Que se passe-t-il dans le cerveau des femmes enceintes ?
Que se passe-t-il dans le cerveau des femmes enceintes ? ©Getty - Kelvin Murray
Que se passe-t-il dans le cerveau des femmes enceintes ? ©Getty - Kelvin Murray
Que se passe-t-il dans le cerveau des femmes enceintes ? ©Getty - Kelvin Murray
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La maternité expliquée par les neurosciences.

Cette émission propose une plongée dans le cerveau des futures et des jeunes mères. Des pensées, des sensations, des émotions inédites, qui peuvent déstabiliser !

La période périnatale est un moment où s'opèrent des bouleversements importants pour le corps. Les femmes vivent des transitions physiologiques et morphologiques très importantes et au fil du développement du fœtus, l'ensemble du corps et du cerveau se transforme. La période du post-partum, c'est tout ce qui suit l'accouchement, qui est une période qui peut être assez longue puisqu'il y a des modifications dans le cerveau qui peuvent durer jusqu'à trois ans.

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Comment expliquer le fait que l’on puisse se sentir déphasée pendant la grossesse et le post-partum, dans cette période réputée heureuse ? Et comment se tisse le lien avec le bébé ?

De nombreux aspects  – positifs et négatifs – de la modification cérébrale des mères sont abordés dans l'émission.

Qu'est-ce que le mommy brain ?

Le mommy brain, ou en français "mamnésie", est le déficit de mémoire que les futures et jeunes mères ressentent. Jodi Pawluski, neuroscientifique, qui a écrit un livre sur le sujet, Mommy Brain (Larousse, 2022), dit que 80% des femmes enceintes le ressentent.

Lucie Joly, psychiatre, explique que c'est un phénomène que l'on connaît depuis un certain temps : "Il est étudié dans le monde entier depuis des années déjà. Winnicott, en 1956, expliquait déjà cette impression de brouillard et de ralentissement chez ces jeunes mères. C'est très fréquent. Ces symptômes d'inattention, on sait qu'ils vont persister un petit peu, mais que ça ne va pas laisser de séquelles après."

Pour Jodi Pawluski, c'est surtout une histoire de perception, et c'est à la fois dû à la biologie – au cerveau –, à l'histoire mais aussi à la charge mentale.

Qu'est-ce que les phobies d'impulsion ?

Ce sont des pensées intrusives et angoissantes, sur ce que l'on pourrait faire de mal, qui peuvent se produire durant la grossesse ou durant la période du post-partum, et elles sont généralement liées au bébé. Lucie Joly explique cela avec son expérience de praticienne : "Certaines mères peuvent me dire par exemple, dans mon bureau de consultation : j'ai peur de lui faire du mal, de passer à côté de la fenêtre et de le jeter."

Ce sont des pensées fréquentes et sans danger, comme le dit Hugo Bottemanne, psychiatre : "il faut le rappeler, c'est tout à fait normal les phobies d'impulsion ou ce type de symptômes qu'on dit un peu obsessionnels pendant la grossesse. Ils sont normaux, ils ne sont pas du tout pathologiques."

Il n'y a jamais de passage à l'acte, comme l'explique le psychiatre : "en fait, on n'a pas envie de faire ces choses-là. Ce sont des choses qui nous angoissent tellement qu'elles emplissent notre pensée, qu'elles nous envahissent. On rumine mais on n'a pas envie de le faire. C'est n'est pas du tout un comportement qu'on va mettre en place."

Dans tous les cas, il ne faut pas hésiter à en parler à la personne qui nous suit, sage-femme, gynécologue ou médecin généraliste par exemple.

Baby Blues et dépression du post-partum

Baby Blues

On parle souvent du bonheur de la grossesse – et d'une sensation parfois de planer au dessus des événements –, mais ensuite le baby blues peut affecter les jeunes mères, dans les premiers jours après l'accouchement. Environ 80% des femmes qui accouchent ressentent le baby blues avec des symptômes très variables d'une femme à l'autre. Au lieu d'exprimer de la joie, elles peuvent se sentir irritables, maussades, avec des pleurs sans motif apparent.

Lucy Jolie explique : "Le baby blues est vraiment un état transitoire, qui n'est pas considéré comme pathologique et qui arrive en général entre J2 et J5 après un accouchement avec un pic à J3, qui se manifeste par de l'hypersensibilité, de l'irritabilité, des troubles du sommeil, voire des doutes sur ses compétences maternelles." C'est une période où la jeune mère doit être bien entourée.

Dépression du post-partum

15 à 20% des femmes ont des symptômes de dépression du post-partum*.* Lucy Jolie décrit : "Pour la dépression du post-partum, les symptômes persistent au-delà de quinze jours avec une grande tristesse, une douleur morale, voire des idées suicidaires." Elle peut apparaître même plusieurs mois après l'accouchement. Cela peut être dû aux hormones et au cerveau mais aussi à la parentalité en elle-même, à un rythme biologique contraint, à une dette de sommeil qui s'installe, etc. Dans tous les cas, il faut que ce soit pris en charge rapidement, donc il ne faut pas hésiter à consulter.

Avec

  • Dr Jodi Pawluski neuroscientifique et thérapeute affiliée à l'Université de Rennes. Livre Mommy Brain : Découvrez les fabuleux pouvoirs du cerveau des mères chez Larousse, 31 août 2022.
  • Dr Hugo Bottemanne, psychiatre, chef de clinique à la Pitié Salpêtrière. Chercheur en neurosciences à l’Institut du Cerveau et en philosophie à la Sorbonne Université.
  • Dr Lucie Joly psychiatre, patricien hospitalier à Sorbonne Université AP-HP, responsable de la psychiatrie adulte périnatale dans les hôpitaux Saint-Antoine, Pitié-Salpêtrière, Tenon, et Trousseau à Paris. Co-auteurs du livre : Dans le cerveau des mamans, Editions du rocher, 14 septembre 2022.
  • Gwenaëlle Boulet pour la chronique « Ma vie de Parent »

L'équipe

Ali Rebeihi
Ali Rebeihi
Ali Rebeihi
Production
Claire Destacamp
Réalisation
Camille Poux-Jalaguier
Collaboration
Alexia Rivière
Collaboration