Le tabou de la santé mentale
Le tabou de la santé mentale ©Getty - PM Images
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Pourquoi souffrir de dépression, de schizophrénie, d’un trouble bipolaire ou d’un handicap psychique reste encore stigmatisé ?

Pourquoi la santé mentale reste-elle encore un tabou ?

Pourquoi souffrir de dépression, de schizophrénie, d’un trouble bipolaire ou d’un handicap psychique reste encore stigmatisé ? Un tabou qui peut peser sur le mal-être des patients.

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Mais les choses changent peu à peu…

Trouble anxieux, épisodes dépressifs… La souffrance psychologique a été l’un des effets secondaire de la crise sanitaire.

Au cours de la pandémie de Covid 19, la parole s’est libérée, notamment chez des personnalités connues, même s’il reste encore un long chemin à parcourir.

C'est toujours une discipline considérée par défaut. Même si les choses évoluent, l'offre de soins n'est pas forcément encore à la hauteur

- Docteur Jean-Victor Blanc

87 % des Français atteints de dépression ne l'ont jamais confié à leur famille

- Katell Pouliquen, journaliste 

La psychiatrie toujours aussi stigmatisée et stigmatisante

BB : Même simplement le fait d'aller voir un psychiatre, c'est considéré comme une honte, c'est encore compliqué pour certaines personnes de le dire. On vit dans une société où on voudrait tout contrôler quand bien même aller chez un psychiatre devrait pouvoir être compris comme une acceptation des la part des autres qu'il y a des choses qu'on ne peux pas toujours contrôler dans la vie, vécues immédiatement comme un aveu de faiblesse. 

Alors qu'on devrait tous pouvoir avoir quelqu'un vers qui se tourner quand nos défenses psychiques s'effondrent

Dr S : Les vieux clichés ont la peau dure, parler de ses problèmes psychologiques, c'est forcément être faible… Dans l'imaginaire collectif, il faut s'en sortir par soi-même.

C'est un faux tabou car tout le monde connaît quelqu'un qui a eu un problème de santé mentale parce que toutes les personnes y sont confrontées

GF : Ce sont 10 % des Français, aujourd'hui, qui font une dépression dans l'instanté et 20 % au cours de leur vie, c'est énorme. La folie, c'est autre chose, ce sont des troubles psychotiques, c'est une perte de contact avec la réalité, les gens qui en sont atteint sont plutôt rares (0,7% de la population mais qui représente quand même entre 500.000 et 600.000 personnes en France). 

Double peine 

C'est être malade, d'une part et devoir cacher qu'on est malade, voire prouver en plus qu'on est malade…

- Pr Jean-Victor Blanc

Les représentations de la psychiatrie dans la culture populaire en question

Jean-Victor Blanc : "Dans les films comme "Vol au dessus d'un nid de coucou" ou "Une vie volée" devenus très archaïques ou encore aujourd'hui avec la série "Ratched', l'hôpital psychiatriqyue est souvent apparenté comme la dernière étape avant la lobotomie, les électrochocs, l'absence d'espoir, les camisoles…"

Le tabou de la santé mentale responsable des retards de diagnostics 

Dr S : "Si on a trop honte, si on se sent trop coupable, on risque d'occasionner un retard de diagnostique puisqu'on ne veut pas s'avouer à soi-même que ça ne va pas et donc se soigner. 

Les troubles psychologiques abîment les structures cérébrales… Toutes nos cognitions risquent d'être attaquées par ce fléau si on se refuse de se soigner.

Et la dépression dans tout ça ? Symptômes et sources de résignation à se soigner 

Guillaume Fond : "La dépression, c'est une maladie neurobiologique. La biologie influence l'esprit et, réciproquement, l'esprit influence la biologie. C'est toute une dérégulation de la sérotonine et de la noradrénaline. Quand on fait une psychothérapie, les symptômes les plus fréquents qui caractérisent la maladie : 

  • Soit une perte complète de plaisir
  • Soi une grande souffrance morale, mais qui sort de l'ordinaire. Pendant plus de 15 jours en continu, on va ressentir des émotions très négatives qui vont impacter notre capacité à fonctionner. 
  • Vient se rajouter d'autres symptômes comme des perturbations du sommeil, des troubles de l'appétit, des problèmes de concentration… Ça fait vite boule de neige et peut conduire vers un état de dépression sévère, si on retarde trop le diagnostic.

Ce qui empêche souvent de se soigner d'une dépression : 

  • La peur de tomber dans une trop grande consommation de médicaments mais qui nourrit d'abord une confusion entre les antidépresseurs et les anxiolytiques. Souvent, tout ce dont on a peur concerne en réalité les anxiolytiques. 
  • La peur d'un traitement long. Beaucoup de personnes ne comprennent pas non plus pourquoi il faut que le traitement s'étende sur six mois, et méconnaissent en réalité le fait qu'il y a pendant cette période un risque de rechute très important". 

Deux conseils pour lutter contre les tabous de la santé mentale

Voici ce que vous recommandent les psychiatres Docteur Schneider et Guillaume Fond : 

  • "Se dire que ce n'est pas parce qu'on a un problème psychique, une maladie mentale qu'on ne peut pas avoir une belle vie. C'est au contraire augmenter la connaissance de soi et ses capacités à faire face aux moments difficile de la vie". 

De nombreux patients s'en sortent mieux une fois soignés que bien d'autres qui ne se sont pas posés de questions.

  • Quand on a fait ce travail psychologique sur soi-même, on est beaucoup plus attentif à la souffrance des autres par la suite.

▶︎ La suite à écouter…

Avec

  • Katell Pouliquen : Journaliste et Directrice des rédactions chez Marie-Claire. 
  • Guillaume Fond : Psychiatre et médecin de santé publique à l’hôpital La Conception à Marseille ainsi qu’enseignant-chercheur à l’Université d’Aix-Marseille. Il a beaucoup étudié les troubles psychiques, notamment à travers sa chaîne YouTube (Guillaume Fond).  

LIRE - Devenez la meilleure version de vous-même en trois étapes. Ellipses, 17 décembre 2019. 

  • Aurélia Schneider: psychiatre, spécialisée dans les thérapies comportementales et cognitives et auteure d'un essai sur la charge mentale. 

LIRE - La Charge mentale des femmes et celle des hommes. Larousse, 7 février 2018.  

  • Jean-Victor Blanc, médecin psychiatre à l’hôpital Saint Anne à Paris. Pop and Psy, chez Plon.
  • Marie-Jeanne Richard, présidente de l’Unafam, l’union nationale des familles et amis de personnes malades et/ou handicapés psychiques

La chronique de Baptiste Beaulieu. 

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