La puissance du ressentiment
La puissance du ressentiment
La puissance du ressentiment ©Getty - Martin Bertrand / EyeEm
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Résumé

Le ressentiment, quel étrange conseiller politique... Cette amertume teintée d’envie de vengeance, ce courroux silencieux qui étreint bon nombre d’électeurs dans l’intimité de l’isoloir.

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La campagne électorale actuelle nous rappelle à chaque instant qu’il existe en France des rancunes tenaces, qui servent de combustible à un vote protestataire, en progression sur le long terme. Même si les récentes intentions de vote laissent supposer un second tour au résultat assez net, ce serait une erreur que de considérer que l’antimacronnisme ne serait qu’un sentiment marginal et anecdotique. Emmanuel Macron a des soutiens sincères certes, mais il irrite aussi bon nombre d’électeurs -de droite comme de gauche- qui se disent prêts à tout pour sortir le sortant.

Mais ça, c’est le propre de toute campagne électorale

D’ailleurs le candidat mène depuis une semaine une campagne, pour reprendre l’expression d’Edouard Philippe, « à portée d’engueulade » et il est, de ce point de vue là, plutôt bien servi. « Vous êtes arrogant, méprisant, cynique, machiavélique, manipulateur et menteur » lui a assené un badaud furibard du Bas-Rhin.
Plus encore que le bilan, c’est la personnalité du Président-candidat qui fait l’objet chez certains électeurs d’un rejet viscéral et obsessionnel.

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Mais pourquoi ce côté obsessionnel ?

Pour comprendre d’où viennent ces ruminations collectives, il faut lire le philosophe et sociologue allemand Max Scheler qui a publié en 1919 L’Homme du ressentiment, un livre dans lequel il décrit le ressentiment comme un « poison psychologique particulièrement contagieux ».

Mais surtout, il explique pourquoi un profil de premier de la classe comme Emmanuel Macron attire à lui les rancunes tenaces : « Il est, dans la vie des hommes dont les qualités forcent l’admiration, des moments critiques où des sentiments contraires d’affection et de jalousie, alternent à un rythme rapide. À terme, l’un ou l’autre de ces sentiments finit par l’emporter », écrit Max Scheler, qui avait compris que les traits de caractère d’un dirigeant politique sont en permanence scrutés et sujets à toutes les interprétations excessives.

Ce ressentiment politique est-il en mesure d’inverser le cours de l’élection ?

Il faudrait pour cela que les électeurs de Jean-Luc Mélenchon votent massivement en faveur de Marine Le Pen, ce qui semble peu probable. En revanche, il n’est pas impossible que ceux qui s’astreignent à voter pour Emmanuel Macron au second tour, deviennent demain ses premiers opposants… Pour le savoir, rendez-vous en juin aux législatives !