Comment reconnaître un connard ?

Jack Gleeson alias Joffrey Baratheon dans la série "Game of Thrones" (Saison 4)
Jack Gleeson alias Joffrey Baratheon dans la série "Game of Thrones" (Saison 4) - HBO
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On en a tous un en tête ou vous en avez peut-être croisé un ces derniers jours. Ils se différencient des cons. Les connards suscitent une vraie toxicité de fond dans la société, préjudiciable pour le bien-vivre ensemble. Nos experts vous délivrent de nombreux conseils pour y faire face.

Veuillez d’abord pardonner ce mot vulgaire, mais gougnafier, malotru ou muffle restent des termes nettement moins évocateurs que ce bon vieux connard… Et que celui qui n’a jamais proféré ce terme écrive derechef à Madame la Médiatrice…

On se souvient peut-être de ce type au volant d’une berline qui avait forcé un passage piéton, alors que le feu était rouge vif, et que je traversais avec un enfant d’une dizaine d’année. "Conardo", appelons-le comme ça, fonça sur nous, sans scrupules, sûr de son bon droit, parce qu’il le valait bien, nous obligeant à vite courir vers le trottoir pour ne pas finir en steack hâché…

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Dressons une anatomie du connard. Quels sont ses éléments constitutifs ? À quoi le reconnaît-on ? Quelle est la différence avec un con ? Comment expliquer son comportement incivil, sans gêne, qui se croit tout permis ?
Pourquoi est-il important de prendre conscience de son coût pour la société ? Comment lutter contre ce fléau, heureusement minoritaire ?

Un monde de connards ?

C'est un sujet sérieux dont personne n'avait vraiment interrogé en profondeur, aussi bien scientifiquement, journalistiquement que philosophiquement. Eric la Blanche publie un livre au 10ᵉ degré où il prend très au sérieux cette question du connard. En travaillant sur la question, il s'est rendu compte que quasiment tous les problèmes de la société remontent la plupart du temps aux comportement connard, c'est, constate-t-il, la base de la quasi totalité de nos problèmes.

Il dédie d'ailleurs ce livre à toutes celles et ceux qui gardent le sourire et refusent obstinément de devenir à leur tour des connards après avoir été victimes de connards, même s'il se veut rassurant en rappelant que les connards ne représentent qu'une toute petite partie de la population, mais "portent tout de même une responsabilité écrasante dans la quasi totalité des maux qui nous affligent, depuis les questions de violences sexistes, de harcèlement au travail, les fake news, les incivilités, les problèmes dans les transports… Il démontre à quel point la quasi totalité de nos problèmes ont un lien peu ou prou avec un comportement connard, celui qui se refuse à respecter les rapports sociaux civilisés les plus basiques, se croit tout permis au profit de sa personne qu'il juge supérieure et qui pourrit de fait la vie des autres.

Des chercheurs de l'Université de Géorgie ont même noté ( étude publiée dans la revue Collabra: Psychology le 23 février dernier) que le profil des connards était semblable à celui des personnes atteintes de troubles de la personnalité, psycho pathologique, antisociaux et narcissiques.

Le connard, le con et le salaud : comment bien les distinguer ?

Il définit le connard comme "une per  sonne qui se comporte de façon déplaisante ou déplacée, par manque d'intelligence, de savoir-vivre ou de scrupules et insensible aux plaintes des autres. Quelqu'un de sans gènes, qui se croit tout permis et qui ne s'excuse jamais. Le connard va intentionnellement, délibérément, en toute connaissance de cause s'autoriser à être déplaisant parce qu'il se sent souvent supérieur aux autres car imbue de lui-même. Il va couper la file d'attente, parler mal, maltraiter les gens qui l'entourent et va tout faire pour échapper aux critiques, sans jamais s'excuser".

Con : "nous pouvons toutes et tous l'être inconsciemment pour quelqu'un d'autre tous les jours, on peut toutes et tous être bête, imbécile, stupide, crétin sans intention directe de nuire à autrui".

Salaud : "c'est une personne méprisable, moralement répugnante, qui aura plus l'intention de faire du mal là où le connard aura plus l'intention de se mettre lui-même en avant en s'en prenant à autrui".

Laurent Testot spécialiste d'histoire globale et mondiale, journaliste, scientifique, conférencier, précise que les connards sont des personnalités psycho-pathologiques, souvent asociales qui cochent 6 familles de critères, toutes conditionnées par un total égocentrisme en amont :

  1. Le manque total d'empathie
  2. La capacité très forte à manipuler autrui
  3. Une intolérance très forte à la frustration
  4. Ne pas supporter les écarts des autres
  5. La tendance à blâmer autrui
  6. L'art de faire culpabiliser autrui

Les deux chercheurs sont d'accord pour dire que le point de non retour qui fait que la connerie se transforme véritablement en connardise, c'est l'absence d'excuse, de regrets suite à une incivilité : "Très souvent le connard non seulement revendique son geste et quand on lui demande de s'excuser, souvent il retourne le problème contre autrui. On s'assume souvent en tant que connard en n'hésitant pas non plus à le revendiquer haut et fort".

