Pourquoi tricoter nous fait-il du bien ?
Pourquoi tricoter nous fait-il du bien ? ©Getty - Cseh Ioan / EyeEm
Pourquoi tricoter nous fait-il du bien ? ©Getty - Cseh Ioan / EyeEm
Pourquoi tricoter nous fait-il du bien ? ©Getty - Cseh Ioan / EyeEm
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L’art du tricot raconte beaucoup de choses sur nous et sur nos sociétés, et il s’agit d’un formidable yoga pour notre cerveau.

Loretta Napoléoni est économiste et journaliste. Elle a travaillé pour La Stampa, The Guardian, ou El Pais. Elle intervient régulièrement sur CNN et BBCnews. Elle est reconnue pour sa connaissance du terrorisme. Et elle publie, chez Albin Michel : Le pouvoir du tricot : retisser nos liens dans un monde désuni. Elle a mentionné quelques bienfaits insoupçonnés du tricot. Extraits de l'entretien.

Du terrorisme au tricot

Comment passe-t-on du financement du terrorisme au tricot ? Loretta Napoleoni raconte : "J'ai travaillé pendant 30 ans autour du terrorisme au Moyen-Orient. J'avais des contacts avec des gens qui faisaient des choses terribles. Puis je rentrais chez moi dans ma maison de Londres. C'étaient deux mondes séparés. La seule façon de les relier était de passer un après-midi à tricoter devant la télévision. Je regardais Desaster Movie*, une émission qui se terminait toujours bien."*

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Le tricot, comme soutien

Loretta Napoleoni : "J'ai appris le tricot auprès de ma grand-mère née en 1900 qui avait vécu les deux guerres mondiales, le fascisme, la Résistance… C'était la seule personne que je connaissais qui avait eu une vie aussi difficile. Et lorsqu'elle m'apprenait à tricoter, elle me racontait toute sa vie. Pour surmonter les moments difficiles, j'ai cherché quelle était la stratégie de nos grands-mères."

Le tricot permet de tisser des liens

Loretta Napoleoni : "Il existe une communauté de tricoteurs dans le monde qui dépasse largement Facebook ! Ils se parlent entre eux, ils s'échangent des patrons, des modèles, ils s'encouragent les uns et les autres… Alors que les réseaux sociaux penchent vers le négatif, les tricoteurs, eux, se félicitent même quand les ouvrages ne sont pas si aboutis. Ce savoir-faire nous rappelle que nous avons besoin les uns des autres. Cette solidarité est le concept fondamental de notre espèce humaine. Nous sommes ici, car nous nous sommes entraidés. Nous sommes une espèce faible qui aurait dû disparaître. Mais l'union a fait la force. Quand on tricote, on travaille toujours pour les autres. Souvent, on offre le fruit de notre travail."

À réécouter : La couture tisse du lien
3 min

Le tricot, véritable anxiolytique

Un jour qu'elle est désespéré, Loretta Napoleoni a une véritable crise de panique. Elle s'effondre. Arrive la personne qui travaille chez Loretta qui en lui remettant le tricot dans les mains et en parlant avec elle est parvenue à lui faire baisser son niveau d'angoisse : "À travers le tricot, passion que nous partageons, elle a réussi à me faire comprendre que je n'étais pas seule. Et je suis sortie ma crise d'angoisse."

Le tricot comme leçon de vie

Une bonne tricoteuse doit avoir le courage de défaire son travail pour rattraper une grosse erreur. Loretta Napoleoni "Sur un cardigan, une écharpe, ou un pull, l'erreur se voit. Elle est là et rappelle que l'on s'est trompé. Comme dans la vie, il faut retourner en arrière, avoir le courage d'affronter, et comprendre pourquoi on s'est trompé. On fait la même chose avec le tricot : on défait pour refaire mieux. C'est terrible." Enrico Castronovo, fondateur de la boutique Les Tricoteurs volants à Paris constate : "Parfois, des personnes décident d'assumer leur erreur et de les laisser dans l'ouvrage. Cette attitude est très belle, et tout aussi valable".

Le tricot, une façon d'être soi

6 min

Enrico Castronovo est venu au tricot pour porter des vêtements uniques, et parce qu'il ne trouvait pas dans le commerce ce qu'il cherchait et : "Je voulais être indépendant par rapport au marché vestimentaire actuel".

Le tricot : une activité nomade

Enrico Castronovo compare les deux méthodes : "Pour le tricot, vous avez vraiment besoin de très peu de choses : deux aiguilles et un bout de fil, et vous faites des merveilles. Tandis qu'en couture, vous avez besoin de place, d'une machine, d'une table pour couper… Le tricot a ce côté complètement nomade, portatif. Moi personnellement, j'ai toujours un petit tricot dans mon sac."

Le tricot, un yoga du cerveau

Toutes les tricoteuses le savent : le tricot est une activité relaxante. Mais explique Loretta Napoleoni, cela a été prouvé par la science : "Des études neuroscientifiques ont montré que l'activité du tricot ressemble beaucoup à des activités comme le taï-chi, ou le piano car on utilise les deux parties gauche et droite du cerveau, et du corps. Cet exercice est un yoga pour le cerveau. Et puis quand on tricote, le cerveau est occupé, et absorbe toute la concentration. On pense que l'on fait les choses de façon mécanique, mais ce n'est pas le cas, dans le cerveau a lieu une activité très intense."

La suite est à écouter…

Avec :

Loretta Napoleoni, économiste et journaliste. Auteure de "Le pouvoir du tricot" (Albin Michel, 28 septembre 2022).

Enrico Castronovo, fondateur de la boutique «  Les tricoteurs volants », mercerie dans le 10e arrondissement de Paris. Il propose des ateliers pour partager avec ses élèves sa passion pour le tricot.

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L'équipe

Ali Rebeihi
Ali Rebeihi
Ali Rebeihi
Production
Claire Destacamp
Réalisation
Camille Poux-Jalaguier
Collaboration
Alexia Rivière
Collaboration