Comment lutter contre les fake news et le complotisme?

Comment aider nos enfants à lutter contre la désinformation ?
Comment aider nos enfants à lutter contre la désinformation ? ©Getty - Maskot
Comment aider nos enfants à lutter contre la désinformation ? ©Getty - Maskot
Comment aider nos enfants à lutter contre la désinformation ? ©Getty - Maskot
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À l’occasion de la semaine de la presse à l’école, des armes contre les fake news et le complotisme, pour les jeunes et les moins jeunes…

Ali Rebeihi propose dans cette émission de lutter contre les fake news, les infos que ceux qui font du mal à notre bien-être collectif, à notre démocratie, à nos valeurs communes. Les fake news, qui connaissent un essor sans précédent avec l'avènement d'Internet, Défèquent News, qui donne corps aux théories du complot les plus folles, les plus absurdes, les plus délétères de la théorie du grand remplacement à la 5G dans les vaccins contre le vide. Ensemble, les invités de l'émission vont répondre à nos questions sur l'information, mais aussi la désinformation.

Nous sommes abreuvés d'informations réseaux sociaux, sites Internet, radio, télé, journaux. Les sources d'information n'ont jamais été aussi nombreuses. Et pourtant, le mensonge n'a jamais autant proliféré. Comment expliquer notre crédulité, notre séduction face aux infox ?

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La multiplication des sources d’informations

Thomas Huchon cite le sociologue Gerard Bronner pour nous expliquer la multiplication des fake news. « Plus on multiplie les sources d'informations, plus on multiplie aussi la possibilité d'être désinformé. » Héloïse Lhétéré continue : « Simplement dans le contexte actuel, qui est un contexte d'abondance de l'information. Il y a de la malinformation et de la désinformation. »

Le journaliste Thomas Huchon ajoute que la manière dont on accède à l'information, notamment à travers les nouvelles technologies dépend des algorithmes. « Ce ne sont pas des êtres humains qui décident de ce que nous allons voir. Ce sont des algorithmes. Ces algorithmes cherchent à capter notre attention et pour capter notre attention. Ils vont jouer plus sur nos émotions, la colère, l'indignation. Essayer de nous amener à réagir. »

Ceux qui vous font croire des absurdités vous feront commettre des atrocités. (Voltaire)

Pour le journaliste, ce sont ces fake news qui nous font le plus réagir. Grâce aux algorithmes qui les mettent toujours plus en avant, « elles sont dans une espèce de cercle vertueux du vice ». Elles sont donc de plus en plus difficiles à éviter. Héloïse Lhérété ajoute : « On a une préférence assez spontanée pour le sensationnel et pour les informations qui comportent une menace. » Tous les invités sont d’accord pour dire qu’aujourd’hui, nous sommes dans un climat d’incertitudes. Eric Valmir explique que les fake news prolifèrent dans des moments de crise, d'anxiété. Elles vont alors apporter « des réponses toutes faites et bien pratiques. » Thomas Huchon complète : « Plus on a peur, plus on est prêt à accepter des discours qui sortent de la rationalité. »

Notre époque a besoin de réponses.

Ils précisent aussi que tout le monde peut être berné par une fake news, voire tomber dans le complotisme. Eric Valmir ajoute : « Ce ne sont pas que les jeunes. Il y a aussi des gens cultivés, informés, qui se questionnent. »

Qu’est-ce qu’une fake news ?

Pour les invités, la traduction de fake news en fausse information n’est pas assez précise. Héloïse Lhérété lui préfère le mot français de désinformation. « C'est très important de distinguer les fake news des erreurs parce que les erreurs, des journalistes peuvent en faire. » Pour mieux comprendre, Eric Valmir définit le terme avec une comparaison : « Un faux sac Vuitton, vous l'avez payé deux dollars sur un marché à Bangkok, en Thaïlande, et vous savez que c'est un faux, un fake sac Vuitton. Vous l'avez payé 3 500 euros. Et quand vous découvrez cette info, vous êtes absolument dégoûté. » Thomas Huchon complète en expliquant que la fake news porte une intention manipulatoire : « C'est exactement dans l'intention, à la base, que se joue la différence entre la fausse information et la Fake News. »

Héloïse Lhérété explique qu’il y a plusieurs raisons de fabriquer des fake news : influencer l'opinion, changer le cours d'une élection, ou tout simplement gagner de l'argent. Selon Eric Valmir, pour qu’une fake news soit crédible, la part de vérité est importante. « C'est le brouillage de la frontière entre le vrai et le faux. On a une information qui est crédible parce qu'elle ressemble à une information telle qu'on peut la lire dans les journaux. » Héloïse Lhétéré acquiesce : « On est dans des manœuvres d'intoxication et de désorientation du lecteur qui ne sait plus finalement où est le vrai. »

Comment réagir ?

Développer un esprit critique pour ne pas se faire entourlouper, faire face à quelqu’un de son entourage qui adhère à une vision complotiste, etc. Pêle-mêle, voici les solutions que les invités ont proposé pour tenter de répondre au problème.

  • S’éduquer aux médias. C’est notamment très important pour les enfants et les jeunes. Eric Valmir s’exprime : « Les jeunes maîtrisent bien l'outil numérique, mais ne savent pas très bien décrypter l'info. Et donc, ils se trouvent aussi parfois pris dans un certain nombre de pièges, notamment sur les réseaux sociaux. » Depuis 2015, les ateliers d’éducation aux médias se sont multipliés, pour tous les âges. Ces initiatives ont pour but de faire comprendre comment se fabrique l'information.
  • Apprendre à faire confiance. Héloïse Lhérété est convaincue qu’il faut apprendre à faire confiance à l’information et à ne pas être dans le doute permanent. « On est quand même dans un monde où il y a un scepticisme généralisé. Il faut apprendre à bien positionner le curseur entre le doute raisonnable et la confiance.
  • Jouer au détective de l’info. Thomas Huchon nous propose de vérifier nous-même la fiabilité d’une information en discutant avec des amis, en recoupant les sources par exemple. « C'est un jeu qui est hyper agréable, qui peut vous amener à découvrir plein de choses. En réalité, chercher des infos et essayer de trouver la vérité, c'est hyper cool. »
  • Ne pas chercher à persuader les autres qu'ils ont tort. Thomas Huchon explique que lorsque l’on a affaire à quelqu’un de complotiste ou quelqu’un qui n’a pas confiance en l’information, il faut essayer de recréer le lien social qui permet la discussion. « Il vaut mieux essayer d'interroger, c'est-à-dire que la vraie bonne réponse à ces questions, c'est une question : pourquoi tu crois ça ? « Il vaut mieux essayer d'interroger. La vraie bonne réponse à ces questions, c'est une question. » Car même si cette posture ne permet pas de convaincre, elle permet de comprendre. « C'est la seule manière d'y trouver des failles. Et d'essayer d'amener la personne à reconnaître ses failles, à reconnaître ses erreurs, à retisser ce lien. »

Les invités

Héloïse Lhérété, directrice de la rédaction de « Sciences Humaines ». Auteure de Complotisme, désinformation, rumeurs, comment lutter ? (Numéro d’Avril 2022).

Thomas Huchon, journaliste d’investigation spécialisé dans les théories complotistes et les fausses informations. Auteur de Anti Fake news (First Editions, février 2022).

Eric Valmir, secrétaire Général de l’Information à Radio France. En charge de l’éducation aux médias et de la production d’Interclass.

François Da Rocha, professeur d’histoire-géographie au Lycée Jean-Moulin de Roubaix.
Vice-président de l’APHG (l'Association des Professeurs d'Histoire-Géographie).

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