Comment surmonter son anxiété sociale ?

Ne plus avoir peur des autres
Ne plus avoir peur des autres ©Getty - Luis Alvarez
Ne plus avoir peur des autres ©Getty - Luis Alvarez
Ne plus avoir peur des autres ©Getty - Luis Alvarez
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Les facteurs qui expliquent la phobie sociale sont multiples : ils impliquent des processus biologiques et neurobiologiques, l'héritage de pressions culturelles, de toute une série de déterminismes, de sensibilités au regard d'autrui entretenu par notre mode de vie.

Avez-vous déjà éprouvé une peur de vous exprimer en public ? Une gêne à l’idée de vous adresser à un.e inconnu.e, avez-vous déjà évité certaines situations pour ne pas être soumis au regard des autres ? Avez-vous déjà rougi en croisant des personnes jugées impressionnantes ? Vous mettez-vous la rate au court-bouillon à l’idée de faire une déclaration d’amour ?

Eh bien, vous êtes peut-être frappé d’anxiété sociale. Rassurez-vous, l’éventail est large, du normal au pathologique, du trac à la timidité qui ne sont pas des maladies en passant par la phobie sociale qui nécessite peut-être une psychothérapie ou un traitement médicamenteux…

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Ce matin nos experts psychiatres Antoine Pelissolo et Christophe André vous aident à comprendre l’anxiété sociale, cette peur des autres, et de la surmonter…

La peur des autres, une anxiété très répandue dans notre société

Une peur alimentée par la numérisation de notre société

L'anxiété sociale est un phénomène qui évolue en permanence puisqu'elle est sensible à la manière dont fonctionne la société, la manière dont s'articulent nos rapports sociaux avec principalement aujourd'hui, les enjeux induits par les réseaux sociaux, et donc les effets indirects provoqués la distanciation sociale. Les deux psychiatres commencent par expliquer que notre société numérique est un piège terrible tant elle expose la population à davantage de violences sociales, à une plus grande pression, notamment chez les plus jeunes qui subissent les premiers les effets pervers de la performance dans la communication. Les personnes les plus vulnérables qui ne disposent pas d'emblée des capacités de communication et des capacités de performance sociale, souffrent encore plus dans le contexte actuel.

Le nombre de personnes touchées par cette forme extrême de phobie sociale s'élèverait de 4 à 7 %, soit cinq fois plus que les troubles schizophréniques. D'après Antoine Pélissolo cela s'explique "par nos conditions de vie moderne qui attisent davantage cette anxiété puisque nous croisons des multitudes de relations sociales. De fait, les situations d'anxiété sociale se sont démultipliées avec la perception de critères qui sont de plus en plus exigeants aujourd'hui (beauté, performance sociale sur les réseaux sociaux, l'image de soi). Avec le numérique, on peut passer une journée entière sans aucune interaction directe et physique".

Les effets pervers d'un manque de confiance en soi plus ou moins normalisé

Si au départ, nous sommes des êtres sociaux qui ne peuvent s'épanouir, grandir, fonctionner qu'au contact des autres, en tant que gage naturel de cohésion de la société, un certain nombre de personnes héritent de caractéristiques plus pathologiques. Si les tempéraments timides et introvertis savent composer à leur manière avec l'altérité, il n'est absolument pas normal de se sentir dépassé et submergé par l'angoisse de l'autre.

Dans toutes les manifestations de l'anxiété sociale, Antoine Pelissolo explique qu'il y a, au départ, une crainte d'anticipation plus ou moins forte d'un jugement négatif sur soi-même. Tout est une question de degré de l'image qu'on projette de soi-même, qui va déterminer l'anxiété qu'on va éprouver vis-à-vis des autres. Dès qu'on monte d'un degré, cette angoisse d'anticipation devient quasiment paralysante parce qu'on projette dans la relation à l'autre sa propre image de soi comme étant fragile : "On a peur de ne pas être à la hauteur. On se sent défaillant et on est persuadé que les autres vont le remarquer. Le caractère vraiment excessif consiste à aller jusqu'à grossir les conséquences d'une rencontre avec des scénarios catastrophes permanents. La honte est systématiquement sous-jacente, elle dépasse la simple timidité au point d'être quasiment traumatique".

