Faut-il s’abonner à tout prix ?

Faut-il s’abonner à tout prix ?
Faut-il s’abonner à tout prix ? ©Getty - Marko Geber
Faut-il s’abonner à tout prix ? ©Getty - Marko Geber
Faut-il s’abonner à tout prix ? ©Getty - Marko Geber
Publicité

Abonnements à des plateformes, à des supermarchés, à des services de livraisons, à des journaux. Comment s'y retrouver ?

En ce début d’année, vous avez peut-être pris de saines et bonnes résolutions. Décidé à faire davantage de sport, vous envisagez de vous inscrire dans un club de gym… Mais comme le rappelle un papier de "The Conversation", les abonnés absents des salles de sport font leur succès et leur fortune. Eh oui, le marché des salles de fitness fonctionne essentiellement grâce aux forfaits et aux abonnés absents, ceux qui renoncent très vite à muscler leurs pectoraux et leurs abdos. S’abonner oui, mais à condition d’être assidu et fidèle…

Rentabilisez-vous vos abonnements aux plateformes type Netflix, Deezer, Prime Video, Apple TV ou Spotify ? Faites-vous vraiment des économies en vous abonnant aux offres des grandes surfaces qui vous promettent 10 % de réduction à chaque passage en caisse, en échange d’un forfait mensuel ?

Publicité

Les Français sont de plus en plus nombreux à s'abonner, selon une étude Ipsos de 2021, et cumulent en moyenne 10 abonnements par mois.

Mais comment expliquer cette société qui préfère l’usage à la propriété ? Jusqu’où s’étendra le domaine de l’abonnement ? Comment éviter certains pièges pour ne pas s’engager à la légère ?

Éléments de réponses et de prospective avec nos invités…

Extension du domaine de l'abonnement

Selon Philippe Moati, professeur d'économie, les abonnements se multiplient et se diversifient : "On assiste donc à une extension du domaine de l'abonnement. De plus en plus de secteurs de nos vies et de plus en plus de formules. Et en réalité, derrière le terme d'abonnement se cache une diversité assez déconcertante."

"Que Choisir" a rassemblé quelques chiffres sur les abonnements des Français avec un total moyen en 2020 de 1732 € de dépenses par an et par personne. Et ça se décompose de la façon suivante : abonnement Internet 429 €, services bancaires 250 €, forfait mobile 338 €, TV payante pour 133 €, transports 140 €. Et puis il y a tous les autres abonnements pour 342 €.

L'économiste dresse une typologie des sortes d'abonnements :

  • Le plus classique, et le plus diffusé, c'est l'abonnement qui se substitue à une série de ventes à l'unité. Cela existe dans la presse depuis fort longtemps, et maintenant pour le cinéma, les paniers de légumes par exemple. Il y a une logique de fidélisation.
  • L'abonnement privilège. Vous payez un abonnement et en plus, vous bénéficiez d'avantages. Comme Prime d'Amazon par exemple, ou la Carte Fnac, ou plus récemment les enseignes de grande distribution comme Monoprix ou Casino.
  • L'abonnement serviciel. C'est l'abonnement location. Vous payez un abonnement pour jouir d'un bien, d'un équipement. Chez Decathlon, on peut louer des bicyclettes par exemple. C'est la forme la plus récente d'abonnement et celle qui augure une profonde mutation des pratiques.

Une mutation profonde des pratiques de consommation ?

On va de plus en plus glisser vers l'abonnement serviciel, comme l'explique Philippe Moati : "Est-ce qu'on a vraiment besoin d'acheter, d'avoir la propriété d'un produit pour obtenir la solution à un problème ? Ce n'est pas toujours la meilleure solution, ça peut se révéler plus coûteux et moins performant. Et donc, du côté des offreurs ou des vendeurs, que ce soient des distributeurs, des industriels ou des prestataires de services, on est en train de comprendre ces choses élémentaires. La finalité de la consommation, c'est d'apporter des bénéfices aux consommateurs et des solutions à leurs problèmes. Et donc, on réfléchit à des formes alternatives à la forme canonique qui règne depuis le début du XXᵉ siècle, qui est la cession d'un droit de propriété sur un bien."

80 % des Français sont acquis à l'idée que le plus important est l'usage plutôt que la propriété. Mais cet attachement à l'usage est très variable. On renonce facilement à la propriété de l'outillage, des équipements de loisirs ou des moyens de transport. En revanche, on renonce nettement moins à la propriété de ses vêtements, de son smartphone ou du gros électroménager. Si l'on prend Netflix par exemple, on ne penserait plus du tout à le mettre en concurrence avec l'achat physique de DVD.

Des bons et des mauvais côtés

Certains formules d'abonnements ont du bon, dans le sens où elle permettent de soutenir des industries, comme le rappelle Kevin Mellet, sociologue : "Il y a tout un tas de secteurs qui ont souffert économiquement. La musique enregistrée, la presse, on pourrait dire le cinéma aujourd'hui. Ces acteurs-là ont cherché des modèles économiques pour lutter contre le piratage, contre la gratuité qui était le modèle dominant." Philippe Moati ajoute : "Ça a le mérite pour les entreprises d'assurer une récurrence des revenus dans un environnement très turbulent d'hyper concurrence. L'abonnement sécurise les revenus des entreprises."

De plus, certains abonnements, qui proposent des biens "en location", plutôt qu'en achat peuvent avoir un côté écologique, développant une sorte de seconde main sur abonnement.

En revanche, les abonnements ne sont pas toujours une bonne chose pour le porte-monnaie des particuliers. Selon Jérémie Peltier, directeur de la Fondation Jean-Jaurès, on a l'impression que l'abonnement est indolore. Comme il s'agit de prélèvements, on n'a pas forcément conscience des coûts engendrés. Il explique : "Il y a quelque chose de l'ordre aussi du déni. Finalement, on est abonnés, mais comme c'est des petites sommes, 8,99 € ou 9,99 €, et qu'on ne les voit pas parce qu'on n'a pas d'acte d'achat, c'est quelque chose de prélevé, il y a aussi quelque chose de l'ordre du déni, qui cultive aussi cet art de l'abonnement." L'on peut aussi avoir beaucoup de difficultés à résigner son abonnement, et donc retarder le moment où on le fait.

🎧 Pour en savoir plus, écoutez l'émission...

Les invités

  • Kevin Mellet, professeur assistant de sociologie à Sciences Po, chercheur au Centre de Sociologie des Organisations
  • Cyril Brosset Chef de rubrique Nouvelles technologies au magazine de défense des consommateurs Que Choisir
  • Jérémie Peltier Directeur de la Fondation Jean-Jaurès
  • Philippe Moati, Professeur d'économie à l'Université Paris Cité, co-fondateur de L’ Obsoco.

L'équipe