Au secours, Pétain revient

Portrait du Maréchal de France Philippe Pétain, vers 1940.
Portrait du Maréchal de France Philippe Pétain, vers 1940. ©AFP - COLLECTION TAPONIER / PHOTO12
Portrait du Maréchal de France Philippe Pétain, vers 1940. ©AFP - COLLECTION TAPONIER / PHOTO12
Portrait du Maréchal de France Philippe Pétain, vers 1940. ©AFP - COLLECTION TAPONIER / PHOTO12
Publicité

Le vieil argument de l’épée et du bouclier, que l’on croyait mort et enterré avec les derniers nostalgiques de Vichy, revient dans le débat public depuis qu’un candidat à l’élection présidentielle les remet au goût du jour. Laurent Joly publie La falsification de l'histoire.

Avec
  • Pap Ndiaye Homme politique et historien français
  • Laurent Joly Historien, directeur de recherches au CNRS
  • Manon Pignot Maîtresse de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Picardie-Jules Verne

Qui nous parle ? Cette voix d’outre-tombe, vous l’avez certainement reconnue. C’est le maréchal Pétain, lors de la première audience de son procès devant la Haute cour de justice, le 23 juillet 1945. Mais en quoi ces jérémiades de vieillard nous concernent-elles aujourd’hui ? Et bien figurez-vous qu’elles reviennent, en force, dans le débat public — et notamment le vieil argument de l’épée et du bouclier, que l’on croyait mort et enterré avec les derniers nostalgiques de Vichy, mais qu’un candidat à l’élection présidentielle remet au goût du jour.

Cela me rappelle une bande dessinée formidable : La ballade nationale, de Sylvain Venayre et Etienne Davodeau. C’est un road movie où des héros de l’histoire de France trimbalent dans leur coffre le cercueil de Pétain, en ne sachant pas comment s’en débarrasser. Soudain, on entend le maréchal qui proteste. « Allons bon, voilà autre chose, un mort qui parle ». C’est Michelet, l’historien de la bande, qui le remet à sa place : « Nous sommes au XXIe siècle, Pétain, l’ambiance en France est… étrange. On dit beaucoup de bêtises sur l’histoire de France ».

Publicité

C’est vrai qu’on en dit quelques-unes. Alors comment faire, quand on est historien ? Eh bien on ouvre le capot, et on met les mains dans le cambouis. On raconte comment les choses se sont passées, mais aussi comment l’on fait pour construire une connaissance historique sur le passé. Voici nos deux responsabilités. Non, en fait, il y en a une troisième : rendre tout cela intéressant, même quand le sujet est pénible. Nous recevons aujourd’hui Laurent Joly pour son livre cinglant et nécessaire La falsification de l’histoire, bientôt rejoint par nos deux sociétaires du jour, Manon Pignot et Pap Ndiaye. Avec eux, je n’en doute pas, ça va être intéressant.

BIBLIOGRAPHIE

Laurent Joly, La falsification de l’Histoire. Eric Zemmour, l’extrême droite, Vichy et les juifs, Paris, Grasset, 2022.

Laurent Joly, L’État contre les juifs. Vichy, les nazis et la persécution antisémite [2018], nouvelle édition, Paris, Flammarion (« Champs »), 2020.

Laurent Joly, L’antisémitisme de bureau. Enquête au cœur de la préfecture de Police de aris et du commissariat général aux Questions juives (1940-1944), Paris, Grasset, 2011.

Serge Klarsfeld, Vichy-Auschwitz. Le rôle de Vichy dans la solution finale de la question juive en France. 1942, Paris, Fayard, 1983.

Robert Paxton, La France de Vichy, 1940-1944, trad. franç., Paris, Le Seuil, 1973

Léon Poliakov, Le Brévaire de la haine. Le IIIe Reich et les Juifs, Paris, Calman-Lévy, 1951.

Gérard Noiriel, Le venin dans la plume. Edouard Drumont, Eric Zemmour et la part sombre de la République, Paris, La Découverte, 2019.

Etienne Girard, Le radicalisé. Enquête sur Eric Zemmour, Paris, Le Seuil, 2021.

Sylvain Venayre et Etienne Davodeau, La balade nationale, Paris, La Revue Dessinée/La Découverte, 2017.

L'équipe