Le connard au boulot et en voiture : le paroxysme du connard

Les deux spécialistes reviennent sur ce premier cas très particulier car c'est le type de connard le plus toxique celui qui partage notre environnement professionnel et qu'il est plus que nécéssaire de combattre tant les conséquences peuvent être véritablement nuisibles sur un équipe et la productivité collective.

Un chercheur de Stanford, spécialiste des questions liées au management, Robert Sutone, auteur d'un ouvrage intitulé "Objectif zéro sale con en entreprise" explique très bien que le connard n'a absolument aucun intérêt pour une entreprise. Le journaliste Eric la Blanche estime lui aussi que "quand bien même le connard peut parfois représenter un aiguillon opportun pour certaines équipes, notamment pour les postes à haute responsabilité, afin d'instiller de la compétition, celui-ci nuit plus qu'autre chose à la force collective professionnelle car au final on se rend compte que le connard ne fait que pourrir et pressurer la vie des employés".

Aussi, la connardise atteint un tout autre degré sur la route selon le journaliste Laurent Testot qui rappelle que de récentes études ont montré qu'une personne à l'intérieur d'une voiture avait l'impression d'avoir un corps augmenté et de ressentir davantage de frustration à l'égard d'autrui regrettant que "la voiture est une sorte d'outils enconnardisateur, qui donne aux plus connards des conducteurs la sensation qu'ils sont au-dessus du piéton, au-dessus du reste du monde. D'autant que, généralement, plus la voiture est rapide et plus on a tendance à se croire au dessus du lot…"

Quelques signes pour identifier un connard

Eric La Blanche cite une dizaine d'indicateurs partagés par Robert Sutton, professeur à l'université Stanford, tirée de son étude consacrée aux connards "Objectif Zéro-sale-con" :

  1. Lancer des insultes personnelles
  2. Envahir l'espace personnel d'autrui
  3. Imposer des contacts physiques importants
  4. Proférer des menaces et pratiquer des formes d'intimidation verbale et non verbale
  5. Dissimuler des propos vexatoires sous des plaisanteries sarcastiques et de prétendus taquineries
  6. Envoyer des courriels cinglants
  7. Critiquer le statut social professionnel
  8. Humilier par des remontrances publiques
  9. Couper grossièrement la parole
  10. Porter des attaques hypocrites
  11. Jeter des mauvais regards
  12. Traiter les gens comme s'ils étaient invisibles…

D'autres indices extérieurs peuvent potentiellement signaler un connard selon Eric La Blanche :

Les looks, les attitudes, personnalités un peu trop marquées
Le style poète suspicieux
Les grandes gueules
Les aventuriers
Les playboy, dandy
Le style businessman, beau gosse qui se regarde
La montre apparente, la grosse voiture hors de prix
Dans l'espace public, ceux qui mettent les pieds sur la banquette dans le train
Ceux qui font gentiment profiter de leur musique sur une enceinte portative
La personne qui bouscule sans état d'âme
La personne qui vous met une main au cul
Celle qui vous traite de tous les noms parce que vous avez refusé de vous arrêter après vous avoir interpellé

Deux conseils pour faire face aux connards

Si, bien sûr, tout dépend de la situation, la première technique à adopter selon le journaliste c'est la fuite :

1 - "Il faut fuir quand on voit un connard parce que de toute façon, vous n'allez pas le faire changer d'avis. Il est souvent un connard depuis longtemps et a une grande expérience en la matière.

La deuxième solution qu'il préconise, surtout dans le monde de l'entreprise, c'est de passer par la dimension collective des choses :

2 - Si le connard vous emmerde, il emmerde aussi de fait tous les autres autour de vous, donc il faut arriver à mettre en place une équipe qui puisse faire front commun face à son mauvais comportement, retourner la honte contre cette personne".

Avec

Eric la Blanche, journaliste scientifique et essayiste. Passionné d’histoire et d’anthropologie.

Auteur de "Le Connard - Enjeux et perspectives" (Michel Lafon, 25 août 2022).

Laurent Testot, journaliste scientifique. Il a dirigé une douzaine de hors-séries et livres pour « Sciences Humaines ».

Auteur de "Collapsus - Changer ou disparaître ? Le vrai bilan sur notre planète" (avec Laurent Aillet  éditions Albin Michel, 2020) et de "Histoire universelle de la connerie" (Sous la direction de Jean-François Marmion, éditions Sciences Humaines, octobre 2019), et prochain livre : "Vortex. Faire face à l’Anthropocène", coécrit par Nathanaël Wallenhorst. Parution le 18 janvier 2023 édition Payot.

La chronique Choses (presque) vues d'Eric Libiot

Les questions toujours pertinentes de Marie-Laure Zonszain, rédactrice en chef chez Femme actuelle

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