L'anxiété sociale de performance sous-jacente

Le rapport à l'autre est souvent conditionné dans des situations d'examen, d'évaluation, de prise de parole en public. Selon Antoine Pélissolo "l'anxiété sociale, c'est vraiment une anxiété d'évaluation qui dépend de la position que je me fixe par rapport à l'autre. Est-ce que je me sens au même niveau que l'autre ou est-ce que je me sens un peu en dessous ? L'évaluation crée un stress de performance, tout à fait courant d'ordinaire, mais qui peut prendre une intensité pour certaines personnes qui va devenir envahissante, paralysante. La personne anxieuse socialement va avoir tendance à adopter des standards trop élevés là ou au contraire, il faut arrêter de vouloir fixer la barre trop haute et de se raconter des histoires de performance absolues".

Divers degrés d'anxiétés sociales

Il existe différents types d'anxiétés sociales. Il en existe tout un nuancier qui se fait en fonction du degré d'intensité de l'angoisse. Si vraiment les situations sociales déclenchent des attaques de panique, ce n'est pas la même chose que si elles vous mettent tout simplement mal à l'aise. Les deux psychiatres soulignent que "les vrais phobiques sociaux se donnent vraiment du mal à sortir de chez eux".

La différence entre l'angoisse sociale et la timidité ?

Avant un petit événement ou quelque chose de plus important, le timide va s'inquiéter le matin ou quelques minutes avant, sur le court terme à chaque fois : toutes les premières fois, "toutes les situations inhabituelles inspirent naturellement et provisoirement chez quelqu'un de timide un mélange de crainte et de prudence souligne Christophe André*, là où pour un anxieux social un peu sévère, cela va lui gâcher considérablement la vie quelques jours, voire quelques semaines avant. La personne va être très perturbée pendant la confrontation, et après que cela soit passé, il sera sujet aux ruminations, à l'autoculpabilisation*".

Différence entre un tempérament introverti et la timidité ?

Là où un introverti est un solitaire sociable capable d'aller vers les autres, mais qui a besoin d'être régulièrement tout seul, qu'il est heureux quand il passe 80 % de son temps seul et 20 % avec les autres sans éprouver une anxiété particulière avec les autres. À l'inverse, les timides sont très sociables et ne s'épanouissent que dans le contact avec les autres, malgré une petite appréhension, mais de très courte durée.

Comment surmonter son anxiété sociale ?

Un traitement médicamenteux adapté (mais sur le court terme)

Quand une peur d'être humilié, agressé par les autres devient obsédante, on est typiquement sur le territoire de l'anxiété sociale maladive, de la phobie sociale. Christophe André préconise dans ce cas "des bêtabloquants, des médicaments dérotoninergiques (une famille particulière d'antidépresseurs) qui vont calmer les réactions de stress physique, les palpitations cardiaques, les tremblements. Il faut les prendre ponctuellement et apprendre progressivement à travailler contre soi-même en affrontant son anxiété sociale".

Des psychothérapies comportementales et cognitives : Se confronter régulièrement soi-même pour guérir

Les deux experts conseillent de pratiquer des thérapies de désensibilisation en s'exposant progressivement au regard des autres dans une ambiance bienveillante. Ces thérapies sont multiples, et vont avoir comme socle commun de se confronter progressivement au regard de l'autre pour apprendre à changer l'image de soi-même. Il faut comprendre comment fonctionne la peur : "Comme se forcer au moins une fois par jour à adresser la parole à quelqu'un qu'on ne connaît pas, il faut pouvoir se confronter à sa propre compétence pour changer l'image de soi, car si je fuis les contacts avec les autres, j'entretiens mes phobies. Mais si je les fréquente, je m'aperçois du bienfait que ça va m'apporter d'avoir pris le risque. Il y a un phénomène d'habituation qu'il faut cultiver pour changer cette interprétation de l'image qu'on a de soi-même".

► La suite à écouter…

Invités

  • Pr Antoine Pélissolo : Chef du service de psychiatrie de l'hôpital Henri-Mondor de Créteil (Val-de-Marne). Psychiatre, Professeur des Universités, Praticien Hospitalier (PU-PH Université Paris-Est Créteil). Spécialisation : Troubles obsessionnels-compulsifs (TOC) et troubles anxieux sévères.

📖 Auteur de "La Nouvelle peur des autres - Trac, timidité et phobie sociale" (co-écrit avec Christophe André et Patrick Légeron chez Odile Jacob, janvier 2023).

  • Christophe André, écrivain, psychiatre, psychothérapeute, chroniqueur chez France Inter.
  • Les questions toujours pertinentes de Marie-Laure Zonszain, journaliste chez Femme Actuelle.

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