovo, à 125 Km de Moscou. ©AFP - SERGEY ZHUKOV / ITAR-TASS / AFP
Vladimir Poutine et Alexandre Loukachenko lors d’une rencontre en 2005 à la résidence officielle de Zavidovo, à 125 Km de Moscou. ©AFP - SERGEY ZHUKOV / ITAR-TASS / AFP
Vladimir Poutine et Alexandre Loukachenko lors d’une rencontre en 2005 à la résidence officielle de Zavidovo, à 125 Km de Moscou. ©AFP - SERGEY ZHUKOV / ITAR-TASS / AFP
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Résumé

Rien ne prouve que Moscou a donné son feu vert à l’arraisonnement d’un avion par la Biélorussie, mais la Russie a choisi de « couvrir » son encombrant allié biélorusse. Elle fait désormais partie de la crise née de cet acte de piraterie condamné par l’Union européenne.

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La crise née du détournement d’un avion de ligne européen par le régime biélorusse est en train de devenir un moment de vérité pour … la Russie. 

C’est évidemment paradoxal, car rien ne prouve, jusqu’ici, la participation, ou même le feu vert, de Moscou à l’acte de piraterie d’État commis par le régime d’Alexandre Loukachenko. Mais la Russie a décidé de « couvrir » l’acte de Loukachenko, et de blâmer les Occidentaux pour la crise.

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Le dictateur biélorusse est attendu en fin de semaine à Moscou, son dernier rempart protecteur alors que l’Union européenne a décidé de lui imposer ses premières vraies sanctions, avec l’exclusion aérienne. Les seuls pays dont les avions survolent encore la Biélorussie sont, de manière significative, la Russie, la Chine, et la Turquie.

Les relations entre la Biélorussie et la Russie n’ont jamais été commodes, et le Kremlin a souvent été agacé par l’autocrate, au pouvoir à Minsk depuis plus longtemps que Vladimir Poutine à Moscou. Mais depuis les élections contestées d’août dernier, Loukachenko lutte pour sa survie, et son sort dépend de Poutine.

Vladimir Poutine tient à son glacis protecteur autour de la Russie, et la Biélorussie occupe une place de choix. Il ne doit pas déplaire au maître du Kremlin que Loukachenko, qui cultivait hier son autonomie, soit aujourd’hui son obligé.

Mais cette dépendance a un coût : Poutine va devoir assumer les conséquences de l’acte de piraterie de son allié biélorusse s’il veut maintenir un régime ami à Minsk. Sans le soutien russe, Loukachenko serait en bien plus mauvaise position.

C’est un choix stratégique, car la réaction européenne au détournement d’avion et à l’arrestation du journaliste Roman Protassevitch et de sa compagne Sofia Sapega, dépasse de loin les condamnations rituelles. C’est devenu un test de la crédibilité de l’Union - et la Russie fait désormais partie de l’équation.

L’Union européenne est toujours à la recherche de la bonne stratégie face à Vladimir Poutine. On a vu en février son Haut représentant pour la politique étrangère, Josep Borrell, se faire humilier à Moscou, et les 27 bien embarrassés.

Les chefs d’État et de gouvernement se sont donnés rendez-vous en juin pour mettre leur stratégie russe sur la table. D’ici là, il y aura eu, le 16 juin à Genève, le premier sommet Joe Biden-Vladimir Poutine, qui prend une importance considérable : c’est lui qui donnera le ton des relations Est-Ouest, comme on disait à l’époque de la guerre froide...

Certains rêvent encore -Jean-Yves Le Drian y fait allusion dans une interview à « L’Express » ce matin- de décrocher la Russie de la Chine, et de la rapprocher de l’Europe. Peut-être le Président américain en conçoit-il, lui aussi, le projet, ce qui lui laisserait les mains libres dans sa rivalité stratégique avec la Chine. Un scénario peu vraisemblable, Pékin et Moscou ne cessent de renforcer leur relation stratégique.

Quoi qu’il en soit, si Vladimir Poutine voulait calmer le jeu, il exigerait de son « ami » Loukachenko la libération de son otage, le journaliste dissident. La balle est dans son camp.