En 1881, une Américaine inventait le soutien-gorge
En 1881, une Américaine inventait le soutien-gorge ©Getty - George Marks
En 1881, une Américaine inventait le soutien-gorge ©Getty - George Marks
En 1881, une Américaine inventait le soutien-gorge ©Getty - George Marks
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Cette Américaine mérite le détour ! Elle a, vous allez voir, de l’étoffe ! C'est elle qui confectionne le premier soutien-gorge sans armatures, léger, souple, bref le sous-tif tel qu’on le connaît aujourd’hui !

Guillemette est heureuse retrouver les auditeurs pour leur parler de ses "ami-es", ces personnages qui lui rendent la vie plus douce, plus riche, moins morose. Cette année, elle se dit qu’il n’y a pas que la fiction dans la vie.  Si le réel dépasse bien la fiction, c’est souvent le domaine de l’admiration.

Des personnages historiques

Je vais parler de ce genre de personnages « bigger than life » comme on dit, qui mériteraient d’être des héros de romans ou de films et c’est le cas de mon amie d’aujourd’hui que je trouve injustement oubliée : en effet, cette Américaine mérite le détour ! Elle a, vous allez voir, de l’étoffe !

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Mary Phelps Crosby est née dans l'État de New York, le 20 avril 1881. Celle que tout le monde surnomme Polly quand elle est enfant, est une descendante d’une puissante famille de la Nouvelle-Angleterre, on lui inculque les bonnes manières. Mais la jeune fille, très vite, se sent à l’étroit dans les carcans.

Un soir de 1910, alors qu’elle a 19 ans, elle s’habille pour le Bal des débutantes, qui sera son entrée dans le grand monde. Devant la glace, elle se trouve affreuse : son corset la comprime, dépasse du décolleté de sa robe, on voit les baleines à travers le tissu, horrible… Qu’a cela ne tienne, Polly demande à sa femme de chambre d’aller chercher quelques mouchoirs en soie, un cordon, du ruban rose, une aiguille et un fil. Et elle confectionne le premier soutien-gorge sans armatures, léger, souple, bref le sous-tif tel qu’on le connaît aujourd’hui !

Toutes les filles de l’assistance adorent !

Mary Phelps Crosby commence donc à créer d’autres modèles pour ces copines de la haute société, et cela cela tombe bien, car, à cause de la Première Guerre mondiale qui commence, l’Amérique manque de fer et confisque les corsets existants afin d’en récupérer les baleines pour la construction de navires de guerre. Quand un type lui propose d’acheter son « prototype » pour un dollar, la créatrice se doute qu’il y aurait comme un potentiel commercial ! Et elle dépose le brevet au Bureau américain des brevets et des marques de commerce, le 3 novembre 1914. La voilà la première à breveter le concept du soutien-gorge aux États-Unis.

Elle ouvre à Boston la Fashion Form Brassiere Company, dans laquelle elle fait fabriquer en série ses soutifs sans armatures, tous élaborés… par des femmes. Mais le commerce n’est pas si florissant et Mary préfère l’amour aux brassières. Après un premier mariage raté, elle tombe raide dingue de Harry Crosby, un soldat de sept ans son cadet. Elle l’épouse et décide de changer de prénom : elle sera Caresse Crosby.

Vous savez avec quel prénom, si on peut dire, elle avait hésité ? « Clytoris ». Mais finalement elle a préféré le donner à son chien, elle aimait beaucoup les lévriers.

Elle s’installe à Paris avec Harry, et le couple devient la coqueluche du milieu intellectuel et artistique : Caresse fréquente Salvador Dali, Hemingway, Anaïs Nin et Henri Cartier-Bresson, et, entre deux fumettes d’opium, elle crée une maison d’édition qui accueillera tous ses amis poètes et écrivains.

Bon, ça tourne un peu vinaigre, la vie de bohème, puisque le mari de Caresse est retrouvé mort dans une chambre d’hôtel new-yorkaise, allongé au côté d’une maîtresse, et ils ont tous les deux un impact de balle sur la tempe. Mais Caresse continue à publier William Faulkner et Dorothy Parker, et, alors qu’approche la Seconde Guerre, elle retourne aux États-Unis, où, cette fois, entre autres, elle épouse un joueur de football de 18 ans son cadet, et apprend à Henry Miller l’art de l’écriture érotique.

Je pourrais vous parler des heures de mon amie Caresse, qui aime tant la vieille Europe, sachez seulement qu’elle a fini par s’installer en Italie dans les années 1950, en achetant un château qui tombait en ruines près de Rome. Et qu’elle s’est mise à l’activisme politique en fondant deux organisations : Women Against War (Les femmes contre la guerre) et Citizens of the World ( Citoyens du Monde).

Avec mon amie Caresse, il n’y a qu’un pas, ou une merveilleuse vie d’extravagance, entre les seins des femmes et la paix dans le monde.