Image d'illustration (© Capelle.r)
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Guillemette Odicino nous livre sa chronique sur un certain Parmentier...

J’admire les gens qui cherchent à améliorer le monde. Le type qui s’est dit que la paillasse, c’était bien joli mais qu’on pourrait faire mieux en inventant le matelas ou celui qui a regardé une pomme sur un arbre et s’est dit : "tiens ça serait chouette d’en mettre sur de la pâte pour en faire une tarte.."

Dans la catégorie "Bienfaiteur de l’humanité", je voudrais vous présenter mon grand ami Parmentier, le vulgarisateur de la pomme de terre. Me dire que sans cet homme, la frite et le gratin dauphinois n’existeraient pas me fait froid dans le dos.

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Antoine Augustin Parmentier est né en 1737 dans la Somme, dans une famille qui n’a pas une thune : alors sa mère, éclairée, envoie le jeune homme féru de botanique faire ses études à Paris. Il se retrouve dans les services de santé des armées de Louis XV pendant la guerre de 7 ans. Fait prisonnier dans la région d’Hanovre, il survit en mangeant des pommes de terre. Donc, se dit-il, les tubercules ont des valeurs nutritives. En France, les patates sont déjà cultivés depuis un siècle, mais elles ont extrêmement mauvaise réputation. On dit même qu’elles donnent la lèpre, et qu’elles ne sont bonnes qu’à être données aux cochons.

À son retour de captivité, devenu pharmacien en chef de l’Hôtel des Invalides, Parmentier va s’employer à réhabiliter le légume. En 1881, il publie l’ouvrage qui va révolutionner l’alimentation du peuple : "Recherches sur les végétaux nourrissants qui, dans les temps de disette, peuvent remplacer les aliments ordinaires, avec de nouvelles observations sur la culture des pommes de terre". Il y recommande la massification de sa culture pour endiguer les famines. Reste le problème du… marketing. Comment faire apprécier la patate aux Français ?

Parmentier en réfère carrément au Roi et obtient l'autorisation de planter deux hectares de champs de "parmentières" dans un champ de manœuvres militaires près de Paris, sur la plaine des Sablons à Neuilly-sur-Seine. Afin de susciter la curiosité et la convoitise du peuple, il fait garder les champs par des soldats du roi auxquels il demande, pourtant, de regarder ailleurs, de temps en temps, pour laisser le champ libre. Le bruit se met à courir dans tout Paris : comment ça ? Le roi fait garder des trésors culinaires pour les soustraire au Peuple ! En un rien de temps, les champs sont pillés, et, abracadabra, la patate devient populaire. Elle sera bien utile lors de la grande famine de 1789.

Ali : "mais les talents de votre ami dépassent la pomme de terre ?"

Oui, mon amour de scientifique a révolutionné nos modes de nutrition en travaillant aussi sur la conservation des légumes, du vin et de la farine. Il a fondé une école de boulangerie, amélioré la qualité du pain dans les hôpitaux ou les prisons, et son traité "Le parfait boulanger" est encore un must. Il a aussi mené des expériences de vaccination et contribué activement à la campagne de vaccination contre la variole. Quant à la viande, il s’est dit qu’elle se conserverait mieux en étant réfrigérée : donc, si on synthétise, sans mon ami, pas d’entrecôte-frites.

En plus, ce type toujours occupé à résoudre les maux de l’humanité était une crème : aimable, serviable, laissant sa porte ouverte à ceux qui avaient envie de parler et organisant des dîner où il plaçait toujours les gens de peu à côté des princes.

Une anecdote qui prouve à nouveau qu’on peut être malin ET humaniste : deux communes de Bretagne éloignées de douze lieux possédaient chacune une source d’eau minérale et chacune prétendait qu’elle avait la meilleure. Elles demandèrent à Parmentier de les analyser pour trancher. En fait, elles avaient les mêmes propriétés mais Parmentier, le roi de la pub, sait une chose : le déplacement des malades contribue à rendre l’eau plus miraculeuse. Il fit un rapport concluant que les eaux étaient identiques mais que les habitants de la commune A devaient aller boire l’eau de la commune B et inversement !

Et en plus, il écrivait bien, mon Antoine Augustin, écoutez moi ça : "Les vues les plus utiles sont longtemps contrariées, empoisonnées même par les préjugés. Il faut s’y attendre . Il faut réfuter paisiblement et sans humeur ceux qui sont disposés à tout déprimer."

53 min

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Guillemette Odicino
Guillemette Odicino