Jean Birnbaum : "Seuls les enfants peuvent changer le monde"

Le journaliste Jean Birnbaum, avril 2021 ©Maxppp - OUEST FRANCE / Daniel FOURAY
Le journaliste Jean Birnbaum, avril 2021 ©Maxppp - OUEST FRANCE / Daniel FOURAY
Le journaliste Jean Birnbaum, avril 2021 ©Maxppp - OUEST FRANCE / Daniel FOURAY
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Jean Birnbaum présente en cette rentrée son nouvel essai "Seuls les enfants changent le monde", envisagé comme la suite logique de son précédent livre à succès "Le Courage de la nuance". Il y sonde la force subversive de l'enfance et la célèbre, à rebours de la tendance "No Kids".

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Journaliste et essayiste français, Jean Birnbaum dirige depuis 2011 Le Monde des livres, le supplément hebdomadaire du journal Le Monde. Il est l'auteur en parallèle de nombreux essais à succès, comme Un silence religieux. La gauche face au djihadisme (Seuil).

En 2021, Jean Birnbaum publiait Le Courage de la nuance (Seuil). L'essai, salué par la critique, faisait le constat d'un durcissement des débats et des positions, ne laissant que très peu de place à la nuance. Avec, à titre d'exemple, les réseaux sociaux, vus comme des broyeurs de pensée propices au règne de l'invective et non de l'échange structuré.

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Son nouveau livre Seuls les enfants changent le monde (Seuil) constitue, comme il le concède lui-même, une suite absolue à son précédent travail. Il s'est rendu compte que ce qui le remet le plus à sa place, le projette le plus dans un territoire où tous les doutes sont permis, où toutes les certitudes vacillent, c'est la rencontre avec un bébé. Une sorte de plaidoyer ingénieux au sein duquel il scrute la figure de l'enfant et la puissance subversive de ce dernier. Imprégné de philosophie, jalonné de références culturelles qui lui sont chères (Hannah Arendt, Roland Barthes...), l'ouvrage invite à s'étonner au sens platonicien sur l'altérité qu'offre l'enfant et à ne pas mâtiner sa candeur.

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À rebours des tendances

Depuis plusieurs années, certains discours expriment l'injonction de ne plus procréer. Jean Birnbaum souligne cependant le glissement de ces pensées, qui sont passées d'une volonté de ne pas avoir d'enfant pour ne pas leur infliger la violence du monde actuel à un souhait d'abstinence démographique pour répondre à l'urgence climatique. En creux, se joue ici un renversement, celui de la protection de l'enfant contre le monde à la protection du monde contre l'enfant.

Ces essaims de pensée se regroupent sous l'appellation "No Kids", que Jean Birnbaum s'attache précisément à nuancer dans la dernière partie de son livre. Il prend le contre-pied de ces affirmations et écrit qu'enfanter "rend absolument nécessaire la naissance d'un monde meilleur".

L'enfant donne de la force

Jean Birnbaum a toujours eu la sensation que ses enfants lui donnaient de la force, qu'ils l'escortaient, que s'il avait un peu de courage, c'était toujours grâce à eux. Il donne des exemples : "J'ai remarqué que quand je fais du ski ou quand je fais du vélo ou n'importe quoi, des choses qui peuvent entraîner une sorte de gamelle, j'ai toujours l'impression que quand je suis seul, je suis beaucoup plus vulnérable que quand ils sont là. Et j'ai l'impression que comme je suis en responsabilité et que c'est à moi de les protéger, à moi de les escorter, c'est comme si c'était eux qui me portaient. Comme si mes enfants me portaient, me donnaient du courage, y compris dans un débat politique. Moi, les rares fois où j'ai la sensation de dire ce qu'il y a à dire, d'être franc, de nommer ce qu'il y a à nommer, de voir ce qu'il y a à voir, d'avoir le courage de dire les choses, souvent, c'est parce que j'ai l'impression que ce sont mes enfants qui me donnent ce courage."

L'enfant philosophe

Jean Birnbaum pense qu'il faut commencer par mettre l'enfant à sa juste place, c'est-à-dire à la racine des changements du monde, au départ des révolutions. L'enfant serait le philosophe le plus subversif qui soit.

Ses enfants ébranlent ses certitudes. Avec un enfant, on ne fait pas l'important, on ne pose pas. Il explique : "Ce cadeau comme ça, à chaque fois que vous faites le monsieur important ou la dame importante, le bébé vient vous remettre à votre place. Il vient vous dire : 'Mais pour qui tu te prends, tu te crois au centre ?' Il y a un truc très pascalien. Pascal, le philosophe, décrit notre société comme une espèce de théâtre d'ombres où chacun fait semblant de ne pas voir que les autres vont mourir, que soi-même, on va mourir aussi, qu'on est tous dans une espèce de nudité fondamentale, de lose profonde, etc. Et en fait, le bébé, il vous fait ce cadeau dont Pascal parle quand il dit le trouble de penser."

Cela peut paraître un peu fou que la figure de l'enfant ait été si méprisée par les philosophes alors que la première chose que l'on apprend en cours de philosophie en terminale, c'est que la base de la philosophie, c'est l'étonnement. Jean Birnbaum : "La philosophie, occidentale en tout cas, est vraiment dominée par des hommes qui apparemment ne se sont pas toujours occupés des enfants quand ils parlent. Les rares fois où ils parlent des enfants, on voit qu'ils n'ont pas eu une relation très, très sensible et tangible avec les bébés. Et c'est vrai que c'est étonnant. C'est dire que les philosophes occidentaux sont quasiment tous très obsédés par la mort. Tout le monde parle de la mort. C'est vraiment très important l'horizon de la mort. Par contre, la question de la naissance, l'autre pôle de la finitude dans notre existence est très, très peu présente."

Pour lui, l'enfant, dès la naissance, doit être vraiment placé au cœur de toute pensée politique et de toute pensée du "nouveau monde". On ne peut pas penser le "nouveau monde" si on ne se pose pas au moins un peu la question du nouveau-né.

Seuls les enfants peuvent changer le monde, le nouveau livre de Jean Birnbaum, a paru le 29 septembre aux Editions du Seuil.

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-> La question qui fâche : Disney est-il un bon exemple pour nos enfants ?

Le 16 octobre 1923, le producteur, réalisateur, scénariste et animateur américain Walt Disney fonde officiellement Disney Brothers Cartoon Studio, son premier studio d’animation, qui révolutionne dès sa création l’industrie du divertissement.

De Blanche-Neige et les Sept Nains aux 101 Dalmatiens, les films Disney, devenus incontournables, ont forgé l'héritage et les représentations de plusieurs générations.

Hétéronormativité, corps uniformément minces et images à connotation raciste, les Disney des premiers temps posent question à la lumière de l'évolution des mœurs sociétales, et, alors que l'on voit poindre des changements dans les derniers nés, on s'interroge sur la possibilité pour Disney d'incarner de véritables réflexions sur l'inclusivité. Peut-on encore montrer des Disney à nos enfants ?

En septembre 2023, Célia Sauvage, docteure en études cinématographiques et audiovisuelles, publie l’ouvrage : Décoder Disney-Pixar : désenchanter et réenchanter l’imaginaire (éditions Daronnes), un essai dans lequel elle analyse les succès de la franchise sous un regard nouveau : représentations de genre, handicap, racisme, soft-masculinity… On lui pose la question aujourd'hui !

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