L’appli Clubhouse, disponible seulement sur l’univers Apple pour l’instant, a séduit des millions d’utilisateurs à travers le monde. ©AFP - Jakub Porzycki / NurPhoto / NurPhoto via AFP
L’appli Clubhouse, disponible seulement sur l’univers Apple pour l’instant, a séduit des millions d’utilisateurs à travers le monde. ©AFP - Jakub Porzycki / NurPhoto / NurPhoto via AFP
L’appli Clubhouse, disponible seulement sur l’univers Apple pour l’instant, a séduit des millions d’utilisateurs à travers le monde. ©AFP - Jakub Porzycki / NurPhoto / NurPhoto via AFP
Publicité
Résumé

Des débats très libres sur l’application audio Clubhouse entre sinophones du monde entier, sur des sujets tabous comme le sort des Ouigours, ont poussé Pékin a interdire hier l’accès au réseau social américain.

En savoir plus

Il s’est passé quelque chose d’exceptionnel ces derniers jours sur Internet ; un vent de liberté concernant un pays dont les dirigeants veulent pourtant contrôler ce que leurs citoyens disent, pensent et savent. Mais comme tous les printemps, ce moment fut éphémère et la Chine, puisqu’il s’agit bien d’elle, a sifflé hier la fin de la récré.

Le réseau social en question se nomme Clubhouse, c’est le dernier endroit à la mode sur internet, d’autant plus recherché qu’on n’y accède que par cooptation. La nouveauté, c’est l’organisation de débats sous forme de « salons audio », pas de vidéo, pas d’enregistrement non plus ; et une modération très structurée dans chaque salon thématique pouvant accueillir jusqu’à 5000 participants.

Publicité

Le réseau né il y a quelques mois aux États-Unis a connu une très forte progression ; mais ces derniers jours, il y a eu une avalanche de participants de langue chinoise de tous côtés : de Chine continentale, de la diaspora, de Taiwan ou de Hong Kong, ou encore des minorités ouigour ou tibétaine. Les débats ont été tellement libres que Pékin a bloqué hier cette application ; en tous cas elle était devenue inaccessible aux utilisateurs du continent sans VPN, c’est-à-dire sans système de contournement.

Qu’est-ce qui a fait peur à la Chine ? Contrairement à la plupart des réseaux sociaux devenus des terrains d’affrontement, Clubhouse, peut-être parce que c’est nouveau, est marqué par le respect de la parole des intervenants. On ne s’y engueule pas, on ne hausse pas le ton, on essaye au contraire d’être constructif.

Ce weekend, des milliers de sinophones ont donc participé à des marathons de débats sur des sujets tabous en Chine, comme le sort des Ouigours ou le souvenir du massacre de Tiananmen. Un « salon » a duré 6 heures non-stop samedi et les participants chinois exprimaient leur émotion d’avoir pu échanger dans la liberté et le respect.

Lorsqu’un homme parlant de Shanghai a exprimé ses doutes sur l’existence des camps de rééducation pour les Ouigours, dénoncés par la presse occidentale, une jeune femme ouigour lui a répondu en racontant l’histoire des membres de sa famille restés au Xinjiang et qui ont été internés. Il n’y a aucun espace, en Chine, pour ce type d’échange.

Que restera-t-il de ce moment de liberté ? Beaucoup de frustration que le couperet soit tombé si vite. Mais aussi la réalisation, dont de nombreux participants parlaient hier avec émotion, que c’est possible ; qu’il est possible de débattre sans s’affronter, dans un monde chinois pourtant polarisé, travaillé par des courants idéologiques, ou par les rancoeurs accumulées par la répression et les combats.

Clubhouse continue, évidemment, avec ses « salons » dans toutes les langues, y compris une communauté croissante de francophones, beaucoup venus du monde de la technologie. Mais ce « moment chinois » aura permis à internet de renouer avec l’esprit libertaire des débuts, avant que les forces de la discorde et celles de l’argent ne viennent polluer les espaces de liberté qu’ont été les réseaux sociaux. 

Clubhouse connaîtra peut-être le même sort. Mais c’est la nature de la révolution numérique permanente que d’essayer, encore et encore, de rechercher ce graal de l’échange et du partage, malgré de puissants vents contraires. 

Références

L'équipe

Pierre Haski
Production