Peut-on philosopher avec les enfants ?

Peut-on philosopher avec les enfants ?
Peut-on philosopher avec les enfants ? ©Getty - Klaus Vedfelt
Peut-on philosopher avec les enfants ? ©Getty - Klaus Vedfelt
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Comment les amener aussi à réfléchir à des questions philosophiques ? D'ailleurs les enfants seraient-ils plus philosophes que nous pouvons l’imaginer ?

  • "Dis quand est-ce que je vais mourir ?"
  • "Il finit où le ciel ?"
  • "Est-ce que les animaux ils ont des animaux de compagnie ?"
  • "Pourquoi je ne peux pas faire tout ce que je veux ?"

Ca n’arrête jamais. Et c’est tant mieux parce que les enfants se posent des questions qui ont depuis longtemps déserté notre l’esprit. Non pas que nous ayons trouvé la réponse à toutes ces interrogations. Bien au contraire.

Mais sans doute, au fil des années, avons-nous perdu une forme de curiosité et une forme de doute existentiel.
Peut-on parler philosophie avec eux ? Et si oui, comment ?

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On verra que la philosophie avec les enfants, c'est véritablement une discipline qui est au carrefour de tous les savoirs et de toutes les compétences essentielles que la vie transmet pour élargir son esprit critique et son lexique, grâce à elle ils apprennent à prendre la parole en public, ce qu'ils retrouvent fondamentalement au cœur du projet éducatif de l'école.

Comment philosopher avec ses enfants ?

Répondre aux enfants en leur posant d'autres questions

Les enfants possèdent de façon innée une faculté à se questionner philosophiquement, ils savent accomplir ce geste premier pour philosopher qui est de s'étonner du monde quand nous autres adultes nous fions à nos habitudes de vie et n'avons plus l'habitude de nous poser des questions aussi étonnantes.

Mais si, quand les enfants nous posent ces questions existentielles, ils sont convaincus qu'on a les réponses, il ne faut pas pour autant leur donner l'impression qu'on a la science infuse et que nous détenons les vérités, car ce serait une erreur. Souvent on évite ces questions par peur d'insatisfaire la réponse à laquelle s'attendent nos enfants, mais tout l'enjeu de la pratique philosophique avec les enfants, c'est selon Jean-Paul Mongin "d'accepter de se faire surprendre par une question à laquelle on n'a forcément pas de réponse, pour accompagner l'enfant dans son monde, dans son questionnement en lui répondant par d'autres questions. C'est ainsi qu'on leur enseigne la vulnérabilité naturelle de l'existence. Le dialogue philosophique, c'est apprendre à échanger, à s'interroger ensemble sur des questions pouvant appeler plusieurs réponses dans le respect des idées de chacun".

Johanna Hawken suggère elle aussi de ne pas leur apporter de réponses définitives, et d'organiser ainsi un espace de discussion qui soit le plus favorable à l'apprentissage de leur prise de parole et leur rapport à l'altérité : "Il s'agit d'intégrer les enfants dans la grande famille de l'humanité, leur montrer qu'on n'a pas forcément toutes les réponses entre les mains dans la vie mais qu'il ne faut jamais cessé de s'interroger et d'en parler avec les autres, qu'ils se posent des questions qu'on se pose depuis des millénaires, on se pose les mêmes questions. Quand on leur dit que leurs questions sont très justes philosophiquement et qu'elles se posent depuis 2000 ans pour tous les humains, il y a quelque chose de rassurant parce qu'ils se sentent alors appartenir à une communauté humaine qui a des questions communes".

Grâce à la philosophie, les enfants forgent leur esprit critique

En philosophant, les enfants vont apprendre à penser par eux-mêmes et au contact des autres. Il forge tout petit sa pensée créative, en apprenant à faire des analogies, à créer ses propres idées, images pour expliquer sa vision du monde sensible. Ainsi non seulement il va essayer de chercher des réponses plausibles à ses questions et s'autoriser à être légitime, en interagissant avec les autres. Gwenaelle Boulet explique que "ça leur sert à sortir des idées préconçues, à sortir du oui/non, du pour/contre, de toutes ces évidences qu'on a dans un débat, prendre conscience que la pensée est complexe et qu'il faut constamment élargir le champ des idées. C'est un enjeu démocratique à inculquer à nos enfants afin que la philosophie construisent leur humanisme adulte".

Se former à l'échange, au débat d'idées dans l'empathie : un enjeu de démocratie

L'enjeu, selon Johanna Hawken, c'est vraiment d'apprendre à dialoguer en se refusant à la confrontation, au rapport de force stérile dans lequel on voudrait l'emporter face aux autres en défendant une vérité qui n'en est pas forcément une dans la diversité des opinions. Ils apprennent à structurer leur pensée. Il s'agit de leur apprendre à convaincre, de se découvrir soi-même en interagissant avec autrui. Ce décentrement philosophique est même, selon elle, un enjeu démocratique en passant par l'expérience de l'altérité, qui manque beaucoup aux adultes aujourd'hui : "En faisant l'expérience de ce dialogue philosophique avec leurs camarades, les enfants se rendent compte qu'ils ont la puissance de penser et apprennent à se découvrir comme des êtres pensants, à fonder leur propre identité, peu importe leur milieu, leur niveau scolaire ou leur histoire. On découvre réellement l'autre, l'altérité. Le dialogue philosophique, c'est apprendre à argumenter pour défendre ses idées, certes, mais aussi pour celles des autres. C'est apprendre à se déplacer hors de soi, à se décentrer, à réfléchir à partir de l'autre. C'est l'empathie cognitive, se mettre à la place de l'autre pour penser de concert avec lui, imaginer ce qu'il y a dans son univers de pensée".

L'enfant apprend ainsi à composer avec ses émotions

Il y a cette nécessité pour l'enfant d'identifier ses propres émotions. La professeure de littérature Alice Brière-Haquet suggère que "la philosophie leur permet de comprendre que c'est la condition humaine d'éprouver des sentiments qui nous dépassent, même durant l'enfance. Être jaloux, être en colère, avoir peur… toutes ces émotions, quand elles n'arrivent pas à sortir, à être exprimées, elles peuvent déboucher sur des colères. Et la philosophie permet de réfléchir à des choses qui les habitent eux aussi, pour mieux grandir ensuite".

▶︎ La suite à écouter…

Avec

  • Jean-Paul Mongin, fondateur de la maison d'édition les Petits Platons auteur notamment de "Le Malin Génie de Monsieur Descartes"
  • Alice Brière-Haquet, docteure en littérature, fondatrice de la collection Philonimo aux  éditions 3œil
  • Johanna Hawken, responsable de la Maison de la Philo de Romainville et autrice de "1, 2, 3... Pensez ! Philosophons les enfants !" (Chronique Sociale, 2019) et de "La philo pour enfants expliquée aux adultes" (Temps Présent éditions)
  • Gwenaelle Boulet, rédactrice en chef de Popi, Pomme d'Api & Pomme d'Api Soleil (en Report-it)

Chronique Ma vie de parent de Julien Bisson, rédacteur en chef Le 1 / America

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