Ne tirez pas sur les sondeurs
Ne tirez pas sur les sondeurs
Ne tirez pas sur les sondeurs ©Getty - krisanapong detraphiphat
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Résumé

On a beaucoup parlé ces derniers jours du vote des chasseurs, méthodiquement cajolés par les candidats à la présidentielle. Alors, au mois d’avril la chasse est en général interdite, à l’exception du sanglier en Alsace-Moselle et du sondeur sur les plateaux télé parisiens !

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La date d’ouverture de cette rituelle chasse au gibier sondagier est prévue pour le dimanche 10 avril à 20h00 précises, heure à laquelle on connaîtra enfin le nom des deux finalistes pour la présidentielle.

Est-on certain que les sondeurs se tromperont ?

Non. En revanche, si les écarts entre les trois premiers candidats continuent de se resserrer, il pourrait bien y avoir un grand flou sur le casting du second tour. Les sondages sont comme la météo, ils s’appuient sur des modèles prédictifs toujours plus élaborés, mais la martingale n’existe pas... Et tant mieux. Car si les sondeurs ne se trompaient jamais, il n’y aurait vraiment plus aucun plaisir à voter.

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Y a-t-il des conditions propices aux erreurs des sondeurs ?

Oui. Lorsque les sondages prévoient un second tour identique au scrutin précédent, ça peut mal se passer. C’est la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui, à l’image de la présidentielle de 2001. Les sondeurs annonçaient alors un second tour opposant Lionel Jospin à Jacques Chirac, comme en 1995.

Du coup l’élection a été jugée sans intérêt, l’abstention est montée en flèche et Lionel Jospin a été "grandremplacé" par Jean-Marie Le Pen au second tour… Tout le monde a considéré alors qu’il s’agissait d’un accident industriel de la part des instituts de sondage, sans jamais envisager qu’il pouvait s’agir là d’un signe de mauvaise humeur de la part d’un électorat qui avait eu envie d’aller à l’encontre des pronostics…

Vous pensez qu’il faudrait être plus indulgent ?

S’il fallait établir un classement des professions les plus détestées des Français, les sondeurs arriveraient sans doute juste après les journalistes et les huissiers de justice. Quel que soit le résultat dans 8 jours, on peut d’ores et déjà s’entraîner à expliquer pourquoi les sondeurs sont coupables.

S’ils ont sous-estimé la gauche, on dira que c’est parce que les instituts de sondages sont rémunérés par des forces capitalistes. S’ils ont sous-estimé la droite, on dira que les instituts de sondages sont peuplés de gauchistes.

Et, dans l’hypothèse où ils auraient annoncé des résultats exacts -personne n’est à l’abri- il se trouvera toujours des esprits éclairés pour considérer que le hasard fait bien les choses, ou que le peuple à docilement voté comme on le lui demandait. Allez, ne tirons pas sur les sondeurs, d’autres s’en chargent pour nous...