Que penser de l'éducation positive ? ©Getty - Catherine Delahaye
Que penser de l'éducation positive ? ©Getty - Catherine Delahaye
Que penser de l'éducation positive ? ©Getty - Catherine Delahaye
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Résumé

Parentalité bienveillante, discipline positive, éducation bienveillante... Que signifient ces termes et faut-il adopter ces pratiques ? Nos experts vous répondent.

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Que vaut l'éducation positive à l’épreuve de la vie quotidienne ? Conduit-elle à devenir un parent quasiment modèle ? Comment ne pas tomber dans la tyrannie de la parentalité parfaite ?

Éléments de réponses avec nos experts.

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Éducation positive, qu'est-ce que c'est ?

On en parle de plus en plus mais cette appellation peut recouvrir des réalités diverses. Nos invités donnent leur définition.

Selon Rebecca Shankland, professeure des universités en psychologie, « le terme éducation positive fait référence à une éducation qui favoriserait le bien-être et le développement optimal de l'enfant. Donc l'objectif, c'est vraiment de pouvoir offrir un contexte favorable au développement de l'enfant, ce qui repose notamment sur une éducation non-violente. On parle des cris, mais il y a aussi les violences éducatives ordinaires, les fessées, les gifles, etc. Les recherches aujourd'hui ont mis en évidence que ces violences éducatives ordinaires n'apportent pas de bénéfices en termes d'amélioration des comportements de l'enfant. »

Pour Héloïse Lhérété, rédactrice en chef de Sciences Humaines, il est important de connaître un peu l’histoire de ce mouvement. Elle s’intéresse donc à l’adjectif « positif », qui peut être accolé à plusieurs termes, comme éducation positive, parentalité positive, autorité positive, etc. Elle explique : « c'est un terme qui est plutôt ambigu, ambivalent. La psychologie positive, c'est un mouvement qui s'est développé à partir de la fin des années 1990, avec l'idée qu'il fallait faire une révolution dans la psychologie, ne plus s'intéresser seulement à ce qui conditionne le malheur, la détresse, la dépression, le dysfonctionnement, mais aussi à ce qui conditionne le bien-être, l'épanouissement, la réussite. Donc, l'éducation positive s'inspire de ce mouvement pour dire qu'il faut mettre les besoins de l'enfant et tout ce qui conditionne son épanouissement au centre de l'éducation. Ce sont d'abord ses besoins effectivement de compétences, d'autonomie, et de proximité relationnelle aussi. »

Ali Rebeihi donne la définitions du Conseil de l’Europe, qui date de 2006 « L’éducation positive, c’est un comportement qui vise à élever l'enfant et à le responsabiliser, qui est non violent et qui lui fournit reconnaissance et assistance en établissant un ensemble de repères favorisant son plein développement. »

Il y a ensuite différentes façons d'appliquer ces théories.

Éducation positive : panacée ou péril social ?

Pour Didier Pleux, psychothérapeute, qui est pourtant d’accord avec la définition du Conseil de l’Europe, puisque qu'elle est dans l'intérêt des enfants, l’éducation positive à la française est un leurre. Pour lui, il faut ajouter du négatif dans l’éducation positive, et augmenter le seuil de frustration des enfants. Selon Didier Pleux toujours, les enfants doivent apprendre le principe de réalité et acquérir le sens de l'effort.

Selon Rebecca Shankland : « il faut aider l'enfant à faire avec ses émotions. Il ne s'agit pas de montrer que du positif (...). La psychologie positive, à travers ces interventions, tend à permettre un fonctionnement optimal, c'est-à-dire avoir accès à des ressources ou pouvoir mobiliser les ressources de son environnement pour faire face aux situations qu'on rencontre dans le quotidien. »

C’est un sujet complexe car la définition de l’éducation positive — et les principes qui en découlent — n'est pas la même pour toutes et tous. Héloïse Lhérété l’explique : « En fait, c'est une galaxie assez complexe, avec des figures différentes. » Certaines personnes sont contre la sanction par exemple, quand d’autres peuvent y faire appel.

Pour Nicolas Santolaria, journaliste au Monde, il y a aussi des bons côtés. Il prend l’exemple de la sortie d’école : « C’est vrai que souvent, devant l'école, on s'aperçoit qu'il y a un peu deux camps, il y a les parents qui hurlent et ceux qui arrivent à parler calmement à leurs enfants. C'est un des aspects de l'éducation positive, le fait que ça nous a amenés à réfléchir justement au comportement qu'on pouvait avoir. On parlait tout à l'heure des violences éducatives ordinaires, des comportements qu'on n'aurait pas forcément avec des adultes et qu'on se permet avec les enfants. Donc ça, c'est un des aspects intéressants, je trouve. »

Mais c’est aussi un marché devenu lucratif avec des publications (livres, podcasts, ateliers, etc.), et toute une sphère d'influence, qui peut pousser les parents à se conformer à un perfectionnisme parental. La sociologue Eva Illouz parle d'une « Happycracy, pour décrire une industrie du bonheur et du développement personnel dangereuse.

Pour Nicolas Santolaria, cela comporte aussi un danger : « on a une espèce de sentiment univoque, finalement, on perd la diversité des émotions, des sentiments. Il y a une forme de perte dans l'écologie des émotions. Et ça, c'est un petit peu le risque qui va avec l'éducation positive. À mon sens, il y a effectivement une nécessité à frustrer l'enfant. »

L’éducation positive a donc des avantages, énoncés par Héloïse Lhérété à la fin de l'émission : « Le grand bienfait, c'est de diminuer les violences à l'intérieur de la famille. C'est ça avant tout. Et puis ça aide les parents aussi à se renseigner sur leurs enfants, à mieux les comprendre, à mieux les connaître, à peut-être mieux les accompagner et à favoriser aussi leur créativité, pas seulement leur obéissance, à produire des adultes plus créatifs. » Rebecca Shankland ajoute que cela permet de développer les « compétences socio-émotionnelles ».

En revanche, des inconvénients et des dangers existent, notamment pour les parents, comme cette dernière l'explique : « Cette exigence très élevée qui pèse sur les parents peut augmenter la charge mentale, voire engendrer un burn-out, avec des effets contreproductifs », mais aussi pour les enfants qui pourraient courir le risque d'être trop centrés sur eux-mêmes.

Pour en savoir plus l'éducation positive, notamment sur les débats sur les sanctions et les récompenses, écoutez l'émission dans son intégralité.

51 min

Invités :

  • Héloïse Lhérété : Journaliste, rédactrice en chef de Sciences Humaines. Autrice du numéro : L’éducation positive. Théorie, pratiques, enjeux et controverses (été 2022)
  • Rebecca Shankland : Professeure des universités en psychologie, à l’université Lumière Lyon 2 et responsable de l’observatoire du bien-être à l’école
  • Didier Pleux : Psychothérapeute, docteur en Psychologie.
  • Nicolas Santolaria : Journaliste et chroniqueur au Monde

Gwenaëlle Boulet pour sa chronique Ma vie de parent.

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