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Résumé

Une polémique enflamme les Pays-Bas sur le salaire de Ben Smith, le directeur général d’Air France - KLM. Le Parlement a voté une motion demandant au gouvernement de lui interdire tout “bonus” ou bien de ne plus verser d’aide d’Etat à la compagnie.

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On en parle maintenant,  car c’est la période de l’année où les entreprises cotées en Bourse publient leur document de référence avant l’assemblée générale des actionnaires. C’est lors de ces assemblées que les détenteurs d’action se prononcent sur la politique de rémunération des dirigeants. 

Les Néerlandais ont donc épluché ce document de référence - que vous trouvez sans difficulté, en français, sur le site de la compagnie. Comme beaucoup de patrons, la rémunération de Ben Smith est en trois parties: une fixe, un bonus lié à la performance de l’année et une rémunération variable à long terme payée en actions.  

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C’est cette rémunération en actions qui pose problème. 

Vous pouvez nous détailler ces rémunérations peut-être ? 

Le salaire fixe de Ben Smith, c’est normalement 900 000 euros. Par solidarité avec les salariés d’Air France-KLM, et compte tenu de la situation de la compagnie, il a renoncé à un quart de cette somme. Il touche donc 744 000 euros. Il a aussi renoncé à son bonus annuel, qui aurait pu être de 750 000 euros. 

Mais sa rémunération variable à long terme lui a été attribuée. On parle de 2 millions d’euros en actions. Le conseil d’administration a trouvé qu’il avait bien géré la crise, en préservant la trésorerie, en négociant avec l’Etat et en faisant des prévisions justes. 

Mais ces deux millions, il ne peut pas les toucher tant qu’Air France n’aura pas remboursé les trois quarts des prêts que l’Etat lui a faits. 3 milliards d’euros quand même. C’est une condition imposée par la Commission européenne. Ben Smith n’a donc rien touché. Les Néerlandais le savent, mais ils en font une question morale. 

Pas la France ? 

Non, Bruno Le Maire considère que les conditions pour que Ben Smith touche sa prime en actions n’étant pas réunies, il n’y a pas lieu de polémiquer. D’autant qu’il faut non seulement qu’Air France rembourse les prêts mais aussi que la participation de l’Etat français - qui est à presque 30% - redescende à son niveau d’avant crise, soit 14%., d'ici trois ans. Ca paraît compliqué  et ça voudrait d'ailleurs dire que la compagnie a été redressée spectaculairement vite par le patron canadien. 

A Bercy, on estime que le débat aux Pays-Bas relève de la “politique politicienne”. Et de la frustration pour une partie de la classe politique de peser moins que la France dans le capital d’Air France KLM.  En 2019 le ministre des finances avait même acheté des actions, sans prévenir personne, pour rééquilibrer les forces.

Cela dit, au-delà d’Air France KLM, on n’a pas fini d’entendre parler de ces rémunérations de patrons qui passent mal en temps de crise. 

Références

L'équipe

Sophie Fay
Production