« Humm », la Présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, s’est trouvée perplexe, et debout, en réalisant qu’aucun siège n’avait été prévu pour elle à Ankara.
« Humm », la Présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, s’est trouvée perplexe, et debout, en réalisant qu’aucun siège n’avait été prévu pour elle à Ankara.
« Humm », la Présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, s’est trouvée perplexe, et debout, en réalisant qu’aucun siège n’avait été prévu pour elle à Ankara. ©AFP - AFP / TURKISH PRESIDENTIAL PRESS SERVICE
« Humm », la Présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, s’est trouvée perplexe, et debout, en réalisant qu’aucun siège n’avait été prévu pour elle à Ankara. ©AFP - AFP / TURKISH PRESIDENTIAL PRESS SERVICE
« Humm », la Présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, s’est trouvée perplexe, et debout, en réalisant qu’aucun siège n’avait été prévu pour elle à Ankara. ©AFP - AFP / TURKISH PRESIDENTIAL PRESS SERVICE
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Résumé

A Moscou en février, et à Ankara cette semaine, les dirigeants de l’Union européenne se sont retrouvés en situation de faiblesse. L’Europe reste une puissance « végétarienne » dans un monde « carnivore », elle a du chemin à faire pour se faire respecter.

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« Nous devons être une commission géopolitique » : ce sont les paroles d’Ursula Von der Leyen, la Présidente de la Commission européenne, lorsqu’elle a pris ses fonctions en 2019. 

Visiblement, les premiers concernés par ce discours, les puissances agressives aux portes de l’Europe -la Russie de Poutine et la Turquie d’Erdogan-, ne sont pas très impressionnées. Coup sur coup, à Moscou et à Ankara, les principaux dirigeants de la Commission se sont trouvés en position de faiblesse.

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A Moscou en février, c’est le haut représentant pour la politique étrangère, Josep Borrell, qui est tombé dans un véritable piège tendu par la diplomatie russe, et en est sorti humilié ; à Ankara, mardi, c’est une affaire de protocole qui a fait couler beaucoup d’encre lorsque la Présidente de la Commission s’est retrouvée sans siège, tandis que son collègue mâle, le Président du Conseil européen Charles Michel, trônait aux côtés de Recep Tayip Erdogan. 

Tout a été dit sur cette affaire, à commencer par la faute du Protocole européen dans la préparation de la visite

Charles Michel s’en est d’ailleurs expliqué et a regretté l’incident dont il n’est pas sorti grandi.

Pour reprendre les mots d’une diplomate, « le protocole est un sport de combat », il fait partie du rapport de force. L’histoire est d’ailleurs pleine d’anecdotes sur son usage très politique ; à commencer par l’empire Ottoman lui-même : le grand Vizir faisait autrefois asseoir ses visiteurs étrangers sur un tabouret en position inférieure par rapport à lui.

Le fait que la scène ait cette fois été filmée et massivement relayée sur les réseaux sociaux lui donne assurément un sens et un poids supérieurs à sa portée réelle.

Mais dans les relations internationales, les symboles ont leur importance, et celui d’Ankara est particulièrement dommageable ; doublement d’ailleurs, aussi bien sur l’égalité homme-femme que dans la manière dont l’Europe s’est retrouvée en situation de faiblesse alors qu’elle était venue pour tenter de rétablir un rapport de force moins défavorable 

Le mal est fait, mais quelles leçons en tire-t-on ? 

D’abord qu’il y a encore du boulot pour professionnaliser la diplomatie européenne qui est, rappelons-le, une invention récente ; rien à voir avec celle des vieilles nations qui ont des siècles d’usages et de savoir-faire. En France, les règles protocolaires remontent à 1585 !

Quant aux leçons politiques, nous avons eu un nouvel exemple de cette métaphore qui décrit l’Europe comme « végétarienne » dans un monde « carnivore ». La Russie, comme la Turquie ou, un peu plus loin la Chine de Xi Jinping, sont assurément des « carnivores » dans cette métaphore.

La question n’est pas pour l’Europe de devenir comme elles, mais d’apprendre à traiter avec elles et à se faire respecter. Ca passe par une plus grande cohérence entre les États-membres sur les sujets majeurs, là où la politique de l’UE est souvent le plus petit dénominateur commun.

Ce qui vaut pour les États autoritaires adeptes des rapports de force vaut aussi pour une puissance alliée comme les États-Unis, y compris avec un Joe Biden plus amical. L’apprentissage de l’autonomie stratégique se fait dans la douleur, on l’a vu à Moscou et à Ankara : l’Europe, c’est bien connu, progresse dans les crises.