La philosophie appliquée au quotidien
La philosophie appliquée au quotidien ©Getty - Sean Malyon
La philosophie appliquée au quotidien ©Getty - Sean Malyon
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La philosophie n’est pas qu’une affaire grecque nous explique le philosophe. Ailleurs, il existe des penseurs anciens, rigoureux et déductifs. Voici un petit voyage à travers les philosophies du monde indiennes et chinoises qui ont autant à nous apprendre que la seule philosophie grecque.

Il n’y aurait pas d’un côté la vraie philosophie occidentale et de l’autre des sagesses venues du monde entier. Appliquer certains aspects de leurs pensées à notre vie quotidienne est aussi libérateur qu'un Platon, qu'un Aristote, qu'un Épicure ou encore qu'un Épictète. Qu'est-ce qui rassemble les philosophies grecques et indiennes ? L'éminent philosophe Roger-Pol Droit vous répond : 

"Il n'y a pas une mais des philosophies"

Roger-Pol Droit : "L'idée que la philosophie soit dans les esprits européocentrée est le fruit de considérations bien plus contemporaines qu'on ne le pense. Personne, depuis l'Antiquité jusqu'au XVIIIe siècle, n'imagine les philosophes comme étant exclusivement grecs : 

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Roger-Pol Droit : "Apprendre à se repérer dans les grandes philosophies du monde entier, c'est penser sans se soucier des barrières. Il faut penser plus ouvertement et s'affranchir de la catégorisation d'une philosophie binaire (Occidentale et Orientale). 

On se trompe quand on amalgame en un tout la philosophie grecque à la philosophie occidentale

On pense encore que la philosophie est née en Grèce. Mais eux-mêmes n'avaient pas cette prétention et ne se considéraient comme cela. Il est absurde d'imaginer les Grecs imbus de leur supériorité. Ils n'ont jamais décrété avec arrogance l'incapacité des autres cultures à penser philosophiquement. 

Les Grecs eux-mêmes considéraient comme philosophes les prêtres égyptiens, les mages chaldéens, les ascètes nus de l'Inde, les Hébreux, les druides

Il y a un contre sens qui a été nourri par la barrière grecs (civilisés) / barbares (non civilisés) alors qu'en réalité les barbares sont juste ceux qui ne parlent pas le grec. Il y avait pour tous les Grecs des barbares cultivés. Platon a une admiration profonde pour les Égyptiens. Hérodote parle tout à fait élogieusement des Perses ; quand, dans l'armée d'Alexandre le Grand, des philosophes découvrent les ascètes indiens nus, les gymnosophistes les appelle également philosophes". 

Les principes de la philosophie indienne

Roger-Pol Droit : "Elle repose sur quatre grands buts de l'homme : 

  • Le Kama, soit le plaisir sous toutes ses formes, l'esthétique, la jouissance corporelle, l'art de la table, la danse, la poésie, les jardins, le sexe, tout ce qui nous fait jouir. 
  • L'Artha, le pouvoir, la richesse, l'économie, la science du politique, mais aussi celle de l'étude de l'économie. 
  • Le Dharma, l'ordre du monde à la fois cosmique, spirituel et intérieur. Celui qui est criminel, qui viole ou qui tue, ne fait pas seulement du mal à quelqu'un, il fait du mal au monde et il bouleverse l'équilibre cosmique, il perturbe quelque chose qu'il faut respecter. Il invite à faire selon son devoir d'être-humain, participer plus qu'à sa propre vie à l'ordre du monde. 
  • Le Moksha, la délivrance, le fait de pouvoir enfin tout quitter, sortir du cycle aussi bien du plaisir que de la fortune et même du respect de l'ordre du monde. C'est être entièrement délivré. Ne plus renaître.

Il y a une orientation globale qui est aux antipodes de celle des Grecs, des Hébreux ou de tous les continuateurs de la de la philosophie européenne. C'est l'idée que la pensée n'est pas, comme pour les Grecs, le fait de faire des distinctions entre les idées et les choses, poser des limites, différencier les choses. Pour les Indiens, la pensée, c'est plutôt quelque chose qu'il faut parvenir à défaire". 

Les différences entre philosophies indienne et chinoise 

Roger-Pol Droit : "C'est le rapport à la vie et au monde. Toute l'orientation indienne, c'est de parvenir à sortir de la vie. C'est la délivrance rendue possible par la sortie définitive et complète du cycle des naissances et des morts.

À l'inverse, le but chinois, c'est de s'y ancrer, c'est de s'y arrimer et d'intensifier notre vie, de la prolonger, de la nourrir, avec cette idée qu'il faut pour ne pas la forcer. La sagesse et la puissance ne se conçoivent que par une immersion totale dans la vie. Le but n'est pas de quitter l'existence, mais au contraire de s'y ajuster". 

Sortir du monde, affaires indiennes ; s'y fondre pour s'y épanouir, affaires chinoises

Confusius et Tchouang-tseu : deux penseurs chinois thérapeutiques 

"Confucius est un sage né en Chine en 555 av J.-C et mort en 479 av J.-C. neuf ans avant la naissance de Socrate. Ses enseignements ont fortement influencé la pensée chinoise jusqu'à nos jours. 

Le socle des choses c'est le ciel physique au-dessus de nous, soumis à des cycles de saisons, de clarté et d'obscurité, toujours changeant. Nous devrions, être gouverné par le ciel

Il ne prétend pas détenir une vérité fixe, personnelle, invariable, mais des moments de circonstances en fonction de la perturbation du moment, de la pluie ou de l'éclaircie. 

Un principe d'ordre : chacun a son rôle et sa place. L'idée qu'il y a des droits et des devoirs frixée par une correspondance entre l'ordre du monde et l'ordre social

Tchouang-tseu, un anarchiste très caustique, né au IVe siècle av J.-C qui nous apprend à nous méfier des honneurs. C'est un des plus grands penseurs de l'humanité pour son acuité, sa folie, son charme. C'est un  écrivain de génie qui met en récit des histoires conceptuelles d'une très grande subtilité". 

Vivre selon le ciel, c'est ne pas se soucier une seule seconde de l'argent, du pouvoir, de la politesse, des conventions

Avec

Roger-Pol Droit, philosophe, Un voyage dans les philosophies du monde (édition Albin Michel et Vie bonne et grand âge (Éditions PUF)

L'équipe

Ali Rebeihi
Ali Rebeihi
Ali Rebeihi
Production
Claire Destacamp
Réalisation
Alexia Rivière
Collaboration
Camille Poux-Jalaguier
Collaboration
Victorien Thomas
Stagiaire