Ce que la poitrine dit de nous et de notre société
Ce que la poitrine dit de nous et de notre société
Ce que la poitrine dit de nous et de notre société ©Getty - gilaxia
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Résumé

Toutes vos questions sur les seins. La poitrine féminine serait la grande oubliée des luttes féminines. Elle à la fois vectrice d’assignation, d’injonction, mais également d’affirmation et d’émancipation.

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Explorons les divers enjeux des seins.

Les seins sont l'objet de fantasmes et d'injonctions. La poitrine féminine serait la grande oubliée des luttes féministes. Pourtant cette poitrine est à la fois vectrice d'assignation, d'injonctions mais également d'affirmation et d'émancipation. Je vous propose ce matin d'explorer les divers enjeux des seins.

On se demandera comment s'est imposée, par exemple, la norme de la poitrine en demi pomme, haute et ferme. Pourquoi certaines femmes éprouvent de la honte à cause d'une poitrine jugée trop petite ou trop imposante d'ailleurs. Qui a imposé les normes esthétiques en la matière après une mastectomie. Pourquoi certaines femmes refusent la reconstruction après une mammectomie et d'autres franchissent le pas ? Zones érogènes essentielles pourquoi les seins ne sont-ils pas toujours aux avant-postes du plaisir et de la sexualité féminine ? Pourquoi certaines acceptent d'allaiter et d'autres pas ? Pourquoi certaines refusent de porter des soutiens gorge ou alors décide d'entreprendre une chirurgie esthétique ?

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En tout cas, ce matin, les femmes reprennent le pouvoir sur leurs seins en se dégageant des normes et des injonctions.

Appréhender le regard extérieur

Selon la journaliste Isabelle Motrot, la poitrine a deux fonctions dans l’imaginaire populaire : la fonction de séduction et la fonction de lactation. « Les seins sont à la fois considérés comme le symbole de la maternité, le signe privilégié de la féminité et l'antichambre de la sexualité. »

La philosophe Camille Froidevaux-Mettrie continue : « Ils sont à la fois l'emblème, mais aussi la preuve de la féminité. Aux yeux des autres et aux yeux de la société, ils renvoient à cet enfermement des femmes dans un corps qui a été historiquement objectivé et aliéné. » Pour elle, la société réduit les femmes à leur corps.

Par exemple, les deux femmes parlent des stéréotypes liés à la poitrine : le téton renvoie à l'image sexuelle, le sein parfait en demi-pomme enferme le sein dans sa dimension sexuelle et le sein de la femme allaitante est plus en chair et parfois considéré de façon négative.

Camille Froidevaux-Mettrie souligne qu’il est très important de considérer la femme dans son ensemble et d’arrêter de l’objectiver par rapport à son corps. C’est selon les deux femmes le point de départ pour faire disparaître les complexes féminins, les normes.

Isabelle Motrot : « Les femmes sont toujours insatisfaites d'elles-mêmes, toujours imparfaites. Il faudrait pulvériser toutes ces normes pour justement arriver non pas à un corps qui serait idéal, mais pour ne plus avoir ces complexes. »

Dis-moi quel est ton rapport à la poitrine, je te dirai qui tu es

Le chirurgien plastique Maurice Mimoun rejoint les autres invités, mais tiens à rappeler que le rapport au corps est quelque chose de personnel. « Les seins remplissent des rôles, des fonctions qui sont changeantes selon la personne et le contexte. »

Pour lui, nos goûts en matière de poitrine sont très complexes. De même, il pointe du doigt que nos goûts évoluent au cours de notre vie.

Il dresse ainsi une liste de variables personnelles qui influencent notre rapport à la poitrine, et donc nos standards personnels.

  • La sexualité
  • Le schéma corporel
  • La maladie, la malformation
  • La féminité pour certaines
  • Le genre

Actuellement, sur le sein, il n’y a plus de normes.

Maurice Mimoun explique que par conséquent il n’y a plus de standards personnels en matière de poitrine. « Il ne faut pas enfermer le sein et la femme dans une catégorie. Ça, c'est déjà très très important. »

Mais pour autant, il concède qu’il existe toujours des complexes et des injonctions. « Il y a un seul critère qui fait l’unanimité à l’échelle mondiale, c'est qu'on n'aime pas ce qui chute. Donc la ptôse, c'est-à-dire la chute du sein, c'est unanimement détesté. Mais sinon, le volume, la forme, tout varie. »

Invités

  • Isabelle Motrot, directrice de la rédaction chez "Causette".
  • Camille Froidevaux-Metterie , philosophe féministe et professeur de science politique, conseillère scientifique du film "Les petits mâles"
  • Pr Maurice Mimoun , chirurgien plasticien à l’Hôpital Saint Louis (APHP). Chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique et traitement chirurgical des brûlés.
  • Gala Avanzi , créatrice de contenu féministe & société.
  • Didier Nourisson , professeur émérite d’histoire contemporaine de l’Université Claude Bernard Lyon I.
  • Sophie Hoffmann , journaliste autrice du podcast "My Boob story - journal optimiste de mon cancer du sein".

Aller plus loin

LIRE

  • Hors-série Causette spécial seins #19 Printemps 2022
  • "Seins - en quête d’une libération" de Camille Froidevaux-Metterie (réédition Points, mai 2022)
  • "No Bra, ce que ma poitrine dit de moi" de Gala Avanzi (éditions Flammarion, septembre 2021)
  • "Du lait et des hommes – histoire d’un breuvage nourricier de la Renaissance à nos jours" de Didier Nourisson (éditions Vendémiaire, novembre 2021).