Archéologie, notre enfance

Archéologie, notre enfance
Archéologie, notre enfance ©Getty - Thomas Sanders
Archéologie, notre enfance ©Getty - Thomas Sanders
Archéologie, notre enfance ©Getty - Thomas Sanders
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Qui n’a pas rêvé, petit, de devenir archéologue, qui n’a pas envié cette vie d’aventure, de savoir, de découverte ?

Avec
  • Dominique Garcia Archéologue et historien, Président de l'Inrap (Institut de recherches archéologiques préventives), professeur à l’université d’Aix-Marseille.

Mais les archéologues ne sont pas des chasseurs de trésors. Ce qu’ils veulent, d’abord, c’est creuser les archives du sol et faire parler les vestiges, traverser la profondeur du temps pour mettre à jour les empreintes qu’il laisse dans la matière. Elles peuvent être humbles, ces traces, insignifiantes même, mais en les traquant, on reconstitue des intrigues et on raconte des histoires.

Les Savanturiers
5 min

Nous ne sommes plus au temps des "Sept boules de cristal". L’archéologie n’est plus ce qu’elle était. On en parle aujourd’hui avec Dominique Garcia, président de l’INRAP, Institut national de recherches en archéologie préventive, qui fête aujourd’hui ses vingt ans. Il a dirigé un beau livre, La Fabrique de la France, qui n’est pas seulement celle des haut-lieux et du tombeau des rois, mais la France des parkings, des lotissements, des centres commerciaux et des aires d’autoroute où le hasard des aménageurs fait sortir de terre le plus beau des trésors, celui du savoir de ce qui fait notre passé.

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Détruire pour découvrir

Dominique Garcia explique que la discipline archéologique a énormément évolué. Aujourd’hui, la plupart des fouilles s’inscrivent dans l’archéologie préventive. Il nous explique le terme. Selon lui, l’archéologie préventive détecte et étudie les vestiges historiques qui peuvent être détruits par des travaux de construction et d’aménagement du territoire. « C'est là où peut-être le concept peut choquer. L'archéologue va démonter le site, l'étudier, le laisser libre à l'aménagement et ensuite, ce qui va être transmis ce n'est pas le site, mais l'histoire du site. Il faut détruire pour découvrir. »

En fait, l’évolution de l’archéologie se justifie par les aménagements du territoire successifs. Depuis le 17 janvier 2001, une loi sur l’archéologie préventive a été votée. Depuis, le sondage des sols avant la construction est obligatoire. Dominique Garcia : « Lorsqu'il y a des études d'impact qui sont demandées. On sonde le sol pour voir ce qu’il révèle des vestiges. Si ces vestiges ont du sens d'un point de vue patrimonial, d'un point de vue scientifique et sur prescription de l'Etat, alors les archéologues interviennent et essaient de sauver le patrimoine ou de le restituer par l'étude. L'archéologue produit alors sa documentation en même temps qu'il la démonte. »

L'archéologie préventive est provoquée non par le chercheur, mais par un programme d'aménagement du territoire.

On pourrait penser à première vue que la destruction des sites originels est une perte de patrimoine considérable, mais ce n’est pas l’avis du directeur de l’INRAP. « Au fur et à mesure que l'on voit nos paysages se transformer, c'est aussi notre histoire qui est enrichie et ce sont également des vestiges archéologiques qui viennent enrichir les musées. En fin de compte, tout ceci participe à un développement culturel et économique des territoires. »

On pensait effectivement que l'archéologie préventive avait éteint l'enthousiasme. En fait, elle l'a simplement relancée.

C’est donc toute la notion de « site archéologique » qui est modifiée. « Le site archéologique que nous avions en tête en France était la villa romaine protégée en tant que Monument Historique, l'église qui ne bouge pas, le dolmen à l'angle de deux chemins. Aujourd'hui, les sites exploités par l'archéologie préventive, ce sont des paysages transformés par l'homme. Tout ceci a transformé tout notre pays et nos paysages en grands sites archéologiques. »

Déceler l’extraordinaire dans l’ordinaire

Pour Dominique Garcia, l’archéologie préventive fait surgir des histoires non écrites, qui se sont déroulées dans un monde sans écriture, ou bien que l’on n'a pas jugées nécessaire d'écrire. Il démontre que l’archéologie ne concerne plus seulement l’antiquité ou la préhistoire, mais aussi des périodes beaucoup plus récentes qui ne sont pas ou peu documentées, comme la vie quotidienne ou encore l’histoire de certains peuples ou minorités. Toute la discipline repose pour lui sur le matériel. Les hypothèses et les recherches ne se basent que sur l’analyse stricte des objets trouvés lors des fouilles. Par conséquent, il faut souvent se contenter de ce qu’on trouve, et redoubler d’ingéniosité. « L'archéologie préventive, c'est l'éloge du quotidien, c'est l'éloge de l'ordinaire et donc, ce qu'on retrouve en fin de compte, ce sont les vestiges, les traces, les empreintes laissées par toutes les populations qui ont occupé notre territoire. Ces dépôts sont en fin de compte bien souvent des poubelles qui ont été des rejets des habitats. Chaque document est analysé et on essaie d'en tirer le meilleur. »

Le directeur de l’INRAP évoque aussi l’évolution des procédés utilisés en archéologie. Selon lui, étant donné que les sites étudiés doivent être démontés et que les traces d’habitation ne sont toujours évidentes à déceler, l'archéologie préventive a dû s’adapter en utilisant de nouvelles disciplines. Aujourd'hui, les archéologies utilisent les sciences de l’environnement ou encore les forensiques, l’ensemble des techniques utilisées par la police scientifique (reconstruction 3D, ADN, etc.)".

Invités

  • Dominique Garcia, directeur de l'INRAP
  • David Djaouï, plongeur et archéologue
  • Adila Benedjaï-Zou, la sociétaire du jour

BIBLIOGRAPHIE

  • Dominique Garcia dir., La Fabrique de la France, Paris, Flammarion/INRAP, 2021.
  • Dominique Garcia, Les Gaulois à l’œil nu, Paris, CNRS éditions, 2021.
  • David Djaoui, Enquêtes archéologiques. L’affaire Valerius Proculus, Arles, Actes Sud, 2021.
  • Institut national de recherches archéologiques préventives
  • Jean-Paul Demoule, Dominique Garcia et Alain Schnapp dir., Une histoire des civilisations : Comment l’archéologie bouleverse nos connaissances, Paris, La Découverte/INRAP, 2018.
  • Jean-Paul Demoule, Aux origines, l’archéologie. Une science au cœur des grands débats de notre temps, Paris, La Découverte, 2020.