Comment accompagner la peur, l’anxiété et la colère des enfants ?
Comment accompagner la peur, l’anxiété et la colère des enfants ?
Comment accompagner la peur, l’anxiété et la colère des enfants ? ©Getty - PhotoAlto/Ale Ventura
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Résumé

Comment gérer les émotions des enfants et des ados ? Comment accompagner la peur, l’anxiété et la colère des enfants et des adolescents… Nos experts vous proposent des outils simples et concrets pour vous aider à les surmonter…

En savoir plus

Comment accompagner les émotions des enfants, les émotions désagréables comme la peur et la colère ? L’idée n’est pas de les éradiquer, car elles sont des signaux d’alerte pour les parents, qu’il faut apprendre à anticiper. Nous reviendrons notamment sur les processus qui mènent à la colère et nous verrons celles qui sont normales et celles qui sont anormales.

  • Comment devancer ces vagues de colère ?
  • Comment les apaiser, en évitant l'escalade et en se préservant ?

Invités

  • Christelle Vernhet , psychologue en pédopsychiatrie au CHU de Montpellier et docteur en psychologie.
  • Dr. Vincent Henry , pédopsychiatre, praticien hospitalier chargé d'enseignement au CHU de Montpellier, Concepteur de la plateforme « enfance-emotion » (www.enfance-emotion.fr) .

Tous deux Co-auteurs du livre 100 idées pour accompagner les émotions des enfants et des adolescents. Ed. Tom Pousse Juillet 2021

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  • Anne Revah-Lévy , pédopsychiatre, Professeur de pédopsychiatrie et chef de service à l'Hôpital d'Argenteuil.

Des émotions essentielles

Les invités sont unanimes. Il ne faut pas éradiquer les émotions, mais plutôt les accompagner. Christelle Vernhet insiste d'ailleurs sur le rôle des émotions dans la construction de l’enfant. « Le rôle de nos émotions, c'est de pouvoir s'adapter à notre environnement, c'est-à-dire s'adapter à la fois à des événements qu'on est en train de vivre, ou bien faire face à un objet qui nous fait peur. Par exemple des images, ou encore réagir face à une personne qui agit en désaccord avec nous. Il est donc important que l'on puisse exprimer nos émotions pour réagir face aux événements qui nous entourent. »

Anne Revah-Lévy rappelle que l’enfant traverse plusieurs phases de conflits. « Quand on est petit, de 15 mois à 3 ans et aussi à l'adolescence, il y a des moments de colère totalement normaux. À ces âges, l’enfant expérimente son opposition et sa capacité de conflit sur ses parents. » Il faut donc prendre en compte les phases de conflit tout en restant vigilant.

Anne Revah-Lévy explique que les parents doivent se questionner dès le plus jeune âge sur les émotions de leurs enfants. « Ce n'est pas un intérêt qui doit tomber comme ça brutalement, au bout de quelques années. C'est quelque chose qui peut débuter assez tôt, c’est important. » Elle poursuit en disant que l’on peut analyser l'intensité de ces crises, leur fréquence, leur changement de comportement.

Pour faire comprendre aux parents les émotions de leurs enfants, Vincent Henry parle avec Christelle Vernhet de « vague des émotions ». Selon eux, cette métaphore illustre bien le développement de l'émotion et la manière dont elle s’inscrit dans le temps. Pour les deux pédopsychiatres, les parents doivent faire preuve d’écoute et d’ouverture d’esprit envers leur enfant. « On peut construire des digues et anticiper les émotions, mais on peut également nager ou surfer sur la vague en changeant la perception du sentiment. »

Pour essayer d'y voir plus clair, voici la liste de conseils qu'ont dressés nos invités, pour accompagner les émotions de nos enfants :

Regarder ce qui entoure l’enfant

Les parents doivent réfléchir à la manière dont l’entourage de l’enfant se comporte devant lui, selon Anne Revah-Lévy. « Il est difficile de ne pas intégrer dans la réflexion sur l'état émotionnel des enfants, la manière dont les adultes se comportent. On est dans une période qui dure et qui se généralise un peu, où les adultes considèrent qu'ils peuvent dire absolument n'importe quoi de manière violente, crue, brutale, haineuse, raciste, disqualifiante. » Elle explique que le plus souvent, les enfants imitent les comportements qui les entourent. « Il faut réfléchir à comment on donne l'exemple et qu'est-ce qu'ils voient et comment ils se nourrissent autour d'eux, de ce qu'ils voient. »

Elle continue : « Avant de se demander comment supporter la colère, il faut peut-être se demander si son enfant n'a pas subi quelque chose. » Pour la pédopsychiatre, il faut être attentif aux changements de comportement et au moindre détail dans son entourage (école, famille, voisinage, etc.).

