Comment soigner son éco-anxiété ? ©Getty - John M Lund Photography Inc
Comment soigner son éco-anxiété ? ©Getty - John M Lund Photography Inc
Comment soigner son éco-anxiété ? ©Getty - John M Lund Photography Inc
Publicité
Résumé

Qu'est-ce que l'éco-anxiété ? Après cet été particulier, êtes-vous plus inquiet ? Comment espérer, comment vivre avec ses angoisses ?

En savoir plus

Avec le pouvoir d’achat, c’est sans doute le thème qui vous a le plus préoccupé cet été. Le dérèglement climatique et ses conséquences délétères : canicules de plus en précoces, incendies dévastateurs, orages violents. Avec pour effet, un sentiment de stress et d’angoisse provoqué par tous ces bouleversements, et des menaces qui paraissent inéluctables

On appelle cela l’éco-anxiété.

Publicité

Un trouble anxieux qui n’est pas encore reconnu par les médecins

Mal-être non-reconnu par le monde médical, l’éco-anxiété est pourtant une véritable pathologie qui touche de plus en plus de personnes. Alors que les anciennes générations pensaient surtout à l’avenir de leurs enfants ou de leurs petits-enfants, on assiste aujourd’hui à une prise de conscience collective sur le fait que le changement climatique puisse déjà affecter notre quotidien. Si certains parlent d’éco-clairvoyance, on parle de plus en plus d’un véritable trouble anxieux. C’est la chercheuse belgo-canadienne en santé mentale, environnementale et publique, Véronique Lapaige qui conceptualise ce phénomène dès 1997. Mais c’est seulement aux alentours de 2018 et notamment la médiatisation de Greta Thunberg que l’on commence à en parler publiquement.

Une véritable pathologie

Alice, éco-anxieuse, nous raconte l’événement qui la fait basculer : « A l’été 2018, j’étais en vacances avec ma mère dans le sud, et en rentrant vers Fontainebleau, j’ai aperçu la forêt jaunie par la sécheresse. C’était une couleur automnale en plein mois d’août. » Une prise de conscience immédiate qui a eu un effet déclencheur sur son anxiété : « Ça me travaille tous les jours, j’ai l’impression d’être face à un mur quand j’en parle autour de moi. Souvent, mes proches en ont conscience, mais évitent le sujet. Physiquement, ça me donne des maux de ventre. »

46 min

Un phénomène qui touche surtout les jeunes

Des symptômes émotionnels, des ruminations, de l’isolement, de la culpabilité et des personnes touchées de plus en plus jeunes. Selon une étude, 85 % des 18 à 30 ans se disent concernés et touchés par le changement climatique et ses conséquences. Comme Mattia, 15 ans, qui souffre d’éco-anxiété depuis l’âge de 9 ans. Alors qu’il grandit dans une famille où l’écologie est un véritable mode de vie : « J’étais abonné au journal Mon Petit Quotidien et ils avaient fait une édition spéciale avec des images de l’impact actuel du réchauffement climatique. Je n’en avais jamais pris conscience avant. Ces images m’ont beaucoup choqué. Après, j’ai eu l’occasion de créer un club. L’éco-anxiété s’est calmée parce que je sortais d’une sorte de déni et de peur pour aller vers quelque chose de concret. Mais je ressens cette impression que les gens savent et qu’ils ne font pas, ce qui est pire de ne pas savoir. Ce n’est pas vraiment un manque de lucidité. Il s’agit d’inaction et de mensonges. On tait certaines informations qui ne plaisent pas. » confie-il à France 3 Régions.

La difficile question de devenir parent chez les éco-anxieux

Des personnes qui sont de plus en plus touchées et un quotidien qui s’en retrouve bouleversé : comme par exemple, la décision de devenir parent dans une société au futur incertain, et paradoxalement un monde qui a pourtant de plus en plus besoin de personnes sensibles aux questions écologiques. Ne faudrait-il donc pas agir à sa propre échelle ?

Accepter le diagnostic et refuser le pronostic

Un trouble anxieux vis-à-vis de l’avenir qui révèle une profonde angoisse. Selon Cyril Dion : « Le confort insouciant est en train de disparaître, il faut donc donner du sens à ses actions et à son engagement. » Pierre-Eric Sutter, psychologue du travail, psychothérapeute et philosophe praticien propose quant à lui trois mots-clés pour sortir de cette anxiété : « Sens, engagement et satisfaction. »

46 min

Cyril Dion, activiste écologique, également victime de l’éco-anxiété

Cyril Dion, réalisateur, écrivain et activiste, connaît bien le sujet. Victime d’un burn-out en 2012 lié à son engagement, il a par la suite dû entreprendre une thérapie de 9 mois qui lui a permis de sortir d’une forme de pessimisme : « Nous vivons avec cette mauvaise nouvelle, mais on ne se dit pas que tout est foutu, on fait plutôt en sorte que chaque journée compte et de donner le plus de sens possible à notre existence, d’agir en militant, de se rapprocher de gens qui sont autour de nous, se remettre dans l’instant présent et au final d’être en cohérence avec soi-même. »

Une prise de conscience parfois tardive

Selon Laure Noualhat, journaliste, auteure et réalisatrice : « L’éco-anxieux d’aujourd’hui, c’est l’activiste de demain. Même si les rapports du GIEC peuvent éveiller les consciences, pour moi, la catastrophe est toujours la meilleure pédagogue. » Un avis que partage Cyril Dion, soucieux de constater que les prises de décision se font quand les catastrophes ont déjà eu lieu. Comme après son séjour en Californie et en Oregon, une zone très souvent touchée par les mégafeux, où les habitants ont évalué la vulnérabilité de leur environnement et de leur propre existence après la catastrophe. Selon lui : « Le problème, c’est que l’Homme a bien tendance à attendre d’être au pied du mur pour réagir. »

À réécouter : Total écologie
5 min

Invités :

  • Pierre-Eric Sutter : Psychologue du travail depuis 1992, psychothérapeute à Paris et philosophe praticien. Il est également chercheur (indépendant) en sciences sociales. Il est directeur de l’Observatoire des vécus du collapse(OBVECO, lancé en 2018).

Livre : « N’ayez pas peur du collapse ! », Desclée de Brouwer, 3 juin 2020 (co-écrit avec Loïc Steffan).

  • Cyril Dion : Réalisateur et écrivain. Co-fondateur en 2007 du « Mouvement Colibris » qui œuvre à l’émergence d’une société écologique et solidaire. Co-fondateur en 2012 du magazine environnemental et sociétal « Kaizen ». Il dirige depuis 2011 la collection « Domaine du Possible » aux éditions Actes Sud.

En plus d’écrire, il est donc réalisateur de documentaires, notamment « Demain », co-réalisé en 2015 avec Mélanie Laurent et récompensé par le César du meilleur film documentaire.

Livres : « Petit manuel de résistance contemporaine », Acte Sud-Collection Babel, octobre 2021.

« Animal », Acte Sud-Collection Domaine du Possible, septembre 2021.

Films : « Demain » (2015), « Après Demain » (2018), « Animal » (2021).

  • Laure Noualhat [RI] : Journaliste indépendante, auteure et réalisatrice.

Livre : « Comment rester écolo sans finir dépressif », Tana Editions, 28 mai 2020.

Film : « Après Demain » (2018, co-réalisé avec Cyril Dion)

  • Charline Schmerber [duplex] : Praticienne en psychothérapie. Elle est membre fondatrice de l’association RAFUE (Réseau des professionnels de l’accompagnement face à l’urgence écologique) créée le 25 avril 2022. Sensible aux phénomènes environnementaux et aux souffrances psychiques qui en découlent, elle s’intéresse aux éco-émotions.

Livre : « Petit guide de survie pour éco-anxieux », Philippe Rey, en librairie le 1er septembre 2022.

Références

L'équipe

Ali Rebeihi
Ali Rebeihi
Ali Rebeihi
Production
Claire Destacamp
Réalisation
Alexia Rivière
Collaboration