La rando en solo pour se retrouver
La rando en solo pour se retrouver ©Getty - Peathegee Inc
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La marche en solitaire est une activité pleine de vertue. Elle permet entre autre de se découvrir complètement

C'est une activité gratuite. Il suffit d'un peu de temps et d'une bonne paire de chaussures. Une expérience simple et à la fois totale, comme l'écrit l'historien Antoine de Baecque.

La marche est un jeu d'enfant. Mettre un pied devant l'autre, ça use le corps mais pas du tout l'esprit. Une activité que nous exécutons sans y penser, mais qui permet de faire émerger une pensée des plus anodines aux plus géniales.

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Et ce plaisir de marcher seul. C'est l'occasion d'une rencontre avec soi, d'entrer en résonance avec le monde, de vibrer avec l'invisible, de rêver. Marcher seul, au hasard. Errer sans but pour mieux percevoir le monde. Le plaisir d'exister sans penser, en se laissant dériver, en rêvant, sans but, sans avoir à jouer un rôle ou à être quelqu'un.

S'écouter soi d'abord

Nous aimons marcher seul car c'est une manière de se réapproprier soi-même, de manière psychique et physique. À vous de vous imposer, soyez libre. Le plus souvent, ce type de marche solitaire est hasardeuse. On se laisse convaincre par une ruelle ou un sentier, par les bruits, les odeurs ou les couleurs du paysage.

Grâce à cette activité, nous nous réconcilions avec notre corps, son rythme et la manière qu'il a d'évoluer dans l'espace. Mais aussi, elle aide à se familiariser avec ses pensées et la manière que nous avons d'observer ce qui nous entoure. C'est aussi passer outre son image sociale pour se découvrir réellement.

Frédéric Gros : « On se perd pour se trouver. »

Une solitude sans isolement

Alors oui, lorsque l'on marche seul, on est seul. Mais qui a dit que la solitude rimait avec l'isolement ? Pour les invités, lorsque l'on vagabonde au hasard des rues, nous ne sommes jamais vraiment seuls. Il y a toute une ribambelle de soi-même avec nous. Des pensées et des souvenirs dansent de manière tout à fait agréable avec nous. Ces choses remontent, des pensées nous viennent, des images nous saisissent.

Lorsque l'on marche, tout ce qui nous entoure nous interpelle : le souffle du vent, le bourdonnement des insectes, la course du ruisseau, le choc des pas sur terre. Un bruissement répond à notre présence.

Prendre le temps

Mais en fait surtout, marcher seul, c'est s'accorder du temps. En fait, marcher n'est pas un sport, car il se réfère plus à l'oisiveté qu'à la performance. Pour Frédéric Gros, c'est un éloge à la lenteur, comme capacité à approfondir le temps et l'espace.

Dans la marche il y a aussi le sentiment d'avoir un peu de temps devant soi, un temps qu'on organise comme on veut qu'ont, qu'on manipule comme on veut.

Les surréalistes avaient érigé la marche au hasard comme un moyen d'explorer l'inconscient, l'au-delà du réel, le surréel. Mais surtout, ce qu'appelait Aragon le merveilleux quotidien. Oui, le quotidien est merveilleux. Il faut juste savoir prendre le temps d'aller à sa rencontre.

Invités

Rémy Oudghiri : Sociologue et directeur de l’institut Sociovision. Auteur de La société très secrète des marcheurs solidaires , éditions Puf, mars 2022

Sylvain Bazin : rédacteur en chef du magazine Wider Trail Outdoor et spécialisé dans la randonnée. Les plus beaux endroits pour se ressourcer (éditions Gründ, décembre 2020).

Frédéric Gros : Philosophe, professeur d’humanité politique à l’Institut d’études politiques de Paris et chercheur au CEVIPOF. Marcher, une philosophie (septembre 2019, Flammarion)

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