Le Président rwandais Paul Kagame a reçu le 9 avril, des mains de Vincent Duclert, qui dirigeait une Commission d’historiens, le rapport sur le rôle de la France dans le génocide des tutsis en 1994.
Le Président rwandais Paul Kagame a reçu le 9 avril, des mains de Vincent Duclert, qui dirigeait une Commission d’historiens, le rapport sur le rôle de la France dans le génocide des tutsis en 1994.
Le Président rwandais Paul Kagame a reçu le 9 avril, des mains de Vincent Duclert, qui dirigeait une Commission d’historiens, le rapport sur le rôle de la France dans le génocide des tutsis en 1994.  ©AFP - Simon Wohlfahrt / AFP
Le Président rwandais Paul Kagame a reçu le 9 avril, des mains de Vincent Duclert, qui dirigeait une Commission d’historiens, le rapport sur le rôle de la France dans le génocide des tutsis en 1994. ©AFP - Simon Wohlfahrt / AFP
Le Président rwandais Paul Kagame a reçu le 9 avril, des mains de Vincent Duclert, qui dirigeait une Commission d’historiens, le rapport sur le rôle de la France dans le génocide des tutsis en 1994. ©AFP - Simon Wohlfahrt / AFP
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Résumé

Le Rwanda a rendu public hier un rapport sur le rôle de la France dans le génocide tutsi, et déclaré que la voie de la réconciliation était ouverte. Avec l’Algérie, en revanche, c’est l’impasse malgré le rapport Stora.

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Emmanuel Macron a lancé plusieurs chantiers mémoriels difficiles, dans l’espoir de surmonter des blessures jamais refermées, tant diplomatiques qu’au sein de la société française. Les résultats sont très contrastés d’un sujet à l’autre, en très bonne voie dans le cas du Rwanda, dans l’impasse s’agissant de l’Algérie ; montrant à quel point il est difficile de dépasser des années de déni et de tabous.

Le rôle de la France dans le génocide des tutsis au Rwanda en 1994 a fait l’objet d’innombrables polémiques en France, et d’une rupture entre le Rwanda et la France. Début avril, un rapport de 1000 pages d’une commission d’historiens a changé la donne. Hier, un second rapport, commandé celui-là par le Rwanda à un cabinet d’avocats américains, a été rendu public.

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Chacun selon sa méthodologie arrive à la même conclusion : la France, selon les termes du rapport du cabinet Muse, a été le « collaborateur indispensable » du régime génocidaire hutu. Mais tous deux écartent la « complicité » de la France dans les massacres, ce qui était un enjeu important, y compris sur le plan légal. Douloureux, parfois accablant, ce travail a permis d’approcher d’une vérité historique acceptée des deux côtés. 

La réaction du Rwanda est spectaculaire :  son Ministre des Affaires étrangères, Vincent Biruta, a déclaré hier au « Monde » que ces deux rapports constituaient « une base importante pour envisager de construire un avenir ensemble ». Il parle même de « réconciliation entre la France et le Rwanda », et le Président rwandais Paul Kagame, qui n’a pas eu par le passé de mots assez durs contre la France, sera à Paris le mois prochain pour le signifier. Emmanuel Macron effectuera cette année une visite dans l’autre sens à Kigali. 

Il en va autrement avec l’Algérie, avec laquelle s’entremêlent le souvenir de la colonisation et de la guerre d’indépendance, et les mémoires conflictuelles d’une partie des Français, descendants de Français d’Algérie, de harkis ou d’immigrés plus récents. 

Voilà deux mois l’historien Benjamin Stora, le meilleur connaisseur français de ces questions, rendait à Emmanuel Macron un rapport destiné à réconcilier les mémoires, et apaiser les relations entre les deux rives de la Méditerranée. Ca ne s’est pas produit.

Le débat en France a tourné court, la société civile ne s’est pas saisie du rapport et de ses propositions. Mais c’est surtout en Algérie que ça coince : une visite à Alger du premier ministre Jean Castex a été annulée, et on a même entendu le 8 avril un ministre algérien déclarer que la France était l’ennemi « traditionnel et éternel » de l’Algérie. « Éternel », on est bien loin de la réconciliation !

Emmanuel Macron a joué la carte du président algérien Abdelmajid Tebboune contre ce qu’il a qualifié hier dans le « Figaro » de « quelques résistances » en Algérie. Mais il s’est trouvé pris dans la réalité des clans au sein du pouvoir, et avec une révolution populaire, le hirak, qui ne lâche rien. La réconciliation avec la France attendra des jours meilleurs.

De Jacques Chirac et son discours du Vel’d’hiv, à la réconciliation en cours avec le Rwanda, il y a un quart de siècle de travail mémoriel, jamais achevé, parfois à recommencer, mais toujours nécessaire face aux pages sombres de l’histoire. On en sort toujours plus fort.