L’aviation israélienne a détruit mercredi 12 mai l’immeuble Al-Sharouk qui regroupait plusieurs bureaux de médias palestiniens au centre de Gaza ville. La guerre a déjà fait plus de 70 morts. ©AFP - QUSAY DAWUD / AFP
L’aviation israélienne a détruit mercredi 12 mai l’immeuble Al-Sharouk qui regroupait plusieurs bureaux de médias palestiniens au centre de Gaza ville. La guerre a déjà fait plus de 70 morts. ©AFP - QUSAY DAWUD / AFP
L’aviation israélienne a détruit mercredi 12 mai l’immeuble Al-Sharouk qui regroupait plusieurs bureaux de médias palestiniens au centre de Gaza ville. La guerre a déjà fait plus de 70 morts. ©AFP - QUSAY DAWUD / AFP
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Résumé

La diplomatie américaine tente d’obtenir un cessez-le-feu entre Israël et le Mouvement Hamas à Gaza. Mais la question de l’« après » doit être aussi posée, dans une région où les deux peuples ne peuvent ni cohabiter, ni se séparer.

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La diplomatie américaine s’est remise en marche. La rapidité de l’escalade guerrière entre le Hamas à Gaza et Israël n’a pas laissé de choix à l’administration Biden, qui n’avait assurément pas placé le dossier israélo-palestinien en tête de ses priorités.

Les États-Unis sont les seuls en mesure de peser sur ce conflit - pas l’Europe ou les Nations Unies. Leur relation très étroite avec Israël leur en donne ce pouvoir, même limité. D’autant que Joe Biden est revenu à une doctrine plus classique après les années Trump : soutien à Israël dans l’adversité, mais avec des garde-fous.

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Un émissaire américain va donc tenter de parvenir à un cessez-le-feu, afin d’éviter une guerre de plusieurs semaines comme en 2014. Washington a déjà commencé les approches auprès de Benyamin Netanyahou, mais le premier ministre israélien, qui expédie les affaires courantes faute de majorité, jure qu’il veut d’abord détruire le Hamas. Ca l’arrange politiquement, mais il est aussi en phase avec une opinion israélienne chauffée à blanc.

Pour contacter le Hamas, les Américains passent par l’Égypte ou par l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas, pourtant hors-jeu. Ca prendra du temps, mais la négociation est lancée.

Les guerres ont leur logique, de début et de fin. Le Hamas est sans doute prêt à s’arrêter vite, ayant fait, par son barrage de roquettes, sa démonstration politique pour tenter d’imposer son leadership sur le mouvement palestinien.

Côté israélien, c’est trop tôt -Netanyahou l'a dit hier à Joe Biden-, car il ne peut y avoir de compromis après les événements des trois derniers jours. Le premier ministre israélien veut porter des coups sévères au mouvement islamiste à Gaza avant d’envisager un cessez-le-feu, sous peine de perdre tout crédit politique en Israël.

La vraie question qu’il faut néanmoins poser dès à présent, est : que se passe-t-il après ? Après cette guerre qui ne ressemble de fait à aucune des crises précédentes, et qui oppose l’État hébreu à toutes les composantes de la société palestinienne à la fois : la jeunesse de Jérusalem, les islamistes de Gaza, mais aussi, c’est une première sous cette forme, ses propres citoyens arabes dans les villes mixtes comme Lod, Ramleh ou Saint Jean-d’Acre. Comment se remettre à vivre côte-à-côte ?

C’est une question insoluble dans cette région, car Israéliens et Palestiniens ne peuvent ni vivre ensemble, ni se séparer. Les Chancelleries occidentales évoquent toujours comme un rituel la solution des deux États, mais plus de 50 ans de colonisation ont créé une réalité insurmontable, qui rend un État palestinien infaisable.

L’alternative, c’est un État unique, mais les Israéliens juifs n’accepteront pas une situation dans laquelle ils deviendront une minorité. Un État commun dans lequel la majorité n’a aucun droit, ça a existé, c’était l’Afrique du sud de l’apartheid…

Si le Proche-Orient se trouvait dans les Alpes, on l’appellerait la Suisse, avec sa constitution confédérale, ses cantons, et son partage du pouvoir national. Chacun pourrait rester maître chez lui, avec ses modes de vie et ses traditions, sa propre police. Même les religieux de tout poil y trouveraient leur compte.

Mais voilà, le Proche-Orient n’est pas la Suisse : les diplomates n’ont pas encore trouvé la formule miracle de la cohabitation. Le risque, aujourd’hui, c’est que, faute de mieux, un cessez-le-feu ne soit qu’un interlude entre deux périodes de guerre.

Références

L'équipe

Pierre Haski
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