Écouter, être attentif, donner la parole et communiquer

Vincent Henry et Christelle Vernhet conseillent vivement de donner la parole à l’enfant. Selon eux, il est important de ne pas penser à sa place. « Il faut prendre le temps d'essayer de comprendre ce qui se passe. On ne perçoit peut-être pas la chose comme lui. »

Ils vous conseillent aussi d'accompagner votre enfant dans l’expression de ses émotions. « Par exemple, vous pouvez lui poser des questions : 'qu'est-ce que ça te fait là ?' 'Comment tu te sens ?' 'Qu'est-ce qui se passe alors ?' Après cette étape, on peut envisager de construire avec l’enfant ce que l'on appelle la résolution de problèmes. »

Vincent Henry insiste sur l'écoute. Selon lui, il faut laisser à l'enfant le temps de s’exprimer, car il peut être en proie avec des frustrations ou des angoisses.  Il préconise donc de laisser l’enfant exprimer son émotion, au lieu de le rassurer tout de suite. « Si l'on rassure trop vite, on n'écoute pas l'émotion des gens. »

Anne Revah-Lévy insiste sur la communication de nos propres émotions. « C'est important de pouvoir s'autoriser de parler de nos propres émotions avec nos enfants. » Pour cela, il faut selon elle se permettre d’extérioriser nos sentiments dans la vie quotidienne. « Les enfants doivent voir que nous aussi, on peut vivre des émotions. »

Repérer les moments de conflits

Selon Vincent Henry, il est important de repérer les premières tensions chez l’enfant et chez l’adulte. Pour essayer de diminuer les conflits, il faut anticiper les moments de conflits. Pour le pédopsychiatre, la bonne méthode est de repérer les signes physiques ou psychiques de la colère. Il explique que ces signes sont propres à chacun. En faisant ça, on est capable de détecter la colère de l’enfant, mais aussi notre propre colère.

Il est aussi crucial de gérer sa propre colère. Dans la continuité du conseil précédent, Christelle Vernhet affirme : « Si on repère que là, on est en train de s'énerver, il faut pouvoir empêcher la tension de monter. » Elle explique que lors d’une crise émotive, la tension peut monter des deux côtés. Dans ce cas de figure, la discussion est impulsive et ne fait pas avancer le problème. Il faut selon elle s’isoler pour faire retomber la colère ou encore remettre à plus tard la discussion. « Il faut pouvoir dire à l'enfant ‘Écoute, je ne suis pas d'accord avec ce qui vient de se passer. Par contre, là, ce que l'on est en train de faire, ce n'est pas bien. Je n'ai pas envie de me disputer avec toi. On va donc arrêter, mais on en rediscutera. »

Vincent Henry alerte sur les facteurs extérieurs qui peuvent favoriser une crise. « La fatigue ou la faim jouent un rôle non-négligeable sur notre humeur. » Ces éléments peuvent donc avoir un impact sur l'enfant, mais aussi sur le parent.

Anne Revah-Lévy souligne que malgré tout, il est nécessaire de rester tolérant envers soi-même. « On ne peut pas toujours tout anticiper. Essayer de tout prévoir risque de rajouter une pression supplémentaire aux parents et donc encore plus de culpabilité et donc des émotions négatives. » Elle explique qu’il faut aussi accepter que parfois, on a beau essayer d'avoir mis en place des choses, cela ne suffit pas à endiguer le problème. « On vit avec nos émotions. Elles sont avec nous, mais on ne peut pas les contrôler. On essaie de s'adapter. »

Chroniqueurs

  • La chronique « Ma vie de Parent » de Gwenaëlle Boulet