Nadia, Aurélie, Yann, à la barre du procès des attentats du 13 novembre 2015
Nadia, Aurélie, Yann, à la barre du procès des attentats du 13 novembre 2015
Nadia, Aurélie, Yann, à la barre du procès des attentats du 13 novembre 2015 ©Radio France - Valentin Pasquier
Nadia, Aurélie, Yann, à la barre du procès des attentats du 13 novembre 2015 ©Radio France - Valentin Pasquier
Nadia, Aurélie, Yann, à la barre du procès des attentats du 13 novembre 2015 ©Radio France - Valentin Pasquier
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Résumé

Commencé le 8 septembre, le procès des attentats du 13-Novembre 2015 touche à sa fin. Le verdict est prévu fin juin. Les neuf mois qui se sont écoulés ont changé bien des parties civiles, des avocats et sans doute des accusés. Dans l'immense salle d'audience, un mot est souvent revenu : humanité.

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Sur le Pont Neuf, chaque matin ou presque depuis neuf mois, Nadia Mondeguer a le même rituel. Elle jette un coup œil au vieux palais de justice de Paris avant de s’y engouffrer et regarde couler la Seine, que sa fille Lamia aimait tant. “Là, je prends une longue et profonde respiration, et par l’esprit je vais rejoindre Lamia”, confie cette petite femme aux cheveux gris, la peau un peu brunie par le soleil d’Egypte, sous lequel elle a grandi. Lamia Mondeguer avait 30 ans quand elle a été assassinée, le 13 novembre 2015, sur la terrasse de La Belle Équipe. Six ans plus tard, sa mère cherche désespérément à comprendre comment des terroristes de la même génération que sa fille ont pu la mitrailler aveuglément.

Dans l’immense salle d’audience construite pour ce procès des attentats du 13-Novembre, Nadia Mondeguer a témoigné de son chagrin, et elle s’est demandée comment des "anges" qui ont été des “bouts de choux” comme sa fille, ont pu devenir des monstres”. Ces mots, elle les a prononcés au 18e jour du procès. Et quatre mois plus tard, au 78e jour du procès, l’un des accusés a détaillé les raisons de son départ au djihad, en expliquant que s’il se livrait face à la cour, c’était surtout pour cette mère endeuillée, qui l’avait touché. Le lendemain, Salah Abdeslam s’est lui aussi adressé à Nadia depuis son box. Il lui a même proposé de boire un café.

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Abdeslam est celui qui depuis le premier jour focalise la plupart des regards à ce procès. Il est le seul membre encore en vie des commandos parisiens, celui qui a déposé les trois kamikazes du Stade de France, avant de chercher lui-même à se faire exploser dans un café parisien, puis de renoncer. Salah Abdeslam - dont le grand frère Brahim a mitraillé La Belle Équipe - est aussi le seul accusé qui "tend" de manière exacerbée la plupart des victimes.

Sur son banc des parties civiles, Aurélie Silvestre a eu peur d'Abdeslam dès le premier jour, quand il a éructé depuis son box, se revendiquant fièrement comme un combattant de l'État islamique. Aurélie, 41 ans, est une veuve du Bataclan. Le 13 novembre 2015, son compagnon, Matthieu Giroud a été assassiné dans la salle de spectacle. Ils avaient ensemble un petit garçon de trois ans. Elle était enceinte de leur deuxième bébé, une petite fille, née quatre mois après les attaques. Chaque jour, depuis neuf mois, elle vient dans la salle d’audience avec deux cahiers. Dans l’un, elle note ses émotions. En octobre, elle a lu à la barre un texte extraordinaire.

Yann, lui, est un survivant du Petit Cambodge. Les sept semaines de témoignages des autres parties civiles l'ont "changé", confie-t-il. Catherine Bertrand, survivante du Bataclan, s’est elle aussi transformée au fil de cette audience. Elle est illustratrice, et vient écouter les accusés avec son carnet de dessin. Elle a longtemps représenté Salah Abdeslam en “gilet explosif à barbe” avant de lui donner forme humaine. Devant le box des accusés, l’une des robes noires sur son banc de la défense, Me Negar Haeri, avoue être elle aussi époustouflée par “l’humanité” dans cette immense salle de 45 mètres de long. Le soir du 13 Novembre 2015, les terroristes ont fait 130 morts et des centaines de blessés. Une 131e victime s'est donné la mort après les attaques, ne se remettant pas de ses blessures psychiques. A ce procès, exceptionnel par son ampleur et l'atrocité des crimes de masse, vingt hommes sont jugés, accusés à des degrés très divers. Onze sont dans le box, trois sur un strapontin, face à plus de deux mille parties civiles qui espèrent depuis neuf mois que la meilleure justice sera rendue.

"13-Novembre : l’humanité au bout du procès", c'est un reportage de Sophie Parmentier. A la prise de son, Alexandre Abergel, Julien Girard, Yves Le Hors, Christophe Papon, Thomas Robine. Réalisation, Jérôme Chelius, assisté de Martine Meyssonnier. Documentation, Sabine Bonamy.

Pour aller plus loin

Salle d’audience Grand procès : un complexe hors normes, site du ministère de la Justice, 07/09/2021

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