L'usure au travail, angle mort de la réforme des retraites ©Getty - Makiko Tanigawa
L'usure au travail, angle mort de la réforme des retraites ©Getty - Makiko Tanigawa
L'usure au travail, angle mort de la réforme des retraites ©Getty - Makiko Tanigawa
Publicité
Résumé

La réforme voulue par Emmanuel Macron doit repousser l’âge de départ à 65 ans. Ce que refusent entre deux tiers et trois quarts des Français, selon différents sondages.

En savoir plus

Dans les équipes du gouvernement, on nous dit que c’est à cause d’un manque de communication. Hier encore sur cette antenne, François Bayrou se disait confiant sur l’acceptation si c’est mieux expliqué.

Sauf que les Français ne sont pas bêtes. Et que les politiques ont oublié un élément essentiel du débat : notre rapport au travail.

Publicité

Il y a chez nous en France ce sentiment partagé que le travail use, peut-être plus qu’ailleurs, et que la retraite est une sorte de compensation. Et ça, ça ne vient pas de nulle part.

L’Union européenne réalise régulièrement une vaste enquête sur les conditions de travail. Et il est intéressant de noter que 44% des Français ne se sentent pas capables de faire leur travail jusqu’à 60 ans. 44% ! C’est beaucoup. Et c’est une spécificité française. En Allemagne, on est à peine 17%.

Bien sûr, on peut se dire que les Français sont râleurs et flemmards. Mais on peut aussi s’interroger sur l’usure provoquée par le travail. Je vous donne juste un indicateur : le nombre de morts par accident du travail. En France, c’est le plus élevé de toute l’Union européenne. Il est de 3,53 pour 100.000 travailleurs, c’est quatre fois et demie plus qu’en Allemagne.

Et ça, la réforme des retraites n’en tient pas compte ?

Non, pas vraiment. On nous promet de mieux considérer la pénibilité de certains métiers, mais ça reste encore flou. Surtout qu’il faut rappeler qu’en 2017, Emmanuel Macron à peine élu avait supprimé certains de ces facteurs de risque.

Aussi, il y a ce constat d’un décalage entre les politiques publiques et la réalité de nombreux travailleurs. On la perçoit dans une autre enquête, cette fois de la Caisse nationale d’assurance-vieillesse.

Quand on demande aux nouveaux retraités pourquoi ils ont décidé maintenant de prendre leur pension, un sur deux dit qu’il n’en pouvait plus de travailler.

Et ce taux est encore plus important chez ceux qui ne sont pas cadres. A l’inverse, pour les cadres, le plus important est d’atteindre une pension suffisante, quitte à travailler plus vieux.

Quelle pourrait être la solution à cette problématique ?

Pour l'économiste Philippe Askenazy, il faudrait engager une vaste réflexion sur toute l’organisation du travail. Pour être plus dans la prévention et améliorer la santé des travailleurs. Ce n’est qu’alors qu’on pourra envisager de prolonger les carrières.

Bon, ce n’est pas du tout au programme pour l’instant. Mais, sait-on jamais, le futur Premier ministre, oula future Première ministre pourrait être sensible à cette question. Surtout si elle vient du ministère du Travail, comme Elisabeth Borne, et qu’elle m’écoute ce